Paul-Émile Victor a débarqué sur la côte vierge du Groenland oriental à l'été 1934. Les Inuits l'ont rapidement adopté et surnommé « Wittou ». Étudiant leur civilisation durant deux campagnes d'exploration, l’ethnologue a multiplié les kilomètres (en traîneau, en bateau...) et les rencontres pour comprendre leur culture et leurs traditions. Tout au long de ses voyages, il a croqué des lieux, des visages, des silhouettes.
A partir de ces précieuses archives, le scénariste Stéphane Dugast (qui lui avait consacré le documentaire Paul-Émile Victor, j'ai horreur du froid en 2019) et le réalisateur Dimitri Sourzac ont conçu un film immersif de dix minutes, destiné à être diffusé au Musée national de la Marine de Paris. Rendez-vous au Palais de Chaillot (17 place du Trocadéro, 75116) pour le découvrir jusqu'au 30 août, de 11h15 à 12h30 puis de 14h00 à 18h00 à raison d'une séance toutes les quinze minutes. Trois séances sont également proposées quotidiennement en anglais : à 12h30, 14h30 et 16h30.
Une aventure immersive au service du souvenir
Vivien Lemaignan, qui a cofinancé le projet via Les Gens Bien Productions (en partenariat avec le Fonds de dotation Paul-Émile Victor), raconte la conception de cette expérience immersive, qui a reçu l'Aide aux moyens techniques du CNC.
« Notre société existe depuis 2004. Nous produisons des documentaires sur le travail d'explorateurs et d'ethnographes, notamment pour Arte (Le mystère des anneaux du Cap Corse) et Canal + (Plastic Odyssey). Nous avons discuté de la possibilité de concevoir une boîte d'immersion en VR avec Stéphane Dugast, biographe de Paul-Émile Victor, auteur d’un livre et d’une BD sur lui. Via Novelab, nous avons soumis le projet à Dimitri Sourzac, qui crée des expériences en VR depuis une vingtaine d'années et qui a développé un excellent réseau. C'est grâce à lui que nous avons été mis en relation avec le Musée national de la Marine. »
« Grâce au CNC, nous avons obtenu le soutien au développement, qui nous a permis d'aller faire des repérages au Groenland. Nous avons ensuite été soutenus sur l'œuvre, à la production et à la diffusion. C’est énorme pour une société comme la nôtre, qui n'avait pas encore investi dans ce genre de boîte immersive ! Nous avions fait une étude de marché et découvert que les musées cherchent des œuvres ‘clé en main’ permettant de plonger le public dans un territoire méconnu et / ou une certaine époque de l'Histoire. Nous avons obtenu l'Aide au développement en avril 2025, puis tourné des scènes au Groenland en juillet. Nous avons ensuite travaillé un an sur la post-production. »

« Nous avions l'habitude de raconter des histoires de façon classique, documentaire. Ces nouvelles écritures laissent davantage part à la contemplation. C'était intéressant, dans le cadre de cette immersion, de faire passer un message, pour que les spectateurs ressortent enrichis de connaissances. Nous ne pouvions pas être uniquement dans l’observation. Ce genre de boîte existe, mais là, nous avons misé sur la narration et la poésie aussi, en proposant des tableaux à 360° à partir des photos de Paul-Émile Victor. En les animant grâce à l'intelligence artificielle, en prenant soin que cet outil soit utilisé au service du souvenir, en accord avec les enfants de l'explorateur et en faisant attention à reconstituer au mieux les détails. »
« Nous invitons le public dans la hutte dans laquelle il a hiverné pendant six mois auprès d'Inuits. Ils ont vécu dans ce lieu étroit à 25 personnes ! Nous l’avons ‘reconstruit’ en respectant ses notes : les mesures, la disposition et la dimension des objets (peaux de phoques, bougies...). C'est là qu'il a pleinement pris conscience de la Nature, qu'il fallait que l'Homme la respecte et s'y adapte. C'est ce qui nous semblait le plus pertinent à transmettre. Sur ces décors, nous avons dessiné des silhouettes, là aussi inspirées de ses croquis, ce qui apporte encore plus de poésie. Le fait qu'il y ait de l'interactivité au sol rend l'expérience particulièrement ludique pour les enfants. Quand Paul-Émile avance sur la neige, le spectateur aussi : on peut marcher dans la boîte et nos pas vont apparaître. Effet wow garanti ! »
« Nous souhaitions que ce soit Paul-Émile Victor qui se raconte. Pour cela, nous avons écrit le texte à la première personne, puis retravaillé sa voix avec un comédien, qui avait accès aux archives sonores pour reprendre ses intonations. L'IA a permis de remettre la voix de Paul-Émile Victor sur le texte. En français uniquement : les séances en anglais sont simplement doublées par un comédien, qui a lui aussi pu écouter en amont des interviews de l'explorateur. »
« Le but est que cette œuvre vive ensuite dans différents lieux. La boîte peut être réinstallée dans d'autres musées ou des aquariums, par exemple. A condition d'avoir de la place : elle fait quand même 36m² au sol et 3m50 de haut ! Elle est démontable et remontable en deux jours environ. La structure a été fabriquée pour ça. C'est plus compliqué pour les vidéoprojecteurs : ils pèsent très lourd et il faut les calibrer au millimètre près… La boîte peut accueillir d'autres films conçus spécifiquement pour être diffusés à 360°. Nous travaillons déjà sur un projet de film sous-marin, par exemple. Cela permet de toucher d'autres types de musées, et donc différents publics. Nous avons également tourné Wittou en VR classique, pour des casques, pour qu'il puisse aussi par la suite être proposé sur des plateformes. »
WITTOU
Réalisation : Dimitri Sourzac
Scénario : Stéphane Dugast
Production : Les Gens Bien Productions et Le Fonds de Dotation Paul-Émile Victor
Diffusé du 8 juillet au 30 août 2026 au Musée national de la Marine de Paris
Soutien sélectif du CNC : Fonds d’aide à la création immersive, Aide aux moyens techniques