Pourquoi François Ozon a choisi d’aborder un sujet d’actualité pour « Grâce à Dieu »

Pourquoi François Ozon a choisi d’aborder un sujet d’actualité pour « Grâce à Dieu »

20 février 2019
Cinéma
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François Ozon et Melvil Poupaud sur le tournage de
François Ozon et Melvil Poupaud sur le tournage de "Grâce à Dieu" Mandarin Production/DR
Ce mercredi sort au cinéma le dernier film de François Ozon. Son premier traitant d’un sujet d’actualité autour des victimes d’actes de pédophilie au sein de l’Eglise.

Le sujet est sensible. Inspiré de faits réels, Grâce à Dieu, relate l’histoire d’Alexandre qui décide un jour de révéler qu’il a été la victime d’un prêtre pédophile. Dans ce long métrage, le prêtre en question est nommé. Alors que la procédure judiciaire est toujours en cours. Paradoxalement, le réalisateur ne s’est pas intéressé à cette affaire parce qu’elle faisait l’actualité. « Après avoir beaucoup parlé de femmes au fort caractère, je voulais développer un récit autour d’un homme en souffrance. Et c’est en cherchant un sujet que je suis tombé par hasard sur le site de l’association La Parole libérée, raconte François Ozon. J’y ai lu le témoignage absolument incroyable d’Alexandre. Cet homme profondément catholique qui réalise, à 40 ans, que le prêtre qui l’avait abusé est toujours vivant et s’occupe toujours d’enfants. Et qui, tout à coup, a envie d’agir. »

Et c’est en rencontrant Alexandre que François Ozon décide de faire un film de cette histoire précisément. Sans changer un seul des noms des protagonistes, quitte à devoir faire face à la justice : « Une fois face à lui, je lui ai demandé de me raconter son histoire avant d’aller rencontrer François, qui a poursuivi le combat. Lui, c’était différent : je me suis retrouvé devant un nouveau personnage incroyable, athée, alors qu’Alexandre est dans la foi. Mon désir d’en faire un film grandissait encore plus. » « Changer les noms aurait été complètement hypocrite, poursuit le réalisateur. Tout a déjà été raconté dans les journaux, dans des livres, dans des reportages… Je ne propose rien de neuf sur l’affaire. Seules m’intéressaient les victimes et les répercussions de la libération de leur parole. C’est pour cela que j’ai choisi de raconter l’histoire de leur point de vue et que je n’ai pas cherché à rencontrer les gens d’Eglise, ce que j’aurais fait si j’avais traité le sujet en mode documentaire. » Quant à savoir si la réalisation de ce film allait lui causer des ennuis avec la justice, il avait pris ses précautions : « J’ai aussi fait lire le scénario à des avocats qui m’ont assuré qu’il n’y avait aucun problème puisque tout ce qu’on dit dans le film est déjà connu de tous. »

Grâce à Dieu a reçu l'avance sur recettes avant réalisation du CNC.

La justice tranche en faveur de Grâce à Dieu

Le père Bernard Preynat, nommé dans le film, et accusé d’agressions sexuelles sur de jeunes garçons avait déposé un recours en référé au tribunal administratif de Paris pour que la date de sortie du film soit repoussée, au nom de la présomption d’innocence. Le procès de ce prêtre devrait en effet se tenir d’ici la fin de l’année, ou au début 2020. Le juge des référés n’a pas accédé à sa demande, estimant que Grâce à Dieu ne portait pas atteinte à la procédure judiciaire en cours.