Petit lexique du cinéma de patrimoine

Petit lexique du cinéma de patrimoine

23 juillet 2019
Cinéma
Petit lexique du cinéma de patrimoine
Notre série estivale consacrée au patrimoine cinématographique se poursuit avec un 2e épisode sous forme de lexique  : « Syndrome du vinaigre », « nitrate de cellulose », « triacétate », « étalonnage »… Travailler à la préservation des films de patrimoine requiert un vocabulaire technique des plus pointus. Pas de panique : nous avons décodé quelques mots-clés pour vous aider à tout comprendre du jargon employé par nos techniciens, véritables gardiens de la mémoire du cinéma.

Acétate

Support du film ininflammable. Il fut généralement utilisé en remplacement du nitrate de cellulose pour donner au film un support plus stable et moins dangereux. Il connut deux formes : le diacétate et le triacétate de cellulose.

Conservation

Il s’agit de stocker les films dans les meilleures conditions possibles. Cela nécessite une température régulière (entre 10 et 18 °C pour les films sur support triacétate et polyester noir et blanc et couleurs) et une hygrométrie contrôlée (35 à 45 % d’humidité relative). On conserve séparément les éléments nitrate et acétate, les éléments en voie de décomposition et les éléments sains, les positifs et les négatifs.

Étalonnage

Cette opération effectuée en laboratoire permet de corriger le rendu plan par plan, les variations de luminosité ou de couleurs du négatif du film à l’occasion du tirage des copies. C’est une étape importante de la production d’un film, mais aussi de sa restauration, lorsque l’on utilise plusieurs éléments (négatifs, copies) comme sources. L’opération existe également avec les outils numériques

Format

Terme qui désigne la largeur de pellicule utilisée. Il détermine aussi le matériel au tournage et à la projection d’un film. Si le cinématographe des frères Lumière utilisait un film de format 35 mm, demeuré le plus courant, d’autres formats, très nombreux, ont vu le jour. Le format substandard 16 mm (de largeur inférieure à celle du format standard de 35 mm), les formats réduits de 9,5 mm (du Pathé-Baby), 8 mm, super 8, 17,5 mm (du Pathé-Rural) sont des formats courants dans les archives, ainsi que les formats larges de 65-70 mm.

Longueur

Il est plus précis de parler du métrage d’un film muet que de sa durée, qui dépend de la vitesse de projection. Mais la longueur d’un film était une donnée loin d’être fixe, elle pouvait varier selon le pays ou le type de distribution. Si un film peut être raccourci en cours d’exploitation, il peut également dès sa mise en distribution connaître plusieurs versions, courtes ou longues.

Nitrate de cellulose

Obtenu par traitement à l’acide nitrique en présence d’acide sulfurique, le nitrate, dérivé de la cellulose, a été utilisé depuis les débuts du cinéma jusqu’en 1953. Chimiquement instable, il est voué à la décomposition : sa durée de vie moyenne est de cinquante ans. Il peut se transformer en une pâte gluante, puis en un bloc jaune solide et poisseux, avant de se désagréger en poussière malodorante de couleur rouille. Également dangereux, car auto-combustible, il est appelé « film flamme ».

Perforation

Les perforations, de forme ronde (pour les films Lumière), rectangulaire ou carrée, et dont le nombre et l’emplacement varient selon les formats, permettent, en s’accrochant à une roue dentée, le défilement de la pellicule devant la source lumineuse. Un film 35 mm comporte quatre perforations

de chaque côté de l’image.

Polyester

Support non cellulosique résultant de l’action d’un acide sur un alcool. Plus mince que le triacétate, plus résistant et plus stable, ses propriétés chimiques sont remarquables. Chimiquement neutre, ce support se conserve très bien dans le temps. Toutefois, et contrairement à la pellicule acétate, ce support n’autorise pas de traitement de dérayage (pour ôter les rayures) en raison de ses propriétés physiques. Par ailleurs, cette pellicule est quasiment incassable : mal chargée, une copie 35 mm peut casser un appareil de projection ou blesser gravement le projectionniste.

Restauration

À la différence de la conservation - qui consiste à stocker les films dans les conditions matérielles adéquates au support -, et de la sauvegarde - qui consiste à les dupliquer sur un support viable sur la durée -, la restauration est une intervention complexe, aussi bien technique qu’artistique, qui exige des références historiques solides quant au contexte de réalisation du film. Le processus doit conduire à la restitution de l’œuvre au plus proche de ce qu’elle était lors de sa première présentation au public.

Restauration numérique

Numérisation, montage et traitement du film au moyen de logiciels permettant toute une gamme d’interventions allant de l’élimination des défauts physiques du support advenus avec le temps à la reconstruction, partielle ou totale, de l’image.

Safety

Support. Caractérise le matériau en triacétate, diacétate de cellulose et en polyester difficilement inflammable, utilisé systématiquement comme support de l’émulsion photochimique à partir du milieu des années cinquante en remplacement des films en nitrate de cellulose. Synonymes : support de sécurité, triacétate de cellulose, film de sécurité.

Son

Les techniques d’enregistrement du son, qui ont varié au cours de l’histoire du cinéma, peuvent poser des problèmes spécifiques aux restaurateurs. Les procédés qui synchronisaient un film avec un disque (Chronophone, Vitaphone) nécessitent une nouvelle synchronisation et un transfert sur une bande-son. Les pistes sonores des films parlants doivent être réenregistrées, filtrées, corrigées.

Syndrome du vinaigre

Comme le nitrate, le support acétate est victime d’une forme de décomposition par hydrolyse (fixation d’eau) du support qui se gondole, colle et dégage une odeur forte d’acide acétique (vinaigre). Ce phénomène se produit lorsque les conditions de conservation (température trop élevée, taux d’humidité trop important) n’ont  pas été respectées à un moment de la vie du film.

Teintage

Au début des années dix, couleur unique affectant toute l’image (transparences et densités), obtenue soit par teintage dans la masse du support (neuf couleurs isolées de pellicule sont proposées par les fabricants), soit par immersion d’une copie noir et blanc dans un bain colorant, répondant à des critères expressifs (bleu pour la nuit, jaune pour le jour, rouge pour les incendies, etc.). À l’apparition du parlant, les teintures subissent des modifications, l’absorption des couleurs ayant une incidence négative sur la bande sonore.