Vous avez lancé les Pégases en 2019. Pourquoi était-ce important de créer une cérémonie française pour récompenser les jeux vidéo ?
Vanessa Kaplan : Nous nous sommes rendu compte que le jeu vidéo n’avait pas de remise de prix à la hauteur de l’industrie. L’idée était d’avoir un moment de célébration qui puisse participer à la reconnaissance de la filière en tant qu’industrie culturelle au même titre que les autres. Le premier enjeu, à l’époque, était surtout de mettre en lumière les personnes qui font les jeux en France. Nous avons des productions françaises qui se vendent à l’international. Mais si le public arrivait à citer des jeux, il était bien incapable de donner les noms des créateurs ou des métiers de la filière.
Diriez-vous que ce sont les César du jeu vidéo ?
Évidemment, nous voyons le parallèle. D’ailleurs, au début, nous avons cherché à nous appuyer sur ces codes-là. Mais aujourd’hui, je ne crois pas que les Pégases soient les pendants des César. Ils ont trouvé leur propre identité. La culture n’est pas la même que celle du cinéma. La filière du jeu vidéo est une industrie à la fois culturelle et technologique, avec sa propre identité.
Comment sont désignés les nommés ? Qui vote ?
C’est la responsabilité de l’Académie des Arts et Techniques du jeu vidéo, qui rassemble les professionnels de l’industrie, répartis en plusieurs familles de métiers, avec un collège honoraire qui regroupe les personnes travaillant à la périphérie de la production de jeux vidéo. Cette année, nous comptons à peu près 3 000 professionnels inscrits. Ce sont eux qui votent, en deux tours : d’abord pour déterminer les nommés – trois par catégorie – puis les lauréats. Nous n’avons pas de jury. Cela fait vraiment partie de l’ADN des Pégases d’avoir une reconnaissance par les pairs. Et c’est important pour les professionnels qui montent sur scène.
Quels sont les critères pour être sélectionné ?
Il faut d’abord que le jeu ait été soumis à l’Académie. Tous ne sont pas examinés : la soumission doit venir de la volonté du studio qui a développé le jeu. Il n’y a pas de présélection. Ensuite, nous vérifions que le jeu a été majoritairement produit en France et commercialisé sur l’année N-1. Ce sont des critères assez simples. En revanche, nous limitons désormais le nombre de catégories dans lesquelles les studios peuvent soumettre leurs jeux. Cela permet de laisser de la place aux collègues et de montrer la diversité de la création française. Si Clair Obscur : Expedition 33 est l’un des favoris, des titres comme Absolum ou The Rogue Prince of Persia sont aussi très attendus. La catégorie du meilleur jeu vidéo étudiant est également très importante pour le Syndicat national du jeu vidéo. Elle constitue une passerelle entre les projets étudiants et les projets professionnels. Elle crée un lien direct avec l’industrie qui accueillera les étudiants à la sortie de l’école. C’est toujours l’un des moments les plus émouvants de la soirée.
Quel est l’impact d’une victoire aux Pégases pour un studio indépendant ?
Il est de plus en plus important. L’intérêt de la presse et des journalistes pour l’événement est croissant. Cela permet une belle valorisation des studios et des régions qui les soutiennent. En France, une entreprise de jeux vidéo sur deux n’est pas basée en Île-de-France. Nous avons aussi créé une page Steam qui rassemble l’ensemble des nommés, avec un travail important de mise en avant, ce qui permet un petit boost au niveau des ventes.
Comment pensez-vous pérenniser l’événement ?
Nous avons plusieurs idées, notamment à l’échelle européenne. Il existe d’autres cérémonies chez nos voisins, mais les Pégases sont aujourd’hui les plus établis et les plus importants en Europe. Nous réfléchissons à la manière de faire rayonner l’événement à l’échelle continentale, peut-être en créant une catégorie qui ferait une place aux jeux produits dans le reste de l’Europe. L’autre sujet, c’est la diffusion. Nous n’avons toujours pas de diffuseur télévisuel, même si nous essayons depuis le début de travailler avec les chaînes traditionnelles. Aujourd’hui, nous retransmettons la cérémonie sur Twitch, avec Samuel Étienne. Cela fonctionne très bien, mais nous avons sans doute d’autres partenariats à imaginer avec des streamers. Enfin, nous effectuons un travail important pour proposer des exclusivités pendant la soirée. Il y en aura beaucoup lors de cette septième édition : onze annonces exclusives ou des bandes-annonces inédites. C’est deux fois plus que l’an passé. C’est important, car cela permet un plus grand rayonnement de l’événement dans les médias.