De la Terre à la Lune en passant par Mars : 1st Step et 2nd Step racontent l’aventure spatiale en réalité virtuelle

De la Terre à la Lune en passant par Mars : 1st Step et 2nd Step racontent l’aventure spatiale en réalité virtuelle

22 avril 2021
Création numérique
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2nd Step Mars VR
2nd Step Mars VR Faber Courtial
Direction l’espace. Après l’expérience VR 2nd Step, en 2018, qui proposait au spectateur un voyage vers la Lune et la planète Mars, le réalisateur Jörg Courtial et la productrice Maria Courtial imaginaient sa suite spirituelle, 1st Step (2020). Une exploration de la Lune et des missions Apollo comme si on y était, réalisée avec l’aide de la Nasa et de l’Agence spatiale européenne. Alors que l’expérience a dernièrement été récompensée par le prix de la meilleure photographie au festival Stereopsia Europe, Jörg Courtial nous raconte les coulisses et les objectifs de ces deux projets.

D’où vient l’idée de 2nd Step et quel était votre objectif à l’époque ?

En 2018, nous avons été commissionnés pour réaliser toutes les animations d’un documentaire de la ZDF [la télévision allemande, NDLR] sur la Terre, la Lune et Mars. Comme complément, nous avons pensé à un film en VR sur la Lune et Mars. La ZDF a tout de suite accepté. On pourrait dire que 2nd Step n’est pas un documentaire, plutôt un « rêve » : qu’est-ce qui nous attend derrière l’horizon ? Tout être humain aspire à avoir cette réponse. Le projet a été pensé comme un voyage impressionniste, en direction des prochaines destinations qu’aimeraient atteindre les organisations aérospatiales. Mais chaque but atteint par l’humanité déclenche de nouvelles visions, de nouvelles envies. Et le désir d’aller encore plus loin, de dépasser les barrières de notre système solaire : un « deuxième pas » qui va tout changer, longtemps après les missions Apollo. C’est pour ça que nous ne voulions pas faire de 2nd Step une « aventure fantasmée en VR ».

Nous avons travaillé avec beaucoup de précision la reproduction des paysages. Par exemple, quand vous vous trouvez sur la surface de la Lune, au bord du cratère Shackleton, ou bien sur les Valles Marineris de Mars, chaque détail est basé sur des mesures exactes prises par la Nasa et l’Agence spatiale européenne ! Même chose pour le design des astronautes, de la station spatiale et des modules lunaires.

Comment créer de l’émerveillement tout en restant extrêmement réaliste ?

Mais c’est la réalité qui génère l’émerveillement !

Avec 2nd Step, vous explorez des endroits totalement inconnus de l’humanité, par exemple le pôle Sud de la Lune. Un endroit à peine croyable, que le Soleil n’éclaire jamais, avec des cratères plongés dans l’obscurité pour l’éternité, où la température est la plus basse de notre système solaire.

Ou bien Mars, notre planète voisine. Aucun humain ne sait ce que ça fait de se retrouver au bord d’un canyon dont les dimensions sont de la longueur des États-Unis, avec des cratères de la taille de nos plus grosses montagnes terrestres.

Sans parler du mont Olympe, qui est trois fois plus haut. Pour vous donner une idée : si vous pouviez aller à son sommet, vous seriez au-dessus de l’atmosphère de Mars, dans l’espace ! Ensuite, nous faisons tout ce que nous pouvons pour retranscrire ça à travers la musique et la voix off.

Comment créer une sensation de profondeur en VR dans l’espace ?

Par la combinaison des éléments au premier plan et de l’environnement. Et plus précisément grâce à la position des acteurs, qui doivent se retrouver autant que possible au plus proche de la caméra. Ils sont le pont entre la réalité et la réalité virtuelle. Comme aucun autre médium, la VR donne l’impression de vivre une véritable expérience.

D’un pur point de vue de réalisateur, comment décide-t-on où placer la « caméra » ? Avez-vous beaucoup expérimenté avant de trouver les bons angles ?

Oui, nous avons tenté beaucoup de choses. L’idée est toujours de trouver la position de la caméra qui rendra l’action la plus intense possible. Mais ça concerne aussi des éléments du paysage, que nous avons souvent déplacés pour arriver à donner une forme d’intensité. De mon point de vue, l’immersion commence par la troisième dimension. Dans les films conventionnels, la taille limitée de l’image assure un certain degré de flexibilité dans la façon de gérer la profondeur et la hauteur. C’est totalement différent avec la VR. Tout est toujours visible. Rien n’est « off », ou coupé. Toutes les dimensions sont perceptibles par le spectateur comme elles le seraient dans la réalité. Ce qui veut dire qu’il faut le gérer en permanence, tout au long du processus de production.

Comment laisser le spectateur libre de regarder où il veut, tout en orientant son regard ?

Il est important de lui laisser assez de temps pour regarder tout autour de lui et de percevoir ce qui est fondamental. Le temps passe bien plus vite quand on est immergé dans la VR. Et chacun a la liberté d’expérimenter comme il le souhaite. Le storytelling ne doit donc pas être aussi strict que dans un film conventionnel, qui permet – comme on le sait tous – de prédéterminer où se posera le regard et comment seront gérés la perspective et le timing.

Quels films vous ont inspiré pour 1st Step et 2nd Step ? On pense évidemment à Gravity ou Seul sur Mars

Ce sont deux bons exemples, mais 2001, l’odyssée de l’espace a été fondamental. La façon dont Stanley Kubrick dépeint la plus grande expédition de l’humanité est très proche de notre intention.

Comment avez-vous géré le sound design ?

Le son dans l’espace est toujours un challenge, car dans la plupart des cas, il ne peut pas être utilisé comme un élément dramatique. En fait, il n’y a aucun bruit, à l’exception du décollage et de l’atterrissage. Pour le décollage, notre ingénieur du son a beaucoup expérimenté et il avait besoin de bien plus que des archives sonores d’origine. Elles étaient utiles, mais pas assez pour parvenir à donner l’impression d’une présence physique, essentielle pour ce genre d’expérience immersive.

Nous avons recherché de nombreuses transcriptions et de fichiers audio des missions Apollo, pour parvenir à trouver l’authenticité des missions dans les deux films.

À quel point la Nasa et l’Agence spatiale européenne vous ont aidé pour ces deux expériences ?

Pour 2nd Step, nous avons beaucoup échangé avec l’Agence spatiale européenne, en leur posant notamment toutes les questions que nous avions sur les futures missions vers la Lune et Mars. De son côté, la Nasa nous a ouvert ses archives et ses données, gratuitement. On a par exemple pu télécharger un modèle photogrammétrique du module de commande d’Apollo 1, ainsi que des tas de photos d’archives qui, liées entre elles, nous ont permis de former des panoramas à 360 degrés. Comme la Nasa nous a également donné les positions exactes d’où ont été prises les photos, nous avons pu reproduire la bonne position de la caméra.

Travailler sur 2nd Step a dû être plus compliqué, puisque par définition vous aviez beaucoup moins d’archives de Mars à votre disposition…

Tout à fait. Avec 1st Step on voulait retracer l’une des plus grandes aventures de l’humanité, alors que 2nd Step était clairement notre vision d’un futur possible. Chaque lieu, chaque image est une idée de ce à quoi on pourrait s’attendre en allant sur place. C’est une sorte d’expérimentation.

Travaillez-vous déjà sur d’autres expériences VR du même type ?

Notre projet du moment va nous faire remonter le temps. Très, très en arrière. Il s’agit de Genesis – Our Story, qu’on peut voir comme une sorte de prologue à 1st Step et 2nd Step.