Aide au parcours d'auteur : résultats de la commission en 2025
Résultats des commissions
31 décembre 2025
Marie Losier
Marrainée par Vincent Paronnaud
« J’ai énormément filmé, j’ai énormément oublié… est un projet né d’un manque. J’ai toujours filmé pour lutter contre l’oubli, pour retenir le temps. Entre neuf et dix-huit ans, l’anorexie a effacé une grande partie de mon adolescence, laissant un vide, un « nuage blanc » au cœur de ma mémoire. En réponse, j’ai filmé sans relâche, accumulant depuis plus de vingt ans des centaines de bobines, d’archives sonores et de carnets, dont beaucoup n’ont jamais été développés.
Le film fait se croiser deux mémoires. La première est constituée de ces images inédites tournées auprès d’artistes majeurs de l’underground new-yorkais, filmés dans leur intimité et au cœur de leurs propres archives. La seconde est celle de mon histoire personnelle, marquée par l’amnésie, aujourd’hui ravivée par un événement familial bouleversant dont je souhaite recueillir la parole comme un geste de réparation.
Je souhaite construire ce film comme un album personnel, mêlant archives révélées, témoignages familiaux, fragments de fiction, animations et collages. Une forme libre, entre documentaire et journal intime, où la mémoire intime dialogue avec la mémoire collective, et où l’absence devient enfin matière de cinéma. »
Alassane Diago
Parrainé par Frédérique Moreau
« Après 15 années de pratique de cinéma documentaire, je suis conscient et convaincu que le cinéma est une arme pour bousculer les mentalités. Je suis conscient qu’il peut changer la vie des gens. Dans mes précédents films Les larmes de l’émigration, Rencontrer mon père, La vie n’est pas immobile, Le fleuve n’est pas une frontière, le cinéma intervient concrètement sur le cours des choses, questionne, affronte, déplace, et à la fin, transforme la réalité. Il a changé ma vie, la vie des miens, la vie des protagonistes que j’ai filmés.
Aujourd’hui avec l’Aide au Parcours d’auteur, j’élargis mon champ de vision vers des problématiques politiques, migratoires contemporaines. Je sors de cette approche intimiste, je me confronte à un nouveau univers cinématographique, encore plus ouvert que mes précédentes réalisations : la fiction.
Avec mon projet Symbarelle, je veux toucher et mobiliser un public plus large en racontant, du point de vue de celles et ceux qui restent, les conséquences dramatiques de l’émigration clandestine. En effet, face aux crises multiformes et sectorielles que traverse le monde, les pays d’Afrique comme le Sénégal ne sont pas épargnés. La mer redevient le seul refuge pour des milliers de jeunes. Les candidats à l’émigration clandestine affluent et les points de départs sont incontrôlables. La mer attire partout, la mer avale et noie des rêves. La mer laisse les larmes de douleur aux familles restées. Alors l'envie de raconter l'histoire de ces familles endeuillés, abîmées refait surface. Elle devient même une nécessité, une urgence.
Je me suis toujours promis que si je devais faire de la fiction, ce serait avec des personnages réels, des décors réels, une fiction qui prend sa source et se nourrit de réel.
L’aide prestigieuse et unique au Parcours d’auteur apparait pour moi comme une opportunité pour raconter cette épopée tragique en tentant de dépasser la pudeur et les limites du réel documentaire qui me retiennent depuis toutes ces années.
Avec l’Aide au Parcours d’auteur, je me donne la chance de traiter, en profondeur, en toute liberté, ce sujet sensible, rebattu, grave et toujours d’actualité, tout en en me nourrissant de mes ressources documentaires, mais aussi en profitant des champs possibles que la fiction peut offrir. Je me donne la chance d’exploiter cette étincelle fiction -documentaire qui m’habite, une ligne fragile, que je veux davantage expérimenter et assumer, laquelle j’espère trouvera enfin sa voie au niveau du grand public.
Avec l’Aide au Parcours d’auteur, je vais pouvoir explorer en profondeur les concepts tels la hantise, la disparition, l’absence, les croyances mystiques et religieuses - la cohabitation paradoxale de ces croyances dans les sociétés africaines, trouver et travailler les personnages non professionnels secondaires qui croiseront le chemin du personnage principal Symbarelle, travailler en toute liberté la profondeur des dialogues… »
Elvire Duvelle-Charles
Marrainée par Tania de Montaigne
« À la mort de mon père, j'ai appris l’incident qui a déclenché son exil d’Haïti, alors qu’il n’avait que 19 ans. Pour le protéger des Tontons Macoutes (milice du dictateur Duvalier), ma grand-mère avait encimenté dans le jardin tous les livres de la bibliothèque de mon père. J’ai également découvert qu’il avait réussi à sauver un de ces livres. Je me mets en quête de ce livre sauvé. Je pars à la recherche des traces de l'inacceptable : la dictature, les viols, les violences, la douleur de l’exil, l’enracinerrance (enracinement dans l’errance) qui suit cet exil.
L’Aide au Parcours d’auteur me donne le temps nécessaire pour me plonger dans la matière déjà existante – archives, carnets, cassettes, journaux de mon père – mais aussi pour les confronter au présent : récolter des témoignages, tisser des liens avec la diaspora, interroger les exilés d’aujourd’hui. Elle soutient un travail de terrain qui demande de la patience, des voyages, et la possibilité d’ouvrir toutes les pistes qui se présentent. Cette aide constitue une étape charnière dans mon parcours : elle me permet de passer de l’écriture intuitive et urgente des réseaux sociaux à une écriture filmique plus ample, où le temps long devient un allié. Elle m’offre l’espace pour assumer pleinement ma position d’autrice et inscrire ce travail dans la continuité de mon engagement : faire émerger des paroles, mettre en lumière les silences, et inscrire l’histoire intime dans un récit collectif. »
François-Xavier Trégan
Parrainage collectif
« Depuis plus de vingt ans, je filme des territoires traversés par l’histoire, la guerre et l’exil, en cherchant à saisir ce que le temps imprime dans les corps, les voix et les lieux. Je me trouve aujourd’hui à un moment charnière de mon parcours, avec le désir d’assumer une écriture plus libre et plus personnelle, où le réel n’est plus seulement observé mais mis en jeu. Ma recherche actuelle interroge la mémoire comme une matière vivante, à travers deux projets complémentaires : Homs ? Homs !, un film documentaire construit autour du retour à Homs d’un metteur en scène syrien qui réactive, sur un plateau de théâtre, des images et des archives d’enfants comédiens filmés en 2015 afin de les confronter au présent d’une « nouvelle Syrie » et à la dispersion de toute une génération ; et L’Aquarium de Zarzis, un projet de fiction nourri de traces documentaires autour de l’écriture du dernier livre de Joseph Kessel en Tunisie. L’Aide au Parcours d’auteur me permet de dégager un temps de recherche et de résidence décisif, notamment à Homs et à Zarzis, pour écrire, expérimenter des dispositifs visuels et sonores, éprouver des formes et franchir un seuil vers un cinéma où l’essai, le doute et l’expérimentation deviennent le cœur du processus de création. »
Chloé Mahieu
Marrainée par Nicolas Peduzzi
« Je suis reconnaissante de recevoir l’Aide au Parcours d’auteur qui m’apporte confiance, soutien, et me permet de m’octroyer un espace de recherches et d’écritures, énorme luxe pour me lancer dans trois projets de film en toute indépendance.
Je m’engage dans un travail nouveau, j’ai écrit en collaboration pendant des années, et porter des projets personnels qui ne soient pas partagés, co-écrits et réalisés à deux, est à la fois vertigineux et excitant, l’Aide au Parcours d’auteur m’y encourage.
Le premier projet que j’ai proposé est un documentaire pour lequel je souhaiterais mettre en relation archives et cinéma direct. J’y suis le parcours d’une combattante, amoureuse empêchée par des lois de plus en plus rigides de vivre avec l’homme qu’elle aime. Malgré l’hostilité et la violence qui la frappent, elle lutte pour faire entendre ses droits et son histoire dont les médias s’emparent et proposent un récit tronqué. Ce bras de fer entre récits est au cœur du dispositif du film que j’envisage.
J’entreprends également de faire un film documentaire autour de la construction d’une école « pour tous » en Suisse, menée par une femme que je connais bien et qui a œuvré en tant qu’éducatrice auprès d’enfants autistes pendant de nombreuses années. Tandis qu’elle se lance dans un projet dont elle rêve depuis longtemps, elle doit convaincre banquiers et institutions de la solidité de ses méthodes d’apprentissages, avancer des certitudes, faire preuve d’une certaine rigidité, quand tout est constamment rebattu et remis en question, que le doute et le questionnement participent du travail de l’équipe enseignante, pour le bien-être des futurs écoliers.
J’ai également le désir, peut-être celui qui est à l’origine de mon travail dans le cinéma, d’écrire et de réaliser un long-métrage de fiction, qui reprendrait des éléments de mon enfance, des secrets, des mensonges, des explosions, tant d’éléments qui pourraient servir une histoire à rebondissements, drames, rires, et fracas. La manière dont le réel est transformable en fonction des mots qui sont mis dessus ou qui sont tus m’intéresse et j’essaye de faire rentrer le fantasme et les résidus de la mémoire dans la narration de cette fiction.
Cette aide va ainsi me permettre de persévérer dans mes désirs de films, financer mes trajets en vue de repérages, m’accorder du temps pour écrire et approfondir mes recherches de formes et de dispositifs. Merci pour tout ça. »
Ghassan Salhab
Parrainage collectif
« Il y a plus de cinq ans, à Beyrouth, j’avais filmé l’appartement de mes parents décédés l’un après l’autre, le vidant délibérément, essayant d’enregistrer ce qu’il reste une fois que les traces ne sont plus apparentes, lui retirer toute familiarité. Les fenêtres donnaient sur la mer Méditerranée, cette mer où mon père nageait régulièrement, toutes saisons confondues. J’avais entrepris d’y nager sous l’objectif d’une caméra — vaine tentative, mais peu importe, je me devais l’improbable. Puis les images sont restées de côté, dans un disque dur. Ce n’est qu’en reprenant progressivement le fil de l’écriture, en commençant à monter, qu’un work in progress, un film-essai, s’est mis en place. Et c’est en inscrivant sur l’écran ce que m’avait dit un jour mon père : « Nous n’aurions jamais dû quitter Dakar, m’as-tu dit », que j’ai compris qu’il me fallait aller à Dakar, là où je suis né, où j’ai passé une grande partie de mon enfance, où mon propre père est né. Ce film se devait de s’adresser à mon père.
L’Aide au Parcours d’auteur me permettra de rester un temps conséquent à Dakar, à poursuivre là-bas ce work in progess. Écrire, mais aussi filmer, monter, tout en continuant de prendre des notes, de filmer encore, de poursuivre le montage « en même temps », toujours sur place. Je crois bien que je nommerai cet essai « Notre peau ». Un peu comme on laisse sa peau, à moins qu’on ne la sauve comme on peut. »
Anaïs Ibert
Marrainée par Hubert Viel & Joachim Hérissé
« Quand je réalise un film, j’aime que l’on ne sache pas à l’avance si ce que l’on voit a vraiment eu lieu, si cela est imaginé par un des personnages, ou si cela est un rêve. Qu’un lieu se transforme selon qui le regarde. Le spectateur accepte peu à peu de ne pas forcément tout comprendre, se laisse plus facilement aller à ressentir des sensations personnelles. Je pense que les moments rêvés, ou imaginés, sont aussi importants que ceux que l’on vit réellement.
Je souhaite maintenant me diriger vers une nouvelle forme, à savoir le genre documentaire.
Il s’agit là pour moi d’un virage dans ma manière de fabriquer un film. Je désire filmer le réel et non le recréer comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent avec la fiction, expérimentale ou classique. De cinématographier la parole de l’autre et non la mienne. J’ignore quels seront les chemins de pensées des personnes que je vais filmer, et leurs temporalités. Les trois parties qui constituent ce long métrage seront des éclats d’âmes de personnes inconnus, tout autant que des petits fragments de moi. Ce qui leur est commun est certainement cette sensation profonde de se sentir seul-e.
J’ai besoin de temps pour vivre le réel que je souhaite filmer. Avoir les moyens financiers de pouvoir me déplacer vers l’autre. »
Viken Armenian
Parrainé par Nicolas Peduzzi
« Né au Liban, où j’ai vécu mon enfance, je n’y vis plus depuis plus de 35 ans. Pourtant, ce pays me revient chaque jour en images mentales. Après mes courts-métrages réalisés en France, j’ai aujourd’hui envie de me confronter à ce monde qui me hante avec deux longs-métrages en gestation.
Et la nuit battait encore est un film ancré dans le regard de l’enfance, où le monde est perçu avec les sens à vif et s’imprime sur la rétine avec toute son étrangeté. En 1985, Victor, 12 ans, après le suicide de sa mère à Paris, rejoint son père dans un centre balnéaire à 20 km de Beyrouth, dans un Liban livré à la guerre civile. Là, il découvre une petite société qui vit comme si de rien n’était. Mais un soir, le conflit se rapproche et tout le monde doit se réfugier dans la boîte de nuit du centre pour s’abriter en sous-sol. Les plus grands dansent toute la nuit sous les bombes, tandis que Victor s’inquiète pour un couple gay qu’il avait rencontré et qui n’ose sans doute pas rejoindre l’abri à cause de ses activités politiques.
L’Arpenteur et la ligne est un projet de film d’enquête, imaginé comme un « thriller mental », ancré dans la ville d’Anjar, à la frontière libano-syrienne. Construite en 1939 pour abriter des réfugiés arméniens venus d’Alexandrette, au nord de la Syrie, que la France mandataire venait de rétrocéder à la Turquie de Kemal. Mathias Rivière, cartographe mandaté par le Quai d’Orsay pour délimiter la frontière, s’installe à Anjar et rencontre Nareg, ingénieur télécom arménien. Ils tombent amoureux. Un matin, Nareg disparaît. On découvre des antennes secrètes qu’il a installées. À quels réseaux sont-elles liées ? La paranoïa s’installe. Les notables, les autorités et les milices se mêlent aux tensions géopolitiques. Un soir, en se promenant dans une zone de cruising, sous l’effet des antennes, Mathias traverse une faille spatio-temporelle et, par un glissement sensoriel, se retrouve dans les années 30, à l’époque de l’arrivée des réfugiés. Il y croise un photographe arménien, rescapé du génocide, avec lequel il partage un moment intime lors de ce « glissement temporel », qui devient son guide dans ce voyage dans le temps.
L’Aide au Parcours d’auteur permettra de financer déplacements et collaborations pour la gestation des deux projets. Pour L’Arpenteur et la ligne, j’aurai surtout besoin du soutien de documentalistes et d’historiens pour me plonger dans les archives diplomatiques françaises sur la construction d’Anjar et le sauvetage des rescapés d’Alexandrette. »
Anna Recalde Miranda
Marrainée par Tania de Montaigne
« J’ai présenté ma candidature à un moment charnière de ma vie. Je venais d’achever un long cycle avec la sortie en salles, en 2025, de « De la guerre froide à la guerre verte ». Ce film, tourné principalement au Paraguay et au Brésil, explore la généalogie du désastre environnemental et ses liens avec les droites internationales organisées, du Plan Condor à nos jours.
Il m’a fallu huit années pour le réaliser. Il clôt une trilogie documentaire commencée en 2008, presque vingt ans de ma vie. À la fin de ce parcours, je me suis sentie à la fois profondément satisfaite et étrangement vide, comme après un long déplacement sans encore savoir où revenir.
Depuis quelque temps, un autre désir prenait forme : adapter en long métrage de fiction, un livre inédit écrit par ma mère. Ce projet serait une sorte de préquel à ma trilogie, un retour en amont, plus intime, et ma première fiction. J’en ai écrit une première adaptation scénaristique, mais l’ampleur du travail à venir m’intimidait encore.
L’Aide au Parcours d’auteur arrive à un moment décisif. Elle me permet de prendre le temps nécessaire pour traverser cette transition, de m’engager pleinement dans ce nouveau projet et de retrouver l’élan et la confiance indispensables pour lui donner naissance. »
Mohammed Bourokba
Parrainé par Patricia Mazuy & Nicolas Peduzzi
« Je me trouve aujourd’hui à un moment charnière de mon parcours d’auteur. Après plusieurs films ancrés dans le Nord de Paris, des retours réguliers dans mon territoire d’origine, le Roussillon, ont commencé à déplacer mon regard. Ces retours sont liés à une histoire familiale longtemps tenue à distance. Ils ouvrent une recherche autour de l’ancrage et de l’appartenance, qui ne vont jamais vraiment de soi.
Ce déplacement m’amène à interroger autrement ma manière de faire des films. J’éprouve le besoin de quitter le naturalisme qui a accompagné mes précédents projets. Dans ce nouveau territoire, je cherche une autre forme, plus tendue. Je me tourne vers le thriller psychologique, comme un moyen de travailler la tension, le hors-champ, ce qui ne se dit pas.
L’Aide au Parcours d’auteur me permet d’accompagner ce moment de bascule. Elle me donne du temps pour l’immersion sur le terrain, pour les rencontres, pour une recherche d’écriture plus ouverte. Un temps nécessaire pour traverser ce passage entre deux territoires, et deux manières de penser mon cinéma. »
Ilana Navaro
Marrainée par Patricia Mazuy
« Ce projet raconte l'histoire de Khalil Bey, collectionneur et dandy ottoman, commanditaire de l'Origine du Monde de Gustave Courbet et de sa future femme la princesse Nazli, qui a été une des inspiratrices du féminisme dans le monde arabe. Dans un style hybride qui mêle la fiction au documentaire, la peinture et les tournages, se tisse les histoires des tout premiers orientaux qui ont dû faire face à l'Orientalisme. Ce projet est la continuation d'un cheminement intellectuel et artistique qui m'accompagne depuis près de vingt ans. Cette Aide au Parcours d'auteur est précieuse car elle me permettra d'avancer dans mes recherches, de voyager pour chercher des archives et des correspondances entre le Caire, Istanbul, Tunis et Copenhague, afin de peaufiner un dispositif qui navigue entre le présent et le passé. »
Francisco Rodriguez Teare
Parrainé par Frédérique Moreau
« Jusqu’à présent, le cinéma documentaire et hybride a été mon espace de prédilection pour explorer les matérialités, les mystères et les comportements humains. Aujourd’hui, je souhaite m’orienter vers la fiction traditionnelle, et l’Aide au Parcours d’auteur me permettra, pour la première fois, de me concentrer sur des films produits : deux longs-métrages de fiction. Ma recherche actuelle est de me concentrer sur l’écriture de ces deux scénarios, puis d’aborder le travail de mise en scène et le travail avec les acteurs, qu’ils soient professionnels ou non-professionnels.
Mon premier projet est un long-métrage qui se déroule dans le nord du Chili.
Voici un synopsis du film : Ville d’Iquique, désert d’Atacama. Mamani (25), un livreur anxieux, mélancolique et en dépendance affective pathologique, gagne sa vie en faisant disparaître des momies Chinchorro vieilles d’entre 7 000 et 4 000 ans qu’il récupère sur des chantiers de construction. Suite à une rupture amoureuse, il se jette sur sa moto et roule à contre sens, cherchant la mort. Il survit à un accident et y rencontre Jordi (71), un ancien voleur international de joailleries à la retraite, et Sofía (35), la nièce de Jordi et héritière d’un hôtel. Guidé par Jordi, Mamani se retrouve impliqué dans le trafic et la vente de momies et, en chemin, découvrira la possibilité d’appartenir à une famille.
Aussi, je voudrais commencer les recherches pour un deuxième long-métrage, cette fois-ci d’époque ; un film de fiction qui se passe en Guyane française en deux parties, l’une en 1980 et l’autre en 2020, dans les profondeurs de la jungle mais aussi dans la ville de Cayenne. Je cherche à réaliser un film qui mêle acteurs professionnels et amateurs et aborde des thèmes tels que l’exploitation sans limites des ressources, l’histoire coloniale, la folie, le désir et le déracinement territorial.
Voici un petit résumé : Année 1980, intérieur de la jungle amazonienne. Clara Valcour (21 ans), une jeune Française d’origine modeste, vit avec son mari dans une exploitation aurifère qui leur appartient. Une nuit, une mineuse enceinte s’enfuit à cheval, emportant avec elle ses deux enfants et plusieurs kilos d’or. Lorsque Clara et son mari retrouvent la mineuse et ses enfants, ils les tuent involontairement en les précipitant accidentellement dans un ravin. Année 2020, un matin, alors que Clara Valcour va livrer du mercure à une mine, elle rencontre Marie Rose, une guyanaise qui semble être la copie conforme de la femme qu’elle a tuée quarante ans auparavant.
L’idée de ce nouveau film m’est venue en lisant les livres Le Port Intérieur de l’auteur français Antoine Volodine ainsi que le conte posthume de Roberto Bolaño Comédie d’horreur en France et qui se déroule en Guyane française lors de la deuxième moitié du XXème siècle. Ces deux récits partagent un ton, des personnages et des points de vue que je désire amplifier par le cinéma. Les deux récits mettent en scène des protagonistes d’origine modeste qui profitent de leur statut de blancs pour exploiter des terres colonisées, détourner de l’argent et vivre dans l’illégalité comme des riches. »
Leyla Bouzid
Marrainage collectif
« En 10 ans, j’ai réalisé trois longs-métrages de fiction : À peine j’ouvre les yeux (2015), Une histoire d’amour et de désir (2021) et À voix Basse (qui commence sa vie en 2026).
Avec ce troisième film fini, c’est comme si je terminais une trilogie de films inspirés de ma trajectoire biographique. Ces trois films s’inscrivent dans le romanesque et la fiction, tout en étant proches de moi et de ma vie. Ils ont été tournés de manière classique avec une équipe technique importante. Aujourd’hui, je sens que je clos un cycle et je suis en pleine réflexion sur ma démarche quand la succession d’événements personnels me fait prendre une nouvelle direction, celle du documentaire.
Dans ma démarche de cinéaste, je n’ai jamais fait de films documentaires (mis à part un exercice à l’école). Pourtant, de mes 15 ans à mes 21 ans, j’étais soudée à ma caméra HI8 j’ai filmé autour de moi énormément et toutes sortes d’images… Mais, depuis que j’ai intégré l’école de cinéma, j’ai arrêté de filmer moi-même. Ma pratique intime du cinéma, s’est transformée en pratique collective, aux cotés d’une équipe de collaborateurs fidèles.
Cette envie de documentaire est venue s’imposer à moi. C’est parti de la nécessite de filmer mon père qui se fait grignoter par la maladie. Il s’appelle Nouri Bouzid et il est un cinéaste incontournable tunisien. Je suis sa fille, je fais des films et je n’ai jamais voulu le filmer. Diagnostiqué pour démence, son symptôme principal, c’est qu’il se croit de plus en plus souvent en tournage.
Comment le cinéma l’habite ? Comment notre relation est construite autour de cette transmission-là ? Filmer avant que tout disparaisse, et ce désir de cinéma qui subsiste très fort…. Par là-même, retrouver mes premiers élans vers le cinéma : caméra au poing, se lancer dans l’urgence de la fabrication d’un film. Cela fait encore plus sens pour faire ce portrait d’un homme qui m’a transmis, malgré lui et malgré moi, l’amour du cinéma. »
Guillermo Quintero
Parrainé par Hubert Viel
« Avec une formation initiale en biologie, puis en philosophie, mon parcours a été marqué par une même recherche : décanter la trace du vivant, y lire des fragments de mémoire et en esquisser l’image à travers le langage cinématographique. Ce cheminement m’a conduit à donner forme à une trilogie consacrée à la disparition de la forêt en Colombie, composée de trois longs-métrages documentaires : Homo Botanicus, Río Rojo et Relicto.
Désormais, après la fin de ce cycle de dix ans de ce voyage viscéral vers mes racines colombiennes, j’éprouve le désir d’explorer de nouveaux paysages ainsi que de nouvelles formes d’écriture et de réalisation, qui germent depuis quelque temps. Dans ces nouvelles formes, persistera ma fascination pour les différentes manières dont l’humain se relie au vivant, à la forêt et à ses habitants. Je souhaite particulièrement me consacrer à l’écriture d’une fiction qui portera le titre d’Urtica, inspirée par un personnage provenant d’une histoire apocryphe que j’ai écrite pour Homo botanicus.
Urtica raconte l’histoire d’un moine ermite aveugle du Moyen Âge. Après avoir perdu la vue, il est devenu obsédé par les Urticacées, ces plantes qui provoquent des brûlures sur la peau, et qu’il reconnaît juste en les frôlant avec ses doigts. Cette obsession l’a mené à développer un système de classification sensoriel, unique et intime, basé sur l’intensité de la brûlure et sur l’ardeur provoquées par chaque variété d’ortie. Dans ce processus, il a forgé un lien mystique avec ces plantes, les nommant en latin urtica, qui signifie à la fois « piqûre » et « désir intense ».
L’Aide au Parcours d’auteur sera fondamentale pour pouvoir me plonger pleinement dans ce nouveau processus créatif et aboutir à une première esquisse du traitement de cette histoire. »
Léa Troulard
Marrainée par Joachim Hérissé, Patricia Mazuy & Vincent Paronnaud
« Après plusieurs années passionnantes et complexes consacrées à un projet de long-métrage sur l’état de la satire politique en France, je souhaiterais renouer avec les sujets moins « terre à terre » qui constituent mes premiers films : le mystère de l’existence, les mondes invisibles et le rapport aux animaux. J’ai la forte envie de repartir sur un projet au long cours qui ferait appel à l’imaginaire via une dimension poétique.
L’un de ces projets est un long-métrage documentaire aux reflets fictionnels, qui interroge la place de l’homme au monde au travers du langage et la communication, avec les animaux d’une part, et avec les intelligences artificielles de l’autre. Pour moi, la question de notre rapport à l’invisible, à la mort, et à notre existence, est intrinsèquement liée aux animaux. Le mystère de leur fonctionnement, de leur pensée, de leur langage, fascine parce qu’ils nous renvoient à nos propres origines, à nos propres questionnements existentiels. Je suis de près le travail de scientifiques français et américains qui développent des outils pour communiquer avec les oiseaux d’un côté, et les baleines à bosses et les cachalots de l’autre. En février 2025 je suis partie en repérages à Hawaï avec un groupe de scientifiques et de musiciens américains qui explorent la communication avec les baleines à bosse au travers de la musique. L’Aide au Parcours d’auteur va me permettre de prendre enfin le temps de dérusher ces images, de les articuler avec le reste de mes repérages, et d’en extraire un arc narratif.
L’autre projet est lui aussi en lien avec la communication et le langage. Il donne suite à mon film Médiums, un 52mn France TV, qui explore l’éventualité du contact avec nos morts dans l’au-delà via des médiums. Il s’agit d’explorer la relation de plus en plus banalisée aux deadbots, ces intelligences artificielles qui simulent nos proches décédés grâce au corpus de textes que représentent toutes les conversations que ces personnes ont pu avoir de leur vivant.
Dans Médiums, la présence de nos morts se manifeste de plusieurs façons : dans nos souvenirs, représentés par mes vieux films de famille en Super 8, tournés et montés par mon grand-père. Puis le Super 8 transitionne en image d’animation rotoscopée, pour donner vie à des séquences irréelles, celles d’un éventuel monde parallèle où évolueraient les défunts.
Ce recours à l’animation, qu’elle soit traditionnelle ou numérique, est ce qui me permet d’intégrer la dimension poétique de l’invisible dans le récit documentaire.
Pour ce nouveau projet sur les deadbots, j’imagine un film hybride, mêlant témoignages et fiction, anecdotes réelles et mythologie, à mi-chemin entre le documentaire et l’art vidéo.
Là encore l’aide va me permettre un temps précieux de recherche et d’expérimentation, afin d’arriver à combiner ma passion pour la plasticité de l’image, l’aspect le plus « artistique » de mon travail, et le documentaire tel que j’aime le réaliser, une sorte de « cinéma-direct immersif ». »
Nora Martirosyan
Marrainée par Frédérique Moreau
« À l’automne 2020, alors que je commençais la promotion de mon premier long-métrage Si le vent tombe, une guerre meurtrière a modifié le statut et les frontières du Haut-Karabagh - le petit pays autoproclamé au centre de mon film. Après trois ans d'agonie, tout ce qui existait dans mes images, de la population aux paysages, était rayé de la carte dans un silence cynique, et mon film, rattrapé par l’actualité politique, est devenu malgré moi une archive du pays qui a cessé d'exister : le peuple exilé, la terre brûlée. Cette expérience a profondément bouleversé mon rapport au cinéma.
Aujourd’hui, je souhaite repartir en Arménie. Caméra à la main, je veux explorer un nouveau territoire : celui des sites stratégiques, civils ou militaires, d’hier et d’aujourd’hui. Ces lieux — aéroports, barrages, tunnels, mines — portent en eux l’ambivalence d’un progrès au service de la vie... ou de sa destruction. Dans un monde de plus en plus instable, où la guerre redessine les territoires, où les rêves scientifiques se retournent contre ceux qui les ont portés, j’aimerais tracer une carte faite de lieux, de récits, de souvenirs.
Le sujet auquel je me confronte aujourd’hui est complexe et mon rapport à ce que je vais pouvoir découvrir est délicat. C'est comme une commode dont on a hérité contre notre gré, avec des tiroirs visibles, mais aussi, je le sais, avec de nombreuses cachettes. Il faut du temps pour découvrir quels secrets elles détiennent. C'est pour ça que j'aimerais retrouver la liberté que j'ai eue dans mes premiers films, qui, dans leur mode de production me laissaient ce temps précieux. Le soutien l’Aide au Parcours d’auteur me permettra de prendre le temps d’explorer, de douter"
Ilias El Faris
Parrainé par Benjamin Hoguet
« Prémices d’un projet en gestation, mon premier long-métrage : une enquête policière dans un village berbère - Imsouane - précipité en spot de surf international, en plein ramadan.
Originaire de la région, témoin de son improbable mutation, et traversé d’une double culture où monde Arabe et Occident cohabitent tant bien que mal, je souhaite déployer une intrigue qui mette en crise aussi bien la façade touristique du Maroc, qu’une culture mondialisée good vibes qui refoule ses crispations Nord/Sud, ses séquelles postcoloniales. Dans cette perspective, j’ai eu l’intuition — inédite pour moi — qu’il fallait que j’emprunte au genre du polar. Un genre capable de faire émerger la violence invisibilisée, de la poser en énigme, d’enquêter sur ses origines, de la confronter. Pour autant, il s’agirait aussi d’oser rire des maladresses, des hypocrisies, des complexes, du racisme ordinaire que ce « choc des civilisations » exacerbe.
L’aide au parcours d’auteur m’aiderait à me consacrer pleinement à l’écriture. Elle m’offrirait la possibilité de consulter, voire de collaborer avec un·e scénariste, capable de m’accompagner dans ce saut ambitieux que représente le genre. Enfin, cette aide me permettrait de me rendre sur place le temps nécessaire pour rencontrer les acteurs et actrices non professionnel·les auxquels je pense, enfin maintenir un contact décisif avec le réel. »
Eléonore Yameogo
Marrainée par Clarisse Hahn
« 2025 marque vingt ans que j’ai fait mes premiers pas dans l’univers cinématographique. Vingt ans de création, de résilience et d'engagement dans un parcours indépendant où chaque film est né malgré les doutes, et les obstacles.
Française d’origine africaine, mon univers artistique s’ancre dans une double appartenance, entre racines africaines et quotidien européen. Ce va-et-vient intérieur, émotionnel et politique façonne mon regard : un cinéma qui explore les marges, les mémoires oubliées, les fractures entre nord et sud, centre et périphérie. Je filme les voix trop rarement entendues, les corps en lutte, les silences qui résistent.
Aujourd’hui, je porte deux projets majeurs : mon cinquième long métrage documentaire et mon premier long métrage de fiction. Ils incarnent une nouvelle étape : introduire l’invisible, le symbolique et le mythique dans mes récits.
Grâce à l’aide au parcours d’auteur, je veux affiner cette passerelle entre cinéma direct et récit mythologique, développer un langage où réel et symbolique se répondent, où l’intime révèle le politique, et où chaque film devient un geste poétique et engagé. »
David Yon
Parrainé par Florence Lazar
« Vingt-cinq ans après être parti, je suis revenu vivre au pied du Vercors. Chaque jour je vois cette montagne sur laquelle j’ai formé mon regard. J’y retrouve les textures, les couleurs et les rythmes qui me donnent l’élan d’un film nouveau. Mais je découvre également une ruralité où des conflictualités sont à l’œuvre. Le projet du film commence là, dans ce retour sur ces terres où j'ai grandi et où je dois prendre position.
Pour la préparation de ce film, avec mon frère, qui est devenu paysan, j’observe ses gestes et le cycle de vie des animaux et des végétaux qui habitent ce territoire. J'arpente ces bois et ces grottes où pendant la seconde guerre mondiale des maquisards se cachaient.
Je me demande quelle Histoire va être transmise aux nouvelles générations.
J'imagine un film où des enfants sont les personnages principaux. Dans ces montagnes nous partagerons avec eux ce temps de l'enfance où la relation au monde n'est pas restreinte par le sens défini et figé que nous donnons aux choses. Lors de cette traversée, les enfants découvriront les éléments de la nature et le grand jeu des métamorphoses. Une autre strate de l'Histoire refera surface, celle de la résistance du maquis du Vercors.
L'aide au parcours d'auteur me permettra d'écrire le récit de ce film à venir. »
Filmsaaz (Saleh Kashefi)
Parrainé par Benjamin Hoguet
« Bien que je sois confiné en dehors des frontières imaginaires de mon pays d'origine, je conserve néanmoins de nombreux récits précieux issus de ma vie passée que je ressens le besoin impérieux de partager. Ainsi, lorsqu’on est physiquement limité à une réalité différente, il demeure possible d’en concevoir pleinement une nouvelle. Grâce à l’Aide au Parcours d’Auteur, je pourrai enfin concrétiser mon désir ancien d’expérimenter la forme animée, ce qui me permettra de dépasser les contraintes du cinéma live et m’offrira la capacité de créer des univers inédits. Je débuterai le développement de trois projets d’animation : deux courts métrages, dont l’un relate la quête violente et mélancolique de vengeance des jeunes Iraniens contemporains contre le monde, tandis que l’autre revisite avec légèreté l’histoire de l’homoérotisme dans la poésie ancienne perse. Le long métrage constituera une tentative de renaissance posthume sous forme animée de mon projet cinématographique « Mammad », qui, après cinq années de développement, a dû être abandonné. La bienveillance et le soutien apportés par cette bourse me permettront ainsi de repartir officiellement à neuf, d'abandonner le nom Saleh Kashefi et de renaître sous le pseudonyme Filmsaaz, porteur d’espoirs nombreux et déterminé à transcender les limites créatives que l’exile impose parfois aux artistes. »
Jean-Bernard Marlin
Parrainé par Nicolas Livecchi et Salvatore Lista
« Ressentant aujourd’hui le besoin profond de revenir à mes propres origines, de plonger dans l’histoire collective ou familiale, l’aide au Parcours d’Auteur me soutiendra pour le développement de deux projets de films où l’Histoire fracture les filiations et bouleverse les identités. Deux films qui racontent, chacun à leur manière, une crise identitaire, la perte de soi, et parfois l’imposture.
Le premier est inspiré par mes racines arméniennes : un jeune garçon, Hovhannes, pour survivre au génocide de 1915, se convertit, se fait passer pour un orphelin turc musulman, et change de nom : Adem. Ce prénom turc devient bientôt son unique identité…. Que reste-t-il de soi lorsqu’on a renié ses racines, sa religion, sa langue, même par nécessité ? Peut-on se retrouver et retrouver les siens après s’être effacé ? L’aide me permettra de prendre le temps de faire des recherches documentaires approfondies sur les Arméniens convertis ou intégrés en Turquie au début du XXe siècle. D’explorer les conversions religieuses forcées ou volontaires pour survivre durant le génocide arménien. Et de partir aussi à la rencontre d’historiens et romanciers, turcs et arméniens, pour nourrir cette traversée identitaire.
Le second projet explore la figure de Saul de Tarse, Paul, non comme un saint, mais comme un homme en feu. Un homme qui n’a jamais rencontré Jésus et, pourtant forge sa propre version du message christique. Écarté par la famille de Jésus à Jérusalem, Paul part prêcher ailleurs, et devient, à sa manière, l’architecte d'une religion. Un personnage ambigu, habité ou imposteur, traversé par une vision. Était-il prophète ? Ou en plein délire mystique ? L’aide au Parcours d’auteur me permettra de me confronter à des théologiens, des historiens, qui ont travaillé sur Paul dans une perspective critique et naturaliste, parfois controversée, comme celle de Hyam Maccoby et Gerd Lüdemann. Mais aussi, de réfléchir sur la forme, la mise en scène, d'aller vers un cinéma physique, sensoriel, parfois hallucinatoire. Un récit habité par la tension entre vérité et fiction. »
Marina Déak
Marrainée par Salvatore Lista
« 17 ans après mon premier long-métrage, Poursuite, je veux en faire la « reprise », qui serait aussi une suite : même personnage principal, même hybridité de la forme, même opiniâtreté de la question.
Poursuite naviguait entre naturalisme, documentaire et onirisme, pour suivre Audrey, 30 ans - jouée par moi -, ses enjeux, contraintes, désirs : entre enfant, emploi, relations sexuelles ou sentimentales, regard des autres, désir de liberté.
Poursuite 2, c’est la reprise de ce personnage, fictif mais en dialogue constant avec le documentaire. C’est imaginer la vie d'Audrey presque 20 ans plus tard et l’incarner à nouveau, éventuellement m’emparer des rushes du premier film, pour faire apparaître sans fard cette réalité du personnage à 50 ans : femme adulte, les enfants grandis, seule désormais mais le désir toujours vivant, avec son expérience du sexe et de l’amour, dans le monde d’aujourd’hui ; de la domination masculine, mille fois croisée et subie, et du refus de cette domination ; et sa quête d’absolu.
A l’époque de Poursuite, le féminisme était une question malvenue ; aujourd’hui il est au centre. Quant à moi j’étais partie sur d’autres terrains de cinéma. Mais le monde, le cinéma, moi-même avons changé, et aujourd’hui il est temps je crois de replonger à la suite d’Audrey. Est-ce qu’une femme vraiment libre c’est possible ? Quelle réponse le monde lui fait-il ? La possibilité du lien existe-t-elle, dans la marchandisation de soi que la société fabrique, quelle solitude cela raconte ? Je voudrais faire apparaître ce nouveau savoir de femme, qui reste en quelque sorte inouï, inédit, tant que celles qui le vivent ne le prennent pas elles-mêmes en charge, notamment à le raconter.
Le soutien de « Parcours d’auteur » va me permettre d’explorer ce savoir et ce parcours dans un processus d’écriture hybride constitutif du film à venir. Explorer, filmer cette exploration, écrire, jouer Audrey : je ne sais pas encore quel film Poursuite 2 sera, mais je sais qu’il parlera depuis l’intérieur, et d’aujourd’hui. »
Frédéric Goupil
Parrainé par Benjamin Hoguet
« Il y a des guerres qui n’en finissent pas, heureusement il y a aussi des espoirs qui ne s’éteignent pas. Pour qu’un projet ne disparaisse pas, il faut, je pense, le soutenir par d’autres projets, l’étayer sur ses flancs. C’est en quelque sorte le résumé du chemin qui a abouti à l’heureuse obtention de cette « aide au parcours d’auteur ».
Mon sujet ou plutôt mes sujets partaient de la mise entre parenthèse de mon travail en Syrie. En 2009 j’étais presque prêt à tourner un second long métrage, Kinocham, dont l’action devait se dérouler dans le milieu du cinéma syrien. La répression de la révolution et la guerre ont meurtri tout un peuple et accessoirement enterré mon projet.
15 ans plus tard, le régime des Assad s’effondre et comme une pousse qui émerge des cendres, le désir de reprendre le chemin de Damas a éclos, et à l’instar de mes amis syriens, l’idée impérieuse de reconstruire quelque chose sur cette terre martyrisée, ne serait-ce que pour donner l’exemple, affirmer une confiance dans l’avenir.
Avec eux je veux traiter des douleurs intimes du retour d’exil. Autour de nous, nombreux sont ceux qui ont dû quitter leur pays, ils en témoignent souvent, on en connait un peu les douloureux contours, mais le retour d’exil, lui, est pour chacun un parcours plus secret.
Pour soutenir la possibilité d’un long métrage de fiction autour de cette idée, j’ai imaginé lui adjoindre deux projets annexes : un documentaire sur « l’état des choses » du cinéma en Syrie, m’offrant prétextes à repérages, et une prise en main, sur scène, d’un texte français par une troupe de théâtre issue de la diaspora syrienne, me permettant un travail de recherche d’actrices et d’acteurs.
Grâce à cette aide je vais pouvoir entrer de plein pied dans ces étapes, repérer, imaginer, revenir là où j’ai laissé un peu de moi, accorder du temps à l’examen d’une nouvelle conjoncture, jauger la profondeur du fossé que les années de guerre ont creusé entre le pays que je connaissais et la Syrie de 2025, renouer avec certains de mes anciens compagnons, les écouter, embrasser pleinement l’opportunité d’être accompagné dans mes recherches et dans l’écriture.
Il est là le cadeau, établir les fondations solides d’une renaissance à un projet, avec en capital une première et précieuse marque de confiance. »
Martine Delumeau
Marrainée par Lionel Baier et Florence Lazar
« Réaliser « 44 jours » correspond à mon passage de la frontière entre documentaires pour la télévision et documentaires d’auteur. Je ressens aujourd’hui la nécessité de m’installer dans ce nouveau territoire. Et je ne souhaite pas être reconduite à la frontière.
Je savais que je prenais un risque, que j’allais devoir gommer mes tics d’écriture de dossier pour la télévision (vouloir expliquer), ma manière de penser et d’approcher mon film (vouloir démontrer, m’effacer).
Mais les images filmées par les Guadeloupéens découvertes sur les réseaux sociaux provoquaient chez moi un tel sentiment de nécessité que je me suis lancée. Cela partait du ventre, je ne saurais expliquer cette sensation. Le ventre qui fourmille, qui s’agite.
Rien de douloureux, du moins au départ.
Quand j’évoquais plus haut l’idée de passage d’une frontière, il s’agit bien de cela : assumer pleinement le « je », mon regard et accepter ouvertement ce qui me reliait à mes personnages et à l’histoire que je racontais. Un nouveau territoire pour moi.
Il y a eu cette remarque de ma tante paternelle quand je lui ai annoncé que mon film « 44 jours » entrait en production : « tu peux être fière de ton nom ». Or, Delumeau est le nom de ma mère. Celui de son frère, mon père, est Edouard.
Cette phrase dite simplement, sans emphase et qui n’attendait pas de réponse m’a rappelé tout à coup qu’en Guadeloupe, le nom de famille, celui qui nous est donné à la naissance est hautement important. Là-bas il est impossible de ne pas envelopper le patronyme d’une histoire, d’un récit de lieu et de vie. Comme s’il fallait l’enraciner.
J’avais oublié certainement parce que je suis née et vis en France…
« Tu peux être fière de ton nom ». Les deux mots, 6 syllabes et 15 lettres que composent mon prénom et mon nom, peuvent-ils être source de honte ou de fierté ou de blessure ?
En quoi mon nom me constitue ? si je cherche et trouve toutes les Martine Delumeau auront-elles plus l’air d’être Martine Delumeau que moi ?
Je suis depuis partie dans une quête onomastique : d’où vient mon nom ? Delumeau est ce mon « vrai » nom ?
Mon intuition me guide vers le registre de la comédie documentaire. Je ne vois pas qu’un drame ou qu’une douleur dans cette histoire de nom et de famille. Je pense aussi que les situations que je vais rencontrer et celles que je rencontre déjà, prêtent au sourire.
Si mon film « 44 jours » est un passage, « Lyannaj au nom du père » serait mon ancrage dans le cinéma documentaire. L’année dernière, Je suis retournée à trois reprises en Guadeloupe (et je compte m’y rendre cet été) pour effectuer des repérages. Cela a un coût en billets d’avion mais pas seulement. En Guadeloupe, la vie n’est pas uniquement chère, elle est très chère. L’aide au parcours d’auteur m’est nécessaire non seulement pour prendre le temps de penser mise en scène, images et récit mais aussi pour mes déplacements et mes séjours là-bas. »
Laurent Micheli
Parrainé par Anne-Sophie Bailly
« Sans avoir suivi de formation de cinéma ni réalisé de courts métrages, j’ai tourné trois longs métrages en dix ans. Ce rythme soutenu m’a permis d’apprendre, d’évoluer, de trouver une langue de cinéma, mais il m’a aussi laissé peu de place pour expérimenter ou prendre le risque de l’erreur. Aujourd’hui, je ressens le besoin d’un temps de recherche, de maturation et de réinvention : un espace pour explorer de nouvelles formes, interroger d’autres récits, ouvrir des territoires sans la pression immédiate du résultat.
L’aide au parcours d’auteur me donne la possibilité de ce temps long. Elle m’offre la liberté d’avancer sur deux projets très différents, mais reliés par une même nécessité. Avec Le Sacre, fiction de genre qui explore par la danse l’idée d’une masculinité en crise, je veux faire du cinéma un lieu sensoriel et charnel — un film qui s’éprouve dans le corps du spectateur. Avec Grisélidis ressuscitée, docu-fiction qui fait dialoguer la parole de Grisélidis Réal avec celle de personnes TDS d’aujourd’hui, je souhaite inventer un espace de trouble et de friction, un geste de cinéma impur et vivant.
Ces projets prolongent la ligne qui traverse tout mon travail : donner corps, voix et cinéma à celles et ceux que le monde préfère souvent faire taire. Cette aide me permet avec grande joie de poser les bases solides de cette nouvelle étape, d’oser plus loin, et de continuer à inventer un cinéma qui regarde là où l’on détourne les yeux. »
Nadia El Fani
Marrainée par Landia Egal
« OSER
Des fictions, des documentaires, des courts, des longs. De plus en plus à la première personne. Mes films sont qualifiés de films engagés, parfois même de films militants. Jamais je n'avais imaginé qu'un jour, raconter mon histoire la plus intime pourrait s'avérer être utile. J'aime cette idée enseignée par mon père – tunisien, marxiste – de faire "œuvre utile". C'est là où je retrouve ma révolte.
De Tunis, où à 20 ans, je retourne vivre pour fuir mes démons associés à la France (pays de ma mère), à Paris, où à 42 ans je reviens m’installer pour ne plus vivre sous le joug de la dictature, mes choix ont toujours été d’aller de l’avant sans regarder en arrière.
50 ans après, oser la vérité et le dévoilement sur la trahison maternelle, la paranoïa qu’elle engendre, le sentiment de honte qui échappe à toute raison. Il n'y a pas que l'amnésie traumatique, il y a toute une société qui face au tabou ultime, l’inceste, là, l’inceste maternel, accepte en silence l'idée qu'il vaut mieux ne pas raconter. La parole, dans sa vérité crue devient plus indécente que l'acte lui-même. C’était les années 70, dans une petite ville de la province française. Ce trauma hante mon quotidien depuis toujours. Je n'ai jamais fait d'analyse. J’ai fait des films.
Ce projet résonne doublement aujourd’hui, casser la spirale du silence, transcender la solitude où nous plonge le secret, l’aide au parcours d’auteur me permettra d’avoir le temps de trouver le ton juste, le ton qui me correspond, et à travers un dispositif que je définis encore mal, inventer les formes d’un dialogue fictif avec ma mère morte, poser les questions qui m’obsèdent, imaginer des réponses.
Un temps, nécessairement long, d'introspection, en parallèle d'un temps de recherche, de numérisation et d'archivage de milliers de photos et vieilles diapositives de famille, de ma mère, de nous, à tous les âges, sourires figés, témoins ignorants de ce qui fut. Ces images seront la "matière première" du projet à venir.
Cette aide me permettra donc de financer cet aspect technique essentiel, et aussi de partir revivre au moins pour un temps, dans l’univers des lieux de mon enfance/adolescence, le Bourbonnais. C’est là que nous avions atterri, quand, pour quitter mon père, ma mère, dans une séquence de kidnapping digne d’un film, nous avait arrachées avec ma sœur ainée, à notre vie paradisiaque en Tunisie. Je n’avais pas 10 ans. Je l’aimais, je lui pardonnais… Alors, autofiction ? Faux-documentaire ? Pourquoi pas ? »
Camilo Restrepo
Parrainé par Landia Egal et Anne-Sophie Bailly
« J’ai réalisé tous mes films en parallèle d’une activité professionnelle à temps plein.
L’Aide au parcours m’offre la possibilité de concentrer tout mon temps, pour la première fois, à la conception d’un long métrage.
Ce nouveau film sera l’aboutissement d’un travail que je mène depuis longtemps avec Luis Felipe Lozano (appelé Pinky), protagoniste de deux de mes films tournés en Colombie, mon pays d’origine.
Inspiré librement de sa vie, ce film traitera d’une période où Pinky vivait de la vente ambulante de films piratés.
A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, ce projet provisoirement intitulé Un Pirate, dépeindra les perspectives d’avenir d’une grande partie de la jeunesse colombienne, confrontée à des conditions de subsistance précaires. »
Noel Keserwany
Marrainée par Landia Egal et Anne-Sophie Bailly
« Après un parcours artistique de création de chansons politiques et satiriques au Liban, je me suis installée à Paris. Depuis, j’ai commencé à travailler sur plusieurs projets de films en tant que scénariste et réalisatrice autodidacte, entre la France et le Liban.
Printemps est mon premier projet de long-métrage. Il explore la vie d’une jeunesse, en particulier celle de deux sœurs, qui grandissent à Jounieh, une ville côtière située à quarante minutes de Beyrouth. L’histoire se déroule au sein d’une classe sociale qui survit “hors saison”, toujours en décalage : portant des vêtements d’été en hiver et vivant l’âge adulte dès l’adolescence. Ce sentiment de pause, de décalage, d’années figées pendant que la vie semble se dérouler ailleurs, se transmet de génération en génération.
Cette population parmi laquelle j’ai grandi reste, en grande majorité, absente du cinéma, laissant ainsi ses récits non représentés. L’Aide au parcours d’auteur me permettra de consacrer le temps et l’espace nécessaires pour entamer une phase de recherche auprès des habitants de Jounieh, des élèves de ses écoles publiques où j’ai moi-même suivi une partie de ma scolarité, ainsi que des marchands du souk qui constituent mon univers. Cette immersion est essentielle pour trouver les personnages et le ton justes, et ainsi donner forme à mon histoire.
Pour traduire cette histoire visuellement, je souhaite me servir de cette aide pour prolonger l’expérimentation du langage cinématographique que j’ai entamée, des chansons politiques et satiriques jusqu’à mon premier court-métrage Les Chenilles (Ours d’Or, Berlinale 2023). Printemps mêlera réalisme et humour, à l’image de mes précédents travaux, afin de rester fidèle à la complexité des personnages représentés, tout en gardant le film accessible. »
Alexandre Desane
Parrainé par Lionel Baier
« Venant de l’auto-production, j’ai toujours aimé travailler sur le terrain en fabriquant mes projets seul avec les moyens que j’avais, dans une économie réduite.
Je n’ai jamais eu encore la possibilité de prendre le temps d’écrire. Or, aujourd’hui, je sens les limites de cette méthode, j’ai besoin d’apprendre à fabriquer autrement.
J’aimerais faire imbriquer le documentaire, la peinture et la fiction dans ce nouveau projet qui traite de la fracture familiale au sein d’une famille Haïtienne.
La bourse de Parcours d’Auteur me permettra de prendre ce temps d’écriture nécessaire en amont, d’effectuer des recherches généalogiques, et d’inventer une manière de se raconter. »
Jean-Michel Correia
Parrainé par Nicolas Livecchi
« LES DYNASTIES DE L’OMBRE
Fin des années 60, mes premiers pas sur la Terre, je les ai faits à La Butte Rouge. Une immense Cité-jardin du 92 dont la construction a débuté dans les années 40. De petits bâtiments rouges à l'architecture réfléchie, des parcs arborés et des espaces dédiés au jardinage. Des boulodromes. Des commerces et des églises.
En 2006, après plus de quarante ans d’une vie dissolue et soluble dans le temps, c’est donc naturellement dans ce quartier populaire et cosmopolite que j’ai réalisé mes premiers pas de cinéaste, tant il s’imposait à moi comme une source d’inspiration incontournable et inépuisable. Comme un décor inégalable avec des personnages inénarrables.
Après un court métrage Les Petits et un long Sous X tourné en 2013, l'écriture d'une autobiographie En marge durant les confinements, m'a fourni l'occasion de panoter sur mon quartier d'origine pendant des décennies et donné l'envie de zoomer sur des familles qui depuis les années 60 perpétuent leur présence et incarnent le quartier. Dont la généalogie symbolise les transformations et les traumatismes vécus. Depuis les Marches pour l'égalité des années 80 jusqu'au séparatisme décrété des années 2020 en passant par la parenthèse enchantée Black-Blanc-Beur de l'an 2000. Ce travail de réminiscence m'a définitivement convaincu que le Roman souvent noir des banlieues avait toute sa place dans le Roman National et que des dynasties des cités avaient des destinées dignes des souverains antiques. Et d'une série cinématographique...
Trois familles, trois époques, trois couleurs, une proposition ambitieuse que l'aide au Parcours d'auteur va me permettre d'initier sereinement. En me donnant le temps d'exhumer les archives oubliées de la banlieue française et les moyens de réfléchir à un dispositif d'écriture forcément collégiale et d'obédience féminine car les femmes sont les principales dépositaires de la mémoire des quartiers. »
Jean-Pierre Krief
Parrainé par Mitra Farahani
« Depuis fort longtemps, j’ai été lié à un fantôme dont l’omniprésence a constamment imprégné ma vie. Un fantôme pas tout à fait comme les autres, celui de Pierre Goldman. Militant d’extrême gauche, antifasciste absolu, guérillero en Amérique latine, s’entourant à son retour à Paris de malfrats, il bascula dans une délinquance de braquages. Accusé d’un double meurtre qu’il nia toujours avoir commis, il fut condamné à perpétuité au cours d’un premier procès d’assises à Paris, en 1974, puis innocenté en appel au cours d’un second procès, à Amiens, en 1976. Entre temps, il écrivit une œuvre littéraire fulgurante, « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France », où il revenait sur les méandres de sa vie mais aussi sur son affaire… Trois ans après sa sortie de prison, Pierre Goldman fut abattu en plein Paris par trois tueurs qui revendiquèrent l’assassinat au nom du groupe « Honneur de la police ».
Puis, plusieurs années après sa mort, une partie de la machinerie médiatique installa comme un fait « alternatif » une pseudo contre-vérité nourrie d’assertions allusives, de fantasmes et de ressentiment : dorénavant, Pierre Goldman serait présenté, tour à tour, comme un « agité », « un buveur invétéré », un « pervers manipulateur », un « gauchiste dangereux », un « tueur » capable de toutes les folies, qui avait trompé son monde, ses amis, ses proches, ses soutiens… De surcroît, on en fit subsidiairement l’auteur du double crime crapuleux de la pharmacie du boulevard Richard-Lenoir, affaire où la Justice avait pourtant reconnu son innocence. Je me souvenais alors de cette phrase terriblement vraie de Jean-Paul Sartre : « On entre dans un mort comme dans un moulin. » Apparue au début des années 2000, la construction de ce retournement coïncidait avec la naissance d’un mouvement de pensée dont l’idéologie revancharde tenait en une formule générique : « Liquider l’héritage de Mai 68 » (Nicolas Sarkozy en fut le représentant le plus en vue). Dans la foulée, la « complaisance » à l’égard de Pierre Goldman était pointée comme un symbole fort de ce funeste héritage… Le retournement et le récit de dénigrement à son encontre perdurèrent jusqu’aujourd’hui. Si j’ai décidé de faire ce film c’est qu’il est temps à présent d’apporter un autre regard et des éléments inédits sur la personnalité de Pierre Goldman ainsi que sur la culpabilité qu’on lui a fait endosser post mortem sur l’affaire du boulevard Richard-Lenoir. Une tâche que je compte mener en toute liberté. C’est le sens que je donne au soutien qui m’a été accordé au travers de Parcours d’auteur. Les circonstances de mon lien avec ce personnage hors du commun sont aussi intimes et anciennes que peu banales. J’en tire une certaine légitimité morale. Quant à l’esprit de ce projet, un principe me guide : relier le long travail d’intérêt et d’enquête que j’ai mené autour d’une histoire tragique et singulière à l’intense expérience subjective que j’ai eue à en vivre durant de longues années… »
Vincent Dieutre
Parrainé par Emilie Deleuze
« C’est indéniable, DETOX arrive comme au bout d’un long parcours. J’ai beaucoup raconté ma vie dans les films, la dérive, la quête de la beauté. J’avais tourné Rome Désolée, mon premier film, comme on lance une bouteille à la mer, pour exorciser les années de toxicomanie, qui furent celles aussi de la découverte de l’homosexualité. Mais sans la DETOX, je ne sais pas si le parcours commencé avec ce film à la fois sombre et libérateur, aurait pu s’enclencher. C’est donc plus de trente ans après que je vais pourvoir me confronter, grâce à l’aide au Parcours d’Auteur, à cette année 1990 passée en Angleterre, et retourner à Weston-super-Mare, tout en expérimentant une forme filmique inédite.
Enfin prendre le temps, d’aller voir là-bas si j’y suis encore un peu. Y recueillir comme des archives hors d’âge, travailler le paysage, la plage, la mer, retrouver le Western counseling Service sans pour autant le chercher vraiment. Car ce qui me reste de ces longs mois pluvieux, ce qui a marqué ma rétine, c’est d’abord Turner, ses 79 skies dont un facsimile trainait sur la table du salon. Travailler avec Caroline Champetier, une chef opératrice qui se passionne aussi pour le vieillissement de la pellicule, pour les bobines périmées, sans nostalgie aucune, mais pour leur modernité même.
Prendre le temps d’élaborer un monde sonore où la voix et mes souvenirs s’incrusteraient dans les sons de la petite plage, les vagues, les mouettes, le cliquetis des machines à Bingo. Travailler cette matière avec un jeune compositeur, Erland Cooper, voguant entre John Cage, Steve Reich, ses racines écossaises, et l’électro expérimentale.
Dans notre monde tissé de manques et de dépendances nouvelles, tenter de redire la joie, la reconquête d’une liberté absolue que furent pour moi ces quelques mois anglais, tout en cherchant à toucher le nerf de l’époque, de l’aujourd’hui et poursuivre ainsi un Parcours d’Auteur sans concession, que la précarité, le formatage, ou le ghetto arty, remettent de plus en plus en cause mais que l’aide du CNC va m’aider à redéployer de façon plus sereine. »
Rosalie Loncin
Marrainée par Théo Le Du
« Depuis une douzaine d’années, mon parcours professionnel oscille entre des postes de technicienne pluridisciplinaire et un travail d’autrice-réalisatrice dans le milieu du cinéma d’animation. Je souhaite aujourd’hui me consacrer entièrement à une recherche visuelle expérimentale, portant sur la question de la mémoire et de sa représentation, et plus largement sur la mise en image des états de conscience modifiée (tels que le rêve, la rêverie, le souvenir…). Je souhaite mettre en place un ensemble d’expérimentations mêlant techniques traditionnelles d’animation (stop-motion, animation en banc-titre, pixilation, etc) et outils numériques (animation numérique, VFX, 3D, images générées par IA, etc.), de façon à construire par couches successives un répertoire d’images et de matières qui composeront la base de mes projets futurs. Des films aux productions artistiques sur d’autres supports (vidéo-projection pour du spectacle vivant, bande dessinée, etc.), cette recherche me permettra de solidifier mon univers d’autrice en creusant mon envie d’hybridation artistique. L’aide au parcours d’auteur me ménagera le temps nécessaire à cette recherche, et m’autorisera à solliciter l’appui technique de plusieurs personnes-ressources parmi mon réseau, dont les compétences complémentaires aux miennes m’ouvriront un immense champ de possibles directions créatives. »
Hélène Angel
Marrainée par Mehdi Ouahab
« LÀ OÙ L’ESPRIT DE TONI POURRA SE PROMENER LIBREMENT
C’est dans l’espoir de trouver un espace qui n’a pas encore de forme (fiction, documentaire, jeu vidéo, série ???), espace où l’esprit de mon fils décédé pourrait se promener librement, espace où je continuerai de dialoguer avec lui, que j’ai sollicité l’Aide au parcours d’auteur.
À 20 kms de ma maison dans la montagne, en quelque sorte relié à elle, existe un endroit paisible : l’observatoire de Moydans, ses 2 astrophysiciens et ses 5 astronomes, qui m’ont appris une nuit à étudier le ciel, en quête de nos origines. Ils disent des choses magnifiques comme « plus on voit loin, plus on voit tôt », et photographient des pouponnières d’étoiles. À l’échelle du cosmos, mon fils de 22 ans est-il une étoile filante ? Une petite pierre qui s’échauffe, s’illumine et se consume en traversant l’atmosphère en 2 secondes au-dessus de nos têtes, dont je pourrais retrouver un jour un fragment de météorite ?
L’observatoire de Moydans est le lieu propice pour me remettre à écrire, et envisager par exemple la forme d’un documentaire qui entremêlerait, comme l’a fait Patricio Guzman avec Nostalgie de la lumière, la trivialité des recherches d’un corps et d’une enquête, la brutalité de la survie, avec la poésie du travail des astrophysiciens. Un poème de la mémoire vivante, du mystère des origines et de la fin. L’histoire de mon fils, ainsi que ses écrits, sa capacité d’analyse -politique entre autres-, se mêleraient à ma quête de comprendre son geste, entremêlant les moments les plus triviaux (groupes de paroles de parents endeuillés, enquête policière, rapport du procureur), sociologiques (sa génération, ses copains, la dépression post-Covid) aux plus poétiques et scientifiques (où est-on avant de naître ?). L’observatoire est prêt à m’accueillir en formation d’astronomie amateur, en observatrice et en résidence d’écriture. L’aide au parcours d’auteur me permettra de financer ce séjour, mais aussi de prendre le temps d’explorer d’autres formes -encore balbutiantes- que celle de ce documentaire possible. »
Sacha Wolff
Parrainé par Louis Hanquet
« J’ai rencontré la Nouvelle-Calédonie par hasard, pour écrire et tourner Mercenaire, mon premier long-métrage. Ce pays m’a transformé, en s’imposant comme un territoire nouveau de ma pensée, de mon être, en me confrontant violemment à tout un pan d’histoire française constitutif de mon éducation que j’ai découvert sous un jour nouveau. Ce n’est pas un sentiment théorique, abstrait. Le non-dit colonial se vit là-bas au présent, physiquement : il est profondément cinématographique.
En mai 2024, la violente révolte qui ébranle l’archipel agit pour moi comme un électrochoc. L’impasse politique dans laquelle se trouve la Calédonie réveille en moi l’urgence d’y travailler à nouveau. Car j’ai laissé sur place plusieurs projets en gestation, qui trouvent aujourd’hui une résonance nouvelle, et qui s’imposent comme une direction nécessaire à donner à mon écriture. Trois pistes de long-métrages de fiction, que je dois repenser à l’aune de cette crise, tout en interrogeant mon propre rapport à ce territoire. »
Camila Beltrán
Marrainée par Raphaëlle Desplechin
« Je fais des films en cherchant des passages vers un autre monde. Je me demande sans cesse comment capter cinématographiquement des phénomènes du réel de façon à amplifier, même à dépasser la perception pour révéler l’invisible.
Actuellement j’ai un projet d’adaptation littéraire. Il est dans la continuité́ de mon intérêt pour l'océan comme métaphore de l’infini, et de l’enfance comme territoire de vérité́ et d’hallucination.
C’est une histoire qui a lieu sur la côte caraïbe de la Colombie, avec une figure qui me hante : des enfants qui plongent, employés clandestinement pour entretenir des plateformes pétrolières qui se dressent très loin de la côte.
Malgré le fait d'être immergés dans un contexte d’exploitation, de guerre et de violence, ces enfants vont avoir accès à un autre monde : au monde invisible, celui des profondeurs de la mer, le lieu de l’absence totale d’image.
Je voudrais aller sur un champ d’exploration qui mêle image, science et mysticisme : une idée de l’alchimie dans le cinéma. Que des images innovantes et révolutionnaires puissent exister et déployer tout un sens nouveau dans la narration d’un film. Car j’ai pris connaissance de l’existence d’un appareil de détection sous-marine en zones de zéro visibilité, qui utilise les ondes sonores pour générer des images reconnaissables des corps enfoncés dans les ténèbres.
L’aide au parcours d’auteur me permettra de continuer à développer ce projet de film, d’avoir le temps et la liberté pour expérimenter avec cette caméra acoustique, d’établir des collaborations en dehors du champ du cinéma tandis que je continue à consolider les ponts artistiques, culturels et personnels entre la Colombie et la France. »
Gabriel Helfenstein
Parrainé par Théo Le Du
« Vous vous réveillez sans avoir dormi. Vos membres sont allongés dans des proportions grotesques, tirés, aplatis, pliés, cassés, enroulés sur eux-mêmes. Vous n'avez plus de bras, plus de jambes. Au lieu de vos yeux, ce sont des portes qui percent les parois de votre corps, des ouvertures qui relient une ruche de chambres caverneuses, des fenêtres qui ne donnent sur rien. Vos os sont des tuyaux, des conduits d'aération, des tunnels creusés par les termites. Votre épiderme : un mur de chair qui s'effrite continuellement sur un sol fractal. Vous êtes une maison. Un château. Une caserne. Vous n'êtes plus un humain – l'avez-vous jamais été ? – mais une structure de la mort.
La Maison, Avant (The House Before) est un jeu vidéo dans lequel on incarne une maison monstrueuse. Influencé à la fois par le genre du body horror et par l'esthétique des jouets en plastique pour enfants, l'univers du jeu mêle horreur, mélancolie et humour. La maison, ici, est une allégorie du corps : le corps physique, mais aussi le corps social – ses angoisses, ses conflits, ses réseaux, ses zones d'ombre.
L'Aide au Parcours d'Auteur me permettra de me consacrer à ce projet pendant un an et de rechercher d'autres financements, en bénéficiant de l'assurance et du cachet qu'offre un premier soutien. Elle intervient à un moment clé de ma carrière, puisque, issu d'une pratique du jeu vidéo plus classique, je me tourne de plus en plus vers son utilisation comme instrument de scène. Ainsi, je compte adapter La Maison, Avant pour le théâtre et explorer davantage les possibilités qu’offre l’utilisation du jeu vidéo comme outil performatif. »
Doris Buttignol
Marrainée par Emilie Deleuze
« L’aide au parcours d’auteur m’accorde la possibilité d’écrire « la vie est une maladie mortelle », mon film le plus intime et le plus singulier.
Entre le début des années 90 et 2020, je n’ai jamais cessé d’écrire, de réaliser, de produire parfois des objets filmiques, documentaires, essais cinématographiques, poèmes visuels. Puis tout s’est arrêté́.
En 2019, j’ai été́ diagnostiquée avec un cancer à un stade avancé. Je suis passée sans transition de la salle de montage au lit d’hôpital, puis le monde lui-même s’est arrêté́ avec la pandémie. Je me suis retrouvée hospitalisée à domicile, à la charge de mes proches avec un pronostic plutôt défavorable. La maladie continuant à progresser et mon besoin de comprendre reprenant le dessus, j’ai commencé́ à enquêter sur le cancer comme j’avais toujours enquêté́ sur les sujets de mes films. C’est qui lui ? Du « crabe » je ne savais rien, c’était une sorte de monstre tapi dans l’ombre qui avait dévoré́ ma sœur et ma meilleure amie. Et maintenant moi.
J’ai d’abord connu le cancer comme accompagnante, puis comme patiente puis comme survivante et enfin comme patiente experte. Pour écrire ce film, je dois retourner dans mon intime, revisionner des dizaines d’heures d’archives personnelles filmées sur différents supports : 4K, vidéo HD, super 8, 16 mm. Les trier, les transcrire. Pour cette étape, j’ai besoin d’avoir à mes côtés ma monteuse pour trouver la bonne distance avec mon image et mon chef opérateur pour imaginer la forme du futur tournage à partir des archives dont nous partons.
Pour la première fois, je suis devant et derrière la caméra. Je suis l’incarnation du sujet de mon film et l’aide au parcours d’auteur est un soutien précieux pour « remonter en selle » face à ce challenge, après l’immobilisation par la maladie.
Pour m’échapper du Royaume de l’Empereur de toutes les maladies, j’ai voulu établir une cartographie de ce qui se passait dans mon corps, cet inconnu. Cette plongée au cœur de la cellule et des mystères de l’ADN, m’a embarquée dans une étonnante aventure scientifique, de l’apparition du cancer il y a plus d’un milliard d’années aux secrets dévoilés notre génome. Je découvre de nouvelles clés de compréhension, me permettant de reconsidérer ma relation avec cette maladie et d’envisager d’autres pistes de soins.
« La vie est une maladie mortelle » est le film que j’aurais voulu voir quand j’ai su que j’étais atteinte d’un cancer de grade 3. Dans ce moment de sidération, j’aurais voulu pouvoir s’appuyer sur un faisceau de connaissances concrètes éclairant les décisions, sont prises trop souvent dans la peur, la souffrance et l’ignorance de ce qui est à l’œuvre. Comprendre permet d’agir. Cela, à présent je veux le transmettre à d’autres qui n’ont pas les ressources que moi j’ai trouvées à ce moment-là̀. »
Mia Ma
Marrainée par Léa Todorov
« Les films que j’ai réalisés ont pu voir le jour parce que je les ai tournés dans mon environnement proche, en les calant dans les interstices de ma vie quotidienne.
Mon désir actuel de cinéma me conduit jusque Hong Kong. Cette ville où ma famille a vécu, je souhaite la filmer maintenant – ou ce qui reste encore d’elle - avant que le gouvernement chinois ne l’engloutisse intégralement, ce qu’il a déjà fait au niveau législatif.
J’ignore encore combien de films naîtront de ce désir, mais je sais qu’ils rentreront en résonance les uns avec les autres, qu’ils seront traversés par les questions de l’exil et de l’appartenance, qu’ils varieront dans leurs formes et leurs durées.
J’ai commencé à filmer dans une boutique de disques vinyles, lieu de transmission de cultures populaires, d’Histoire non officielle, et d’échange entre les générations.
C’est le lieu d’un long-métrage, et le point de départ de mes explorations à venir.
L’Aide au Parcours d’Auteur m’offre ce grand luxe, celui de poursuivre un travail de recherches et de repérages à 10 000 km de chez moi, celui de penser plusieurs projets en même temps, celui de m’immerger, et, sur un temps durable, de ne pas être interrompue. »
Lucia Sanchez
Marrainée par Raphaëlle Desplechin
« J’ai grandi dans les années 80, dans ce qu’on appelait l’Espagne de la movida parce que tout bougeait d’une façon différente que sous Franco : les corps, les idées, les drogues et l’argent.
Dans mes manuels d’Histoire on appelait les 40 ans de dictature qui nous avaient précédés, le régime antérieur, sans qualificatif. Ni bon, ni mauvais. Mais on ne parlait jamais de ce qui s’était passé juste avant. Il fallait tourner la page, aller de l’avant.
Nous devions oublier.
Aujourd’hui, après 30 ans de vie en France, j’ai l’impression d’être rattrapée par ce pays auquel je tournais le dos, par cette mémoire trop vite refoulée, par ce passé qui ne passe pas.
L’aide au parcours d’auteur me permettra de retourner aux sources et de regarder en arrière, d’observer mon pays d’origine et de porter sur cette période qui m’a précédée, une vision intime et assez distanciée.
Alors que dans mon travail je me suis toujours intéressée au présent, j’aimerais pour la première fois, faire vivre des histoires-fantômes que d’autres récits dominants nous ont empêché́ d’entendre.
L’aide me permettra d’entamer des recherches, d’aller à la rencontre des historien.nes, mais aussi de renouveler ma pratique. Si j’ai longtemps exploré dans mes films un territoire hybride entre documentaire et fiction, aujourd’hui j’aimerais aller plus loin dans ce chemin documentaire qui s’invente de manière légère et ludique, n’empêchant pas la fantasmagorie, la construction narrative, ni la mise en scène. »
Jeremy Gravayat
Parrainé par Vincent Maël Cardona et Léa Todorov
« Depuis le début des années 2000, je réalise des films qui documentent les conditions de vie de travailleurs précaires et d’exilés. Mon travail mêle études de terrain et mise en scène, activités militantes, collectes de récits et d’archives. En 2010, j'ai réalisé mon premier long-métrage, Les Hommes Debout, dans la périphérie de Lyon, autour de luttes de travailleurs immigrés. Après un long processus de recherche et la publication d’un ouvrage d’histoire orale d’habitant.e.s de la banlieue parisienne, je finalise en 2018 mon second long-métrage, A Lua Platz (Prendre Place), tourné au sein d’un collectif de familles roumaines vivant en bidonvilles. Actuellement, je prépare un troisième long-métrage à Marseille. Conclusion de cette trilogie urbaine, Le Parlement racontera l’histoire d’ouvriers nomades et étrangers, qui décident de se regrouper par-delà leurs origines, pour créer un espace de libération de la parole, et imaginer ainsi d’autres modes d’existences. Après avoir observé des communautés diverses durant toutes ces années, j’ai à présent l’envie, en quelque sorte, d’en créer une, qui prendra vie à la jonction des imaginaires, le mien comme celui des futurs personnages. Renverser mon approche du réel, pour plonger avant tout dans un rapport à l’écriture fictionnelle, et m’atteler à un travail scénaristique partagé. En m’appuyant sur de nombreux récits collectés au fil du temps, je solliciterai la participation des futurs personnages, travailleurs, artistes et traducteurs, pour transposer ces mots dans des trajectoires encore à inventer. Ce processus, riche d’expérimentations nouvelles, va me demander du temps. C’est dans cette logique que je sollicite l’Aide au Parcours d’auteur, qui me permettra de me consacrer entièrement aux recherches protéiformes qui mèneront à la réalisation de ce nouveau film. »
Sandra Desmazières
Marrainée par Mehdi Ouahab
« Après cinq court-métrages, en animation traditionnelle, l’envie de prendre le temps de construire un récit sur une durée plus longue est devenue évidente. L'aide au parcours va me permettre d’écrire, d’approfondir mes recherches et d’avoir une idée plus précise de comment je souhaite raconter et mettre en scène une histoire complexe et difficile, celle d’une grand-mère vietnamienne, sa fille métisse et sa petite fille, sur fond historique de la guerre du Vietnam. Mon projet de long-métrage, TEMPÊTE ROUGE, aborde des sujets récurrents dans mon travail : la séparation, l’oubli, l’exil, le passage du temps, la transmission. Il parlera aussi de métissage, de rejet, d'héritage du colonialisme. TEMPÊTE ROUGE représente un tournant important dans ma carrière de réalisatrice, tant par les enjeux de l’écriture que par ceux de la mise en scène de cette histoire. J’aimerais explorer un axe nouveau qui déjouera mes habitudes d’écriture : le film noir, avec la découverte d’un corps sans vie près d'une forêt : passage entre le monde des vivants et celui des morts, lieu de la mémoire et symbole des peurs originelles. J’aimerais grâce à l’animation, aux couleurs, au travail sonore, amener une atmosphère étrange, presque terrifiante. L’histoire se déroulera sur une cinquantaine d’années dans des pays différents où le mystère de ce crime habitera ce récit transgénérationnel. »
François-Xavier Drouet
Parrainé par Maya Abdul Malak et Louis Hanquet
« Je voudrais utiliser l’aide au parcours d’auteur pour me débarrasser de deux obsessions qui m’accompagnent depuis une dizaine d’années : le silence et l’eucalyptus. Deux projets à l’échelle hors-norme qui nécessiteront un travail de repérages et d’écriture au long-cours pour trouver leurs conditions de production. Mais aussi, profiter de cet argent (et donc de ce temps), pour évoluer dans ma pratique cinématographique, en expérimentant des partis-pris formels plus audacieux, notamment au travers du son. Venu au documentaire par l’enquête ethnographique et l’écriture plutôt que par l’image, j’ai toujours revendiqué une certaine approche classique, au croisement de plusieurs traditions documentaires : cinéma direct pour L’initiation, Au nom du coach et La chasse au Snark, « film-dossier » pour Le temps des forêts et L’Évangile de la révolution. J’étais jusqu’à présent un cinéaste de la parole et du langage. Dans une époque plus que jamais saturée d’images, je souhaite désormais placer l’écoute au cœur de mes dispositifs. »
Joris Lachaise
Parrainé par Mehdi Ouahab
« Après Transfariana, mon dernier long-métrage documentaire sur une convergence des luttes en Colombie entre la guérilla des FARC et le réseau communautaire trans de Bogota, ma collaboratrice Julia Rostagni et moi avons maintenu des liens avec les protagonistes du film. À partir de leurs paroles et de leurs écrits nous tirerons les fils de leurs vies dans toutes les dimensions (sociale, historique, politique, esthétique…) pour tisser une toile qui ira bien au-delà de Transfariana. Cette toile prendra la forme d’une série d’auto-fictions dont chaque film-épisode - co-écrit avec son « personnage », suivant sa manière de se raconter, de dialoguer, de voir, de faire son épreuve du monde - aura ainsi sa facture propre, construite d’après le rythme, l’esthétique, l’imaginaire qui caractérisent son sujet. La série formera une constellation de parcours individuels, divers et contrastés, comme un scanner spatio-temporel de la Colombie des trente dernières années.
Le chantier est énorme et représentera pour moi une véritable reconversion. L’aide au parcours d’auteur me permettra de financer au moins un an de repérages sur place en Colombie, de recherches de terrain dans différentes zones géographiques, de recherches d’archives auprès de sources déjà identifiées, d’entretiens et de co-écriture avec les protagonistes.
J’envisage aussi de reprendre, grâce à l’aide au parcours d’auteur, un projet interrompu l’année où je me suis engagé dans Transfariana. Après avoir sauté, en mars 2016, dans un vol pour un pays de glace situé à l’autre bout du monde, je me suis dirigé à la rencontre du Dr Frankenstein chinois, ce chirurgien qui a fait la Une des journaux du monde entier en prétendant avoir réalisé avec succès une greffe de tête sur un singe en vue d’une opération identique sur un patient humain à Harbin. Enquête géopolitique et métaphysique ou mythographie personnelle, l’Homme d’Harbin sera une œuvre protéiforme entre l’auto-fiction, le ciné-roman historique, l’intrigue politique et l’opéra de science-fiction documentaire. »
Michaël Blin
Parrainé par Maya Abdul Malak et Léa Todorov
« J’ai sollicité l’aide au parcours d’aide afin d’accéder à des temps et des espaces nécessaires au déploiement de plusieurs projets au long cours. Cette aide agit comme un deuxième souffle, un élan. À un moment pivot de ma pratique où se superposent des projets artisanaux, discrets et solistes, avec des projets de fiction nécessitant un travail de repérage et d’écriture important, il m’est nécessaire de fabriquer avec la plus grande liberté possible et de pouvoir développer des travaux qui puissent être détachés dans un premier temps des contraintes de production.
Écrire en filmant, travailler un film comme on sculpte, dans un aller-retour entre le pratique et l’analytique, le montage et le filmage est un chemin de fabrication singulier que ce soutien me permettra de poursuivre. L’aide au parcours d’auteur me permettra aussi d’expérimenter une forme d’écriture scénaristique qui se structurera par un appui documentaire : filmer les territoires et les espaces rêvés d’un film tout en l’écrivant est une chance rare, une fenêtre ouverte sur un scénario gorgé d’images et en prise avec la réalité d’un territoire. »
Lila Pinell
Marrainée par Louis Hanquet
« C’est avec une grande joie que j’ai reçu la bourse parcours d’auteur. Depuis trois ans, je travaille sur un scénario de long métrage de fiction et j’ai mis de côté mes autres projets. Je suis passée par le parcours décourageant que vivent beaucoup d’auteur-es réalisateur-rices : des commissions, des lecteurs, des refus. Pour moi qui viens du documentaire, l’importance démesurée du scénario en fiction a été contreproductive. Ça m’a déconnecté du concret, de la fabrication. Pendant un moment j’ai perdu le plaisir de travailler et le désir de faire des films.
C’est en commençant des repérages pour un nouveau projet documentaire que le désir est revenu. Je suis sortie de l’écriture pour revenir dans la « vraie vie ». Rencontrer des gens, passer du temps avec eux, essayer de comprendre un monde, faire des recherches, commencer à filmer des choses. Tout ce processus m’a reconnectée à ce que j’aime dans mon travail. Mon désir de faire des films est revenu, et les idées avec.
J’ai présenté 3 projets. Un documentaire en cinéma direct, qui était pour moi le dispositif ultime quand j’ai commencé à faire des films. Une immersion dans un cabinet dentaire de Belleville avec les patients, les soignants, les « admin ». Un film qui mélange des parcours de vie, un regard sur le monde du travail et la façon dont des individualités émergent dans le groupe.
Un second projet autour de procès en correctionnel de jeunes djihadistes, auxquels j’ai assisté en 2018 pour un projet de documentaire qui ne s’est pas fait.
Un troisième sur l’exil, dont le point de départ est une correspondance étendue sur 20 ans avec ma cousine décédée, une Argentine vivant au Mexique.
Grâce à la bourse Parcours d’auteur, je vais pouvoir approfondir mes recherches, écrire, continuer à filmer. »
Jean-Christophe Klotz
Parrainé par Raphaëlle Desplechin et Emilie Deleuze
« Je n'ai jamais connu mon grand-père, Gaston, si ce n'est à travers quelques photos jaunies et une transmission familiale trouée. Son histoire est à l'origine d'un silence familial que ce film voudrait interroger. Gaston Klotz était un médecin juif alsacien. Né en 1891 lorsque l'Alsace était allemande, il a fait la première guerre mondiale comme soldat du Reich, et la seconde comme déporté juif français, à Auschwitz. Gaston a survécu, et la légende familiale raconte que c'est grâce à un ancien camarade de médecine qui l'aurait reconnu et embauché auprès de lui à l'infirmerie du camp.
L'infirmerie d'un camp d'extermination.
Qu’y a-t-il vu ? Jusqu’où a-t-il du arbitrer entre sa propre survie et sa fonction à l’infirmerie d’Auschwitz ? Quelle est cette fonction dans l'infirmerie d'un camp d'extermination ? Avoir été ne serait-ce que témoin impuissant du processus de sélection suffirait à saisir la profondeur de ses blessures de survivant.
Témoin - impuissant - génocide. Trois mots qui me ramènent à ce que j'ai vécu au Rwanda. »
Christine Dory
Marrainée par Vincent Maël Cardona
« Pour faire bouger ma condition, être la mère d’un fils poly-toxicomane dont je suis dépendante, j’ai besoin d’opérer un déplacement. Rien de mieux que de me déplacer moi-même, mettre de la distance entre mon fils et moi, 13000 km, il faut bien ça. Mon premier voyage dans la Cordillère des Andes Colombiennes, m’a appris que là-bas, j’étais capable d’ouvrir les yeux, d’ouvrir des fenêtres sur un monde qui s’offre. Le geste artistique que je souhaite faire est complètement différent de celui dont j’ai l’habitude. Jusqu’ici, mon travail de fiction a toujours commencé par l’écriture. Mon travail était de raconter une histoire en animant des personnages inventés. Maintenant, je vais filmer des personnes qui sont prises dans leur propre vie. L’écriture du film passera par l’observation et par les relations que je compte nouer avec elles, par la confiance réciproque qui s’établira. Je compte d’abord rencontrer les personnes avec lesquelles mon fils a eu des contacts, personnes qu’il a abandonnées en partant comme un voleur. Angela qui espérait peut-être se marier avec lui pour sortir de sa rude condition. Essayer de savoir si Angela cherche toujours un mari et comment elle s’y prend pour rencontrer des hommes. Il n’y a pas beaucoup de clients potentiels sur place. Puis il y a Bruno Takels, qui a accueilli Simon à son arrivé, qui a lui-même fait le parcours du sevrage dans la vallée et qui désormais plante des Oliviers. Bruno est agrégé de philosophie, ce qui ne l’empêche pas d’avoir recours aux esprits pour prendre des décisions. Il pratique l’Ayawasca avec son chaman et « parle avec la plante » qui l’aide à vivre. Quand je suis arrivée en Colombie dans la Boyaca, qui est une région essentiellement agricole (où on ne cultive pas la coca) j’ai eu l’impression d’arrivée au Far West, dans une région où la liberté d’agir est totale. J’ai alors été questionnée et ébranlée dans ma conscience de femme de gauche, en me demandant si je pouvais préférer vivre dans un endroit de totale dérégulation, sans intervention de l’état, manifestement corrompu, préférer cela à un état de droit, au nom de ma liberté. Peut-on payer la liberté à ce prix-là ? J’ai besoin de rencontrer les habitants de la vallée pour construire mes trois histoires, pour donner une idée de ma Colombie. Et puis il y a la maison, qui est aussi un personnage, cette maison que je loue et que j’hésite à acheter, parce que tant qu’elle est là, il existe une alternative pour mon fils. Ces histoires seront montées en parallèle avec mes conversations en visio avec Simon et avec mon groupe de parole du lundi soir, de sorte qu’on n’oubliera jamais d’où je parle. Ma présence dans le film se fera essentiellement par la voix du commentaire.
J’emploierai d’abord cette aide pour acheter une caméra et du matériel son pour partir en repérage. Puis je m’en servirai pour payer mon interprète : Bruno Takels sera ce traduteur et aussi un personnage. Enfin l’argent me servira à vivre et à me déplacer (il faut un chauffeur car la maison est très isolée et je ne connais pas les pistes de la cordillère). J’envisage de rester 3 mois en repérage, de revenir pour voir ce que j’ai filmé, et de commencer à écrire, et à chercher un producteur. »
Soufiane Adel
Parrainé par Maya Abdul Malak
« Après avoir réalisé une dizaine de courts-métrages et un long-métrage documentaire, je souhaite poursuivre ma démarche de cinéaste.
D’une part avec un film qui revient à l’origine de mon cinéma, naturaliste et direct. L’adaptation en long-métrage de Nuits Closes - mon premier court-métrage - réalisé en 2003. Un huit clos entre un père et ses deux enfants.
D’autre part, je souhaite développer un projet qui côtoie mon regard de designer, dont le processus serait au long court : un film de science-fiction mêlant épigénétique et anticipation. »
Anne Benhaiem
Parrainage collectif
« Mon parcours d’auteur me mène enfin à clore la première partie de ma vie de filmeuse, longue période d’expérimentations cinématographiques, avec ou sans producteur, entièrement écrites ou entièrement improvisées, fictions ou documentaires, avec acteurs ou non acteurs… J’en viens à concevoir un film de long métrage, mon « premier film », ayant l’ambition de réunir toutes ces manières de faire, dans un polar contemplatif où l’intrigue sera délaissée un moment, pour donner vie à une série de scènes presque documentaires sur l’addiction au jeu du personnage principal – qui dépense son RSA à des jeux à gratter et des paris sur les courses de chevaux, pendant des heures au bar tabac PMU en bas de chez lui. Le film raconte la naissance d’une amitié entre le joueur et l’autre personnage principal, le détective privé. L’amitié entre le documentaire et la fiction. Certaines scènes seront entièrement écrites, d’autres entièrement improvisées, selon les acteurs qui les jouent. L’intrigue policière sera non résolue et, pour tout dire, incompréhensible, quoique simplissime. »