Saga de l’été : "L’Île au trésor", de Guillaume Brac

Saga de l’été : "L’Île au trésor", de Guillaume Brac

08 août 2019
Cinéma
"L’Île au trésor", de Guillaume Brac
Pour le premier documentaire de sa jeune carrière, sorti voilà pile un an, le réalisateur d’Un Monde sans femmes et de Tonnerre revenait dans un des lieux favoris de son enfance, l’île de loisirs de Cergy- Pontoise, et dressait un portrait joyeux et bigarré de la France d’aujourd’hui. Il nous en détaille les secrets de fabrication.

Comment est né L’Île au trésor ?

L’idée de me confronter au documentaire trottait dans ma tête depuis que j’avais découvert que mes scènes préférées dans mes fictions étaient celles confrontant comédiens et non- comédiens, où surgissait une vérité humaine transcendant le scénario. J’avais aussi depuis longtemps envie de filmer cette île de loisirs de Cergy- Pontoise où j’avais passé du temps dans mon enfance et qui a servi de décor à L’Ami de mon amie de Rohmer. Quand j’y suis retourné, 20 ans après ma dernière visite, j’ai été frappé de constater combien ce lieu constituait un vrai monde en soi, rassemblant des gens de couches sociales et de continents différents, tout en dégageant une forme de vitalité et de joie, rares aujourd’hui. J’ai donc su d’emblée que j’aurais beaucoup de plaisir à arpenter ce lieu, à rencontrer ceux qui y passent du temps et à raconter ce qui se trouve derrière ces moments de légèreté en maillot de bain.

Comment avez-vous alors construit votre documentaire ? Aviez-vous une trame en tête ?

Je me suis lancé sans filet, en partant juste de cette richesse humaine qui me touchait. J’ai souhaité un film mosaïque, guidé par le hasard des rencontres que j’allais faire… en le tournant. Et j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec un producteur casse-cou, Nicolas Anthomé, qui a compris la particularité du projet et su que pour y parvenir, je devais avoir beaucoup de temps de tournage. Mais, sur le plateau, j’ai mis beaucoup de temps à avoir la certitude que je tenais un film.

Quel a été le déclic ?

Il a fallu attendre plus de la moitié du tournage, quand, au fil du temps et des rencontres, des personnages finissent par émerger - un prof à la retraite, le directeur du lieu et son adjoint, les ados qui tentent de rentrer en douce… - et que je commence alors à deviner de possibles liens entre eux.

Ont-ils été faciles à convaincre de se laisser filmer ?

J’appréhendais de venir déranger des gens dans leurs moments de détente et d’intimité. Et je craignais aussi la possible existence d’une distance sociale et culturelle entre les filmeurs et les filmés. Mais les faits m’ont donné tort. Et le film s’est d’ailleurs réellement trouvé quand j’ai pris la liberté d’impliquer ceux que je filmais dans son processus de fabrication en m’autorisant à remettre en scène certaines situations – notamment de drague ou de transgression - que j’avais pu observer. Car soudain, en faisant les choses ensemble, on se situait sur un pied d’égalité.

Vous aviez des références en tête pendant la fabrication de ce documentaire ?

Un film m’a donné la conviction que le projet que j’avais en tête pouvait exister et avoir du sens : Les Hommes, le dimanche, réalisé en 1929 par Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer et scénarisé par Billy Wilder. Mi-documentaire, mi-fiction, il raconte le week-end berlinois, au bord d’un lac, de cinq jeunes gens de condition modeste. Et traduit magnifiquement ces apparentes petites choses qui en disent pourtant tant sur une société. En l’occurrence, une parenthèse d’insouciance avant l’avènement du nazisme.

Et, par le choix de son titre, l’ombre de Robert Louis Stevenson plane aussi sur votre film. Vous aviez choisi L’Île au trésor dès le départ ?

Non. C’est arrivé au cours du montage au cours duquel… j’ai relu le livre de Stevenson, poussé par le fait qu’avec ma monteuse, on parlait constamment de petits flibustiers pour décrire ces ados usant de subterfuges pour rentrer sans payer dans ce parc de loisirs. Et puis, il se trouve que ce qui me fascinait le plus dans ce lieu, enfant, était un grand bateau pirate en bois échoué sur la plage dont on pouvait escalader les bastingages... A mes yeux, ce titre permet de raconter cette île de loisirs comme une île plus métaphorique au sein de la périphérie parisienne et de la société française. Et je voulais que le spectateur se demande quel pouvait bien être ce fameux trésor.

L’île au trésor de Guillaume Brac est disponible en vod.