Paul-Émile Victor débarque sur la côte du Groenland oriental à l'été 1934. Les Inuits l'adoptent rapidement et le surnomment « Wittou », adaptation phonétique de son nom « Victor ». Pendant deux campagnes, l’ethnologue parcourt le territoire pour comprendre leur culture et leur mode de vie. Lors de la seconde, il s’installe à Kangerlussuatsiaq et partage pendant quatorze mois le quotidien d’une famille inuite. Tout au long de ses voyages, il croque des lieux, des visages, des objets et des silhouettes.
À partir de ces précieuses archives, le scénariste Stéphane Dugast, biographe de Paul-Émile Victor, et le réalisateur Dimitri Sourzac ont conçu Wittou. Rendez-vous au Palais de Chaillot (17 place du Trocadéro, 75116 Paris) jusqu’au 30 août, de 11h15 à 12h30 puis de 14h00 à 18h00, à raison d’une séance toutes les quinze minutes. Trois séances sont également proposées quotidiennement en anglais, à 12h30, 14h30 et 16h30.
Une aventure immersive au service du souvenir
Vivien Lemaignan, producteur de l’œuvre au sein des Gens Bien Productions, qui la coproduit avec le Fonds de dotation Paul-Émile Victor, raconte la conception de cette expérience. Wittou a reçu le soutien du Fonds d’aide à la création immersive du CNC, en préproduction puis en production, ainsi que l’Aide aux moyens techniques, collège « diffusion », pour développer et construire la boîte immersive mobile.
« Notre société existe depuis 2004. Nous produisons des documentaires autour de l’exploration, des sciences et de l’environnement. C’est à la suite de notre rencontre avec Stéphane Dugast qu’est née l’idée de créer une œuvre immersive autour du travail ethnographique de Paul-Émile Victor auprès des Inuits. Stéphane nous a mis en relation avec ses enfants, notamment Daphné Victor, qui a immédiatement soutenu le projet et convaincu le Fonds de dotation Paul-Émile Victor de nous accompagner financièrement et de coproduire l’œuvre.
Nous développions déjà des films en réalité virtuelle autour de nos documentaires d’expédition et travaillions régulièrement avec Dimitri Sourzac, réalisateur d’expériences immersives depuis une vingtaine d’années. Il a rejoint le projet et en a assuré la réalisation. Pour accueillir l’œuvre et la boîte, nous avons pensé au Musée national de la Marine. Laurence Castany, directrice du développement culturel, a soutenu la démarche et proposé d’accueillir l’œuvre avec son dispositif de diffusion. »
Le soutien du CNC a été déterminant. Le Fonds d’aide à la création immersive nous a d’abord accompagnés en préproduction, permettant notamment les repérages au Groenland en juillet 2025, puis en production pour réaliser l’œuvre. L’Aide aux moyens techniques, collège “diffusion”, a soutenu le développement et la construction de la boîte mobile.
Avant de nous lancer, nous avons échangé avec plusieurs musées pour comprendre leurs besoins. Beaucoup souhaitent proposer des expériences immersives sans disposer d’une salle dédiée. Nous avons donc imaginé un dispositif “clé en main” : une œuvre et son espace de diffusion, suffisamment mobiles pour voyager d’un lieu à l’autre. »

« Nous avions l’habitude de raconter des histoires de façon documentaire. Ces nouvelles écritures laissent davantage de place à la contemplation, mais nous tenions à conserver une narration et à transmettre des connaissances. Nous avons choisi une écriture à la fois poétique et pédagogique, construite autour de tableaux reconstitués à 360° à partir des photographies, plans, notes et croquis de Paul-Émile Victor. Certaines archives ont été animées ou prolongées grâce à des outils numériques, dont l’intelligence artificielle, toujours au service de la mémoire et du récit.
La hutte reconstituée permet de ressentir ce que signifiait vivre ensemble dans un espace réduit, au cœur de l’hiver arctique, pendant de longues semaines de quasi-obscurité. Les personnages apparaissent sous forme de silhouettes inspirées de ses croquis. L’interactivité reste au sol : les visiteurs voient leurs traces dans la neige et leurs mouvements font naître particules et effets visuels, sans agir sur le déroulement des séquences.
Nous souhaitions que Paul-Émile Victor raconte lui-même son histoire. Le texte a donc été écrit à la première personne. Nous avons fait écouter de nombreuses archives sonores à un comédien, afin qu’il s’imprègne de son rythme, de ses intonations et de sa manière de parler. L’intelligence artificielle a ensuite permis de restituer la voix de Paul-Émile Victor sur ce nouveau texte. »
La boîte a été conçue dès l’origine pour voyager. Elle est démontable, transportable et peut être réinstallée dans un nouveau lieu en quelques jours. Elle peut accueillir d’autres œuvres conçues pour une diffusion à 360°. Nous avons également développé une version de Wittou pour casque VR, afin de présenter l’œuvre dans les lieux qui n’ont pas l’espace nécessaire pour accueillir la boîte.
Le projet compte également un nouveau partenaire, la Cité des sciences et de l’industrie, qui suit le développement de la boîte immersive depuis sa conception. Dès le début du mois de septembre, celle-ci rejoindra le Carrefour numérique pour une durée d’au moins six mois, où elle accueillera notamment des artistes en résidence venus imaginer et créer de nouvelles œuvres à 360° et interactives. Une nouvelle étape avant que la boîte, comme Wittou, poursuive sa route vers d’autres lieux et de nouvelles aventures. »
WITTOU
Réalisation : Dimitri Sourzac
Scénario : Stéphane Dugast
Production : Les Gens Bien Productions et Le Fonds de Dotation Paul-Émile Victor
Diffusé du 8 juillet au 30 août 2026 au Musée national de la Marine de Paris
Soutien sélectif du CNC : Fonds d’aide à la création immersive (préproduction et production), Aide aux moyens techniques "college diffusion"