Comment ont été réalisés les films VR « Dans la peau de Thomas Pesquet »

Comment ont été réalisés les films VR « Dans la peau de Thomas Pesquet »

07 octobre 2021
Création numérique
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Dans la peau de Thomas Pesquet
"Dans la peau de Thomas Pesquet" DV Group

Si le tournage du premier film de fiction dans l'espace vient de commencer, le réalisateur français Pierre-Emmanuel Le Goff avait déjà réalisé le documentaire spatial 16 levers de soleil en 2018. Un film précurseur sur le quotidien de Thomas Pesquet au sein de la Station Spatiale Internationale, dont la majorité des scènes avaient été tournées par des astronautes de l'ISS.
Pour vivre au plus près cette mission, Pierre-Emmanuel Le Goff et Jürgen Hansen ont également réalisé trois films en VR. Le premier nous fait vivre l’entraînement, le deuxième le quotidien à gravité zéro et le troisième le décollage dans un fauteuil dynamique. Entretien avec le co-réalisateur et producteur du film, Pierre-Emmanuel  Le Goff.


Comment avez-vous eu l’idée de réaliser une expérience immersive sur la mission de Thomas Pesquet dans l’ISS?

Nous avons collaboré avec la Nasa et l’ESA (l’agence spatiale européenne) pour filmer la première mission dans l’espace de deux astronautes (un Allemand et un Américain). Le film s’appelait Gravité Zéro. Lors de la post-production de ce film, on a appris qu’un Français avait été choisi pour faire une mission dans l’ISS. Pour convaincre Thomas Pesquet, nous lui avons organisé une projection à Paris au Club de l’Etoile, histoire de mettre tout de suite le projet en orbite. A la fin de la séance, on a expliqué à Thomas l’ensemble des projets qu’on souhaitait réaliser autour de sa mission: un long métrage cinéma, des formats Imax et Planétarium, et des expériences immersives en réalité virtuelle à 360°. Il a été très enthousiaste à l’idée de garder une trace de son voyage spatial et de la partager avec le plus grand nombre. Il avait aussi très envie de relever le défi technique.

Jamais auparavant on n’avait filmé en 360 dans l’espace.

Les agences spatiales ont-elles été difficiles à convaincre ?

Nous avions déjà des contacts avec la Nasa et l’ESA suite à notre précédent film. Les images ont été visionnées avant de nous être transmises. Il ne fallait pas qu’elles contiennent d’éléments top secrets ou susceptibles de mettre à mal l’image des astronautes. On a travaillé sur des contenus validés. L’agence spatiale russe, par l’entremise de Thomas Pesquet, nous a fourni les images du retour sur Terre, à l’intérieur du Soyouz.

Qu’a apporté la VR à votre film ?

C’était pour nous un format complémentaire au long métrage qui offrait une narration et des questionnements. Le format immersif c’est de l’émotion brute.

L’espace est un environnement où le regard peut trouver de l’intérêt dans tous les axes, du coup ça devient extrêmement pertinent de traiter un sujet comme ça en 360. Cela permet aussi de ressentir la sensation de vertige qu’on peut avoir quand on est en sortie extra-véhiculaire ou la sensation d’apesanteur dans la station.

Cela accentue aussi le réalisme dans un lieu aussi inaccessible qu’une station spatiale. En utilisant des fauteuils dynamiques, on peut aussi recréer les émotions visuelles et sensorielles ressenties au décollage. On a vraiment l’impression de s’être glissé dans la peau de Thomas Pesquet.

Concrètement, comment le tournage s’est mis en place ?

On a eu la chance de pouvoir suivre Thomas pendant un an et demi avant sa mission et donc de filmer tout l’entraînement. Pendant cette période, nous avons tissé des liens forts avec lui et avons réfléchi ensemble aux différents types de prises de vues pour qu’il soit capable de prendre le relais une fois dans la station. On a ensuite dû repasser entre les fourches caudines des différentes agences spatiales (américaine, européenne et russe) pour faire valider le matériel qui allait être embarqué dans la station.

Quelle caméra avez-vous choisi ?

Nous en avons choisi plusieurs afin de tourner avec plusieurs axes. C’était un vrai défi technologique. On a combiné par exemple la caméra compact VR, la Go-pro pour la sortie extra-véhiculaire. Nous avons même utilisé des photos et une caméra red équipée d’un Fish-eye. Je ne vais pas le cacher : le fait d’avoir multiplié les axes coûte très cher. D’autant que les capteurs dans l’espace sont assez rapidement corrodés par le rayonnement cosmique ce qui fait qu’il y a des pixels d’images qui meurent et que nous devions les reconstituer en post-production.

Comment rentabilise-t-on un projet qui a un tel coût ?

L’enjeu pour nous était de montrer qu’un projet VR assez onéreux (pratiquement 1 M€) puisse trouver un équilibre économique alors que le système de distribution de la VR n’est pas encore mature. On a énormément montré le projet à l’étranger, dans les festivals. De plus en plus de salles nous demandent le film, et à chaque fois qu’on a des nouveaux lieux, ça marche bien.