Aide au parcours d'auteur : résultats de la commission des 2 et 3 décembre 2025

Résultats des commissions

03 décembre 2026


Marie Losier

Marrainée par Vincent Paronnaud

« J’ai énormément filmé, j’ai énormément oublié… est un projet né d’un manque. J’ai toujours filmé pour lutter contre l’oubli, pour retenir le temps. Entre neuf et dix-huit ans, l’anorexie a effacé une grande partie de mon adolescence, laissant un vide, un « nuage blanc » au cœur de ma mémoire. En réponse, j’ai filmé sans relâche, accumulant depuis plus de vingt ans des centaines de bobines, d’archives sonores et de carnets, dont beaucoup n’ont jamais été développés.
Le film fait se croiser deux mémoires. La première est constituée de ces images inédites tournées auprès d’artistes majeurs de l’underground new-yorkais, filmés dans leur intimité et au cœur de leurs propres archives. La seconde est celle de mon histoire personnelle, marquée par l’amnésie, aujourd’hui ravivée par la maladie grave de ma sœur cadette, dont je souhaite recueillir la parole comme un geste de réparation.
Je souhaite construire ce film comme un album personnel, mêlant archives révélées, témoignages familiaux, fragments de fiction, animations et collages. Une forme libre, entre documentaire et journal intime, où la mémoire intime dialogue avec la mémoire collective, et où l’absence devient enfin matière de cinéma. »

Alassane Diago

Parrainé par Frédérique Moreau

« Après 15 années de pratique de cinéma documentaire, je suis conscient et convaincu que le cinéma est une arme pour bousculer les mentalités. Je suis conscient qu’il peut changer la vie des gens. Dans mes précédents films Les larmes de l’émigration, Rencontrer mon père, La vie n’est pas immobile, Le fleuve n’est pas une frontière, le cinéma intervient concrètement sur le cours des choses, questionne, affronte, déplace, et à la fin, transforme la réalité. Il a changé ma vie, la vie des miens, la vie des protagonistes que j’ai filmés.
Aujourd’hui avec l’Aide au Parcours d’auteur, j’élargis mon champ de vision vers des problématiques politiques, migratoires contemporaines. Je sors de cette approche intimiste, je me confronte à un nouveau univers cinématographique, encore plus ouvert que mes précédentes réalisations : la fiction.
Avec mon projet Symbarelle, je veux toucher et mobiliser un public plus large en racontant, du point de vue de celles et ceux qui restent, les conséquences dramatiques de l’émigration clandestine. En effet, face aux crises multiformes et sectorielles que traverse le monde, les pays d’Afrique comme le Sénégal ne sont pas épargnés. La mer redevient le seul refuge pour des milliers de jeunes. Les candidats à l’émigration clandestine affluent et les points de départs sont incontrôlables. La mer attire partout, la mer avale et noie des rêves. La mer laisse les larmes de douleur aux familles restées. Alors l'envie de raconter l'histoire de ces familles endeuillés, abîmées refait surface. Elle devient même une nécessité, une urgence. 
Je me suis toujours promis que si je devais faire de la fiction, ce serait avec des personnages réels, des décors réels, une fiction qui prend sa source et se nourrit de réel. 
L’aide prestigieuse et unique au Parcours d’auteur apparait pour moi comme une opportunité pour raconter cette épopée tragique en tentant de dépasser la pudeur et les limites du réel documentaire qui me retiennent depuis toutes ces années.
Avec l’Aide au Parcours d’auteur, je me donne la chance de traiter, en profondeur, en toute liberté, ce sujet sensible, rebattu, grave et toujours d’actualité, tout en en me nourrissant de mes ressources documentaires, mais aussi en profitant des champs possibles que la fiction peut offrir. Je me donne la chance d’exploiter cette étincelle fiction -documentaire qui m’habite, une ligne fragile, que je veux davantage expérimenter et assumer, laquelle j’espère trouvera enfin sa voie au niveau du grand public.
Avec l’Aide au Parcours d’auteur, je vais pouvoir explorer en profondeur les concepts tels la hantise, la disparition, l’absence, les croyances mystiques et religieuses - la cohabitation paradoxale de ces croyances dans les sociétés africaines, trouver et travailler les personnages non professionnels secondaires qui croiseront le chemin du personnage principal Symbarelle, travailler en toute liberté la profondeur des dialogues… »

Elvire Duvelle-Charles

Marrainée par Tania de Montaigne

« À la mort de mon père, j'ai appris l’incident qui a déclenché son exil d’Haïti, alors qu’il n’avait que 19 ans. Pour le protéger des Tontons Macoutes (milice du dictateur Duvalier), ma grand-mère avait encimenté dans le jardin tous les livres de la bibliothèque de mon père. J’ai également découvert qu’il avait réussi à sauver un de ces livres. Je me mets en quête de ce livre sauvé. Je pars à la recherche des traces de l'inacceptable : la dictature, les viols, les violences, la douleur de l’exil, l’enracinerrance (enracinement dans l’errance) qui suit cet exil.
L’Aide au Parcours d’auteur me donne le temps nécessaire pour me plonger dans la matière déjà existante – archives, carnets, cassettes, journaux de mon père – mais aussi pour les confronter au présent : récolter des témoignages, tisser des liens avec la diaspora, interroger les exilés d’aujourd’hui. Elle soutient un travail de terrain qui demande de la patience, des voyages, et la possibilité d’ouvrir toutes les pistes qui se présentent. Cette aide constitue une étape charnière dans mon parcours : elle me permet de passer de l’écriture intuitive et urgente des réseaux sociaux à une écriture filmique plus ample, où le temps long devient un allié. Elle m’offre l’espace pour assumer pleinement ma position d’autrice et inscrire ce travail dans la continuité de mon engagement : faire émerger des paroles, mettre en lumière les silences, et inscrire l’histoire intime dans un récit collectif. »

François-Xavier Trégan

Parrainage collectif

« Depuis plus de vingt ans, je filme des territoires traversés par l’histoire, la guerre et l’exil, en cherchant à saisir ce que le temps imprime dans les corps, les voix et les lieux. Je me trouve aujourd’hui à un moment charnière de mon parcours, avec le désir d’assumer une écriture plus libre et plus personnelle, où le réel n’est plus seulement observé mais mis en jeu. Ma recherche actuelle interroge la mémoire comme une matière vivante, à travers deux projets complémentaires : Homs ? Homs !, un film documentaire construit autour du retour à Homs d’un metteur en scène syrien qui réactive, sur un plateau de théâtre, des images et des archives d’enfants comédiens filmés en 2015 afin de les confronter au présent d’une « nouvelle Syrie » et à la dispersion de toute une génération ; et L’Aquarium de Zarzis, un projet de fiction nourri de traces documentaires autour de l’écriture du dernier livre de Joseph Kessel en Tunisie. L’Aide au Parcours d’auteur me permet de dégager un temps de recherche et de résidence décisif, notamment à Homs et à Zarzis, pour écrire, expérimenter des dispositifs visuels et sonores, éprouver des formes et franchir un seuil vers un cinéma où l’essai, le doute et l’expérimentation deviennent le cœur du processus de création. »

Chloé Mahieu

Marrainée par Nicolas Peduzzi

« Je suis reconnaissante de recevoir l’Aide au Parcours d’auteur qui m’apporte confiance, soutien, et me permet de m’octroyer un espace de recherches et d’écritures, énorme luxe pour me lancer dans trois projets de film en toute indépendance.
Je m’engage dans un travail nouveau, j’ai écrit en collaboration pendant des années, et porter des projets personnels qui ne soient pas partagés, co-écrits et réalisés à deux, est à la fois vertigineux et excitant, l’Aide au Parcours d’auteur m’y encourage.
Le premier projet que j’ai proposé est un documentaire pour lequel je souhaiterais mettre en relation archives et cinéma direct. J’y suis le parcours d’une combattante, amoureuse empêchée par des lois de plus en plus rigides de vivre avec l’homme qu’elle aime. Malgré l’hostilité et la violence qui la frappent, elle lutte pour faire entendre ses droits et son histoire dont les médias s’emparent et proposent un récit tronqué. Ce bras de fer entre récits est au cœur du dispositif du film que j’envisage.
J’entreprends également de faire un film documentaire autour de la construction d’une école « pour tous » en Suisse, menée par une femme que je connais bien et qui a œuvré en tant qu’éducatrice auprès d’enfants autistes pendant de nombreuses années. Tandis qu’elle se lance dans un projet dont elle rêve depuis longtemps, elle doit convaincre banquiers et institutions de la solidité de ses méthodes d’apprentissages, avancer des certitudes, faire preuve d’une certaine rigidité, quand tout est constamment rebattu et remis en question, que le doute et le questionnement participent du travail de l’équipe enseignante, pour le bien-être des futurs écoliers.
J’ai également le désir, peut-être celui qui est à l’origine de mon travail dans le cinéma, d’écrire et de réaliser un long-métrage de fiction, qui reprendrait des éléments de mon enfance, des secrets, des mensonges, des explosions, tant d’éléments qui pourraient servir une histoire à rebondissements, drames, rires, et fracas. La manière dont le réel est transformable en fonction des mots qui sont mis dessus ou qui sont tus m’intéresse et j’essaye de faire rentrer le fantasme et les résidus de la mémoire dans la narration de cette fiction.
Cette aide va ainsi me permettre de persévérer dans mes désirs de films, financer mes trajets en vue de repérages, m’accorder du temps pour écrire et approfondir mes recherches de formes et de dispositifs. Merci pour tout ça. »

Ghassan Salhab

 

Parrainage collectif
« Il y a plus de cinq ans, à Beyrouth, j’avais filmé l’appartement de mes parents décédés l’un après l’autre, le vidant délibérément, essayant d’enregistrer ce qu’il reste une fois que les traces ne sont plus apparentes, lui retirer toute familiarité. Les fenêtres donnaient sur la mer Méditerranée, cette mer où mon père nageait régulièrement, toutes saisons confondues. J’avais entrepris d’y nager sous l’objectif d’une caméra — vaine tentative, mais peu importe, je me devais l’improbable. Puis les images sont restées de côté, dans un disque dur. Ce n’est qu’en reprenant progressivement le fil de l’écriture, en commençant à monter, qu’un work in progress, un film-essai, s’est mis en place. Et c’est en inscrivant sur l’écran ce que m’avait dit un jour mon père : « Nous n’aurions jamais dû quitter Dakar, m’as-tu dit », que j’ai compris qu’il me fallait aller à Dakar, là où je suis né, où j’ai passé une grande partie de mon enfance, où mon propre père est né. Ce film se devait de s’adresser à mon père.
L’Aide au Parcours d’auteur me permettra de rester un temps conséquent à Dakar, à poursuivre là-bas ce work in progess. Écrire, mais aussi filmer, monter, tout en continuant de prendre des notes, de filmer encore, de poursuivre le montage « en même temps », toujours sur place. Je crois bien que je nommerai cet essai « Notre peau ». Un peu comme on laisse sa peau, à moins qu’on ne la sauve comme on peut. » 

 

Anaïs Ibert

Marrainée par Hubert Viel & Joachim Hérissé

« Quand je réalise un film, j’aime que l’on ne sache pas à l’avance si ce que l’on voit a vraiment eu lieu, si cela est imaginé par un des personnages, ou si cela est un rêve. Qu’un lieu se transforme selon qui le regarde. Le spectateur accepte peu à peu de ne pas forcément tout comprendre, se laisse plus facilement aller à ressentir des sensations personnelles. Je pense que les moments rêvés, ou imaginés, sont aussi importants que ceux que l’on vit réellement.
Je souhaite maintenant me diriger vers une nouvelle forme, à savoir le genre documentaire.
Il s’agit là pour moi d’un virage dans ma manière de fabriquer un film. Je désire filmer le réel et non le recréer comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent avec la fiction, expérimentale ou classique. De cinématographier la parole de l’autre et non la mienne. J’ignore quels seront les chemins de pensées des personnes que je vais filmer, et leurs temporalités. Les trois parties qui constituent ce long métrage seront des éclats d’âmes de personnes inconnus, tout autant que des petits fragments de moi. Ce qui leur est commun est certainement cette sensation profonde de se sentir seul-e.
J’ai besoin de temps pour vivre le réel que je souhaite filmer. Avoir les moyens financiers de pouvoir me déplacer vers l’autre. »

Viken Armenian

Parrainé par Nicolas Peduzzi

« Né au Liban, où j’ai vécu mon enfance, je n’y vis plus depuis plus de 35 ans. Pourtant, ce pays me revient chaque jour en images mentales. Après mes courts-métrages réalisés en France, j’ai aujourd’hui envie de me confronter à ce monde qui me hante avec deux longs-métrages en gestation.
Et la nuit battait encore est un film ancré dans le regard de l’enfance, où le monde est perçu avec les sens à vif et s’imprime sur la rétine avec toute son étrangeté. En 1985, Victor, 12 ans, après le suicide de sa mère à Paris, rejoint son père dans un centre balnéaire à 20 km de Beyrouth, dans un Liban livré à la guerre civile. Là, il découvre une petite société qui vit comme si de rien n’était. Mais un soir, le conflit se rapproche et tout le monde doit se réfugier dans la boîte de nuit du centre pour s’abriter en sous-sol. Les plus grands dansent toute la nuit sous les bombes, tandis que Victor s’inquiète pour un couple gay qu’il avait rencontré et qui n’ose sans doute pas rejoindre l’abri à cause de ses activités politiques.
L’Arpenteur et la ligne est un projet de film d’enquête, imaginé comme un « thriller mental », ancré dans la ville d’Anjar, à la frontière libano-syrienne. Construite en 1939 pour abriter des réfugiés arméniens venus d’Alexandrette, au nord de la Syrie, que la France mandataire venait de rétrocéder à la Turquie de Kemal. Mathias Rivière, cartographe mandaté par le Quai d’Orsay pour délimiter la frontière, s’installe à Anjar et rencontre Nareg, ingénieur télécom arménien. Ils tombent amoureux. Un matin, Nareg disparaît. On découvre des antennes secrètes qu’il a installées. À quels réseaux sont-elles liées ? La paranoïa s’installe. Les notables, les autorités et les milices se mêlent aux tensions géopolitiques. Un soir, en se promenant dans une zone de cruising, sous l’effet des antennes, Mathias traverse une faille spatio-temporelle et, par un glissement sensoriel, se retrouve dans les années 30, à l’époque de l’arrivée des réfugiés. Il y croise un photographe arménien, rescapé du génocide, avec lequel il partage un moment intime lors de ce « glissement temporel », qui devient son guide dans ce voyage dans le temps.
L’Aide au Parcours d’auteur permettra de financer déplacements et collaborations pour la gestation des deux projets. Pour L’Arpenteur et la ligne, j’aurai surtout besoin du soutien de documentalistes et d’historiens pour me plonger dans les archives diplomatiques françaises sur la construction d’Anjar et le sauvetage des rescapés d’Alexandrette. »

Anna Recalde Miranda

Marrainée par Tania de Montaigne

« J’ai présenté ma candidature à un moment charnière de ma vie. Je venais d’achever un long cycle avec la sortie en salles, en 2025, de « De la guerre froide à la guerre verte ». Ce film, tourné principalement au Paraguay et au Brésil, explore la généalogie du désastre environnemental et ses liens avec les droites internationales organisées, du Plan Condor à nos jours.
Il m’a fallu huit années pour le réaliser. Il clôt une trilogie documentaire commencée en 2008, presque vingt ans de ma vie. À la fin de ce parcours, je me suis sentie à la fois profondément satisfaite et étrangement vide, comme après un long déplacement sans encore savoir où revenir.
Depuis quelque temps, un autre désir prenait forme : adapter en long métrage de fiction, un livre inédit écrit par ma mère. Ce projet serait une sorte de préquel à ma trilogie, un retour en amont, plus intime, et ma première fiction. J’en ai écrit une première adaptation scénaristique, mais l’ampleur du travail à venir m’intimidait encore.
L’Aide au Parcours d’auteur arrive à un moment décisif. Elle me permet de prendre le temps nécessaire pour traverser cette transition, de m’engager pleinement dans ce nouveau projet et de retrouver l’élan et la confiance indispensables pour lui donner naissance. »

Mohammed Bourokba

Parrainé par Patricia Mazuy & Nicolas Peduzzi

« Je me trouve aujourd’hui à un moment charnière de mon parcours d’auteur. Après plusieurs films ancrés dans le Nord de Paris, des retours réguliers dans mon territoire d’origine, le Roussillon, ont commencé à déplacer mon regard. Ces retours sont liés à une histoire familiale longtemps tenue à distance. Ils ouvrent une recherche autour de l’ancrage et de l’appartenance, qui ne vont jamais vraiment de soi.
Ce déplacement m’amène à interroger autrement ma manière de faire des films. J’éprouve le besoin de quitter le naturalisme qui a accompagné mes précédents projets. Dans ce nouveau territoire, je cherche une autre forme, plus tendue. Je me tourne vers le thriller psychologique, comme un moyen de travailler la tension, le hors-champ, ce qui ne se dit pas.
L’Aide au Parcours d’auteur me permet d’accompagner ce moment de bascule. Elle me donne du temps pour l’immersion sur le terrain, pour les rencontres, pour une recherche d’écriture plus ouverte. Un temps nécessaire pour traverser ce passage entre deux territoires, et deux manières de penser mon cinéma. »

Ilana Navaro

Marrainée par Patricia Mazuy

« Ce projet raconte l'histoire de Khalil Bey, collectionneur et dandy ottoman, commanditaire de l'Origine du Monde de Gustave Courbet et de sa future femme la princesse Nazli, qui a été une des inspiratrices du féminisme dans le monde arabe. Dans un style hybride qui mêle la fiction au documentaire, la peinture et les tournages, se tisse les histoires des tout premiers orientaux qui ont dû faire face à l'Orientalisme. Ce projet est la continuation d'un cheminement intellectuel et artistique qui m'accompagne depuis près de vingt ans. Cette Aide au Parcours d'auteur est précieuse car elle me permettra d'avancer dans mes recherches, de voyager pour chercher des archives et des correspondances entre le Caire, Istanbul, Tunis et Copenhague, afin de peaufiner un dispositif qui navigue entre le présent et le passé. »

Francisco Rodriguez Teare

Parrainé par Frédérique Moreau

« Jusqu’à présent, le cinéma documentaire et hybride a été mon espace de prédilection pour explorer les matérialités, les mystères et les comportements humains. Aujourd’hui, je souhaite m’orienter vers la fiction traditionnelle, et l’Aide au Parcours d’auteur me permettra, pour la première fois, de me concentrer sur des films produits : deux longs-métrages de fiction. Ma recherche actuelle est de me concentrer sur l’écriture de ces deux scénarios, puis d’aborder le travail de mise en scène et le travail avec les acteurs, qu’ils soient professionnels ou non-professionnels.
Mon premier projet est un long-métrage qui se déroule dans le nord du Chili.
Voici un synopsis du film : Ville d’Iquique, désert d’Atacama. Mamani (25), un livreur anxieux, mélancolique et en dépendance affective pathologique, gagne sa vie en faisant disparaître des momies Chinchorro vieilles d’entre 7 000 et 4 000 ans qu’il récupère sur des chantiers de construction. Suite à une rupture amoureuse, il se jette sur sa moto et roule à contre sens, cherchant la mort. Il survit à un accident et y rencontre Jordi (71), un ancien voleur international de joailleries à la retraite, et Sofía (35), la nièce de Jordi et héritière d’un hôtel. Guidé par Jordi, Mamani se retrouve impliqué dans le trafic et la vente de momies et, en chemin, découvrira la possibilité d’appartenir à une famille.
Aussi, je voudrais commencer les recherches pour un deuxième long-métrage, cette fois-ci d’époque ; un film de fiction qui se passe en Guyane française en deux parties, l’une en 1980 et l’autre en 2020, dans les profondeurs de la jungle mais aussi dans la ville de Cayenne. Je cherche à réaliser un film qui mêle acteurs professionnels et amateurs et aborde des thèmes tels que l’exploitation sans limites des ressources, l’histoire coloniale, la folie, le désir et le déracinement territorial.
Voici un petit résumé : Année 1980, intérieur de la jungle amazonienne. Clara Valcour (21 ans), une jeune Française d’origine modeste, vit avec son mari dans une exploitation aurifère qui leur appartient. Une nuit, une mineuse enceinte s’enfuit à cheval, emportant avec elle ses deux enfants et plusieurs kilos d’or. Lorsque Clara et son mari retrouvent la mineuse et ses enfants, ils les tuent involontairement en les précipitant accidentellement dans un ravin. Année 2020, un matin, alors que Clara Valcour va livrer du mercure à une mine, elle rencontre Marie Rose, une guyanaise qui semble être la copie conforme de la femme qu’elle a tuée quarante ans auparavant.
L’idée de ce nouveau film m’est venue en lisant les livres Le Port Intérieur de l’auteur français Antoine Volodine ainsi que le conte posthume de Roberto Bolaño Comédie dhorreur en France et qui se déroule en Guyane française lors de la deuxième moitié du XXème siècle. Ces deux récits partagent un ton, des personnages et des points de vue que je désire amplifier par le cinéma. Les deux récits mettent en scène des protagonistes d’origine modeste qui profitent de leur statut de blancs pour exploiter des terres colonisées, détourner de l’argent et vivre dans l’illégalité comme des riches. »

Leyla Bouzid

Marrainage collectif

« En 10 ans, j’ai réalisé trois longs-métrages de fiction : À peine j’ouvre les yeux (2015), Une histoire d’amour et de désir (2021) et À voix Basse (qui commence sa vie en 2026).
Avec ce troisième film fini, c’est comme si je terminais une trilogie de films inspirés de ma trajectoire biographique. Ces trois films s’inscrivent dans le romanesque et la fiction, tout en étant proches de moi et de ma vie. Ils ont été tournés de manière classique avec une équipe technique importante. Aujourd’hui, je sens que je clos un cycle et je suis en pleine réflexion sur ma démarche quand la succession d’événements personnels me fait prendre une nouvelle direction, celle du documentaire.
Dans ma démarche de cinéaste, je n’ai jamais fait de films documentaires (mis à part un exercice à l’école). Pourtant, de mes 15 ans à mes 21 ans, j’étais soudée à ma caméra HI8 j’ai filmé autour de moi énormément et toutes sortes d’images… Mais, depuis que j’ai intégré l’école de cinéma, j’ai arrêté de filmer moi-même. Ma pratique intime du cinéma, s’est transformée en pratique collective, aux cotés d’une équipe de collaborateurs fidèles.
Cette envie de documentaire est venue s’imposer à moi. C’est parti de la nécessite de filmer mon père qui se fait grignoter par la maladie. Il s’appelle Nouri Bouzid et il est un cinéaste incontournable tunisien. Je suis sa fille, je fais des films et je n’ai jamais voulu le filmer. Diagnostiqué pour démence, son symptôme principal, c’est qu’il se croit de plus en plus souvent en tournage.
Comment le cinéma l’habite ? Comment notre relation est construite autour de cette transmission-là ? Filmer avant que tout disparaisse, et ce désir de cinéma qui subsiste très fort…. Par là-même, retrouver mes premiers élans vers le cinéma : caméra au poing, se lancer dans l’urgence de la fabrication d’un film. Cela fait encore plus sens pour faire ce portrait d’un homme qui m’a transmis, malgré lui et malgré moi, l’amour du cinéma. »

Guillermo Quintero

Parrainé par Hubert Viel

« Avec une formation initiale en biologie, puis en philosophie, mon parcours a été marqué par une même recherche : décanter la trace du vivant, y lire des fragments de mémoire et en esquisser l’image à travers le langage cinématographique. Ce cheminement m’a conduit à donner forme à une trilogie consacrée à la disparition de la forêt en Colombie, composée de trois longs-métrages documentaires : Homo Botanicus, Río Rojo et Relicto.
Désormais, après la fin de ce cycle de dix ans de ce voyage viscéral vers mes racines colombiennes, j’éprouve le désir d’explorer de nouveaux paysages ainsi que de nouvelles formes d’écriture et de réalisation, qui germent depuis quelque temps. Dans ces nouvelles formes, persistera ma fascination pour les différentes manières dont l’humain se relie au vivant, à la forêt et à ses habitants. Je souhaite particulièrement me consacrer à l’écriture d’une fiction qui portera le titre d’Urtica, inspirée par un personnage provenant d’une histoire apocryphe que j’ai écrite pour Homo botanicus.
Urtica raconte l’histoire d’un moine ermite aveugle du Moyen Âge. Après avoir perdu la vue, il est devenu obsédé par les Urticacées, ces plantes qui provoquent des brûlures sur la peau, et qu’il reconnaît juste en les frôlant avec ses doigts. Cette obsession l’a mené à développer un système de classification sensoriel, unique et intime, basé sur l’intensité de la brûlure et sur l’ardeur provoquées par chaque variété d’ortie. Dans ce processus, il a forgé un lien mystique avec ces plantes, les nommant en latin urtica, qui signifie à la fois « piqûre » et « désir intense ».
L’Aide au Parcours d’auteur sera fondamentale pour pouvoir me plonger pleinement dans ce nouveau processus créatif et aboutir à une première esquisse du traitement de cette histoire. »

Léa Troulard

Marrainée par Joachim Hérissé, Patricia Mazuy & Vincent Paronnaud

« Après plusieurs années passionnantes et complexes consacrées à un projet de long-métrage sur l’état de la satire politique en France, je souhaiterais renouer avec les sujets moins « terre à terre » qui constituent mes premiers films : le mystère de l’existence, les mondes invisibles et le rapport aux animaux. J’ai la forte envie de repartir sur un projet au long cours qui ferait appel à l’imaginaire via une dimension poétique. 
L’un de ces projets est un long-métrage documentaire aux reflets fictionnels, qui interroge la place de l’homme au monde au travers du langage et la communication, avec les animaux d’une part, et avec les intelligences artificielles de l’autre. Pour moi, la question de notre rapport à l’invisible, à la mort, et à notre existence, est intrinsèquement liée aux animaux. Le mystère de leur fonctionnement, de leur pensée, de leur langage, fascine parce qu’ils nous renvoient à nos propres origines, à nos propres questionnements existentiels. Je suis de près le travail de scientifiques français et américains qui développent des outils pour communiquer avec les oiseaux d’un côté, et les baleines à bosses et les cachalots de l’autre. En février 2025 je suis partie en repérages à Hawaï avec un groupe de scientifiques et de musiciens américains qui explorent la communication avec les baleines à bosse au travers de la musique. L’Aide au Parcours d’auteur va me permettre de prendre enfin le temps de dérusher ces images, de les articuler avec le reste de mes repérages, et d’en extraire un arc narratif.
L’autre projet est lui aussi en lien avec la communication et le langage. Il donne suite à mon film Médiums, un 52mn France TV, qui explore l’éventualité du contact avec nos morts dans l’au-delà via des médiums. Il s’agit d’explorer la relation de plus en plus banalisée aux deadbots, ces intelligences artificielles qui simulent nos proches décédés grâce au corpus de textes que représentent toutes les conversations que ces personnes ont pu avoir de leur vivant.
Dans Médiums, la présence de nos morts se manifeste de plusieurs façons : dans nos souvenirs, représentés par mes vieux films de famille en Super 8, tournés et montés par mon grand-père. Puis le Super 8 transitionne en image d’animation rotoscopée, pour donner vie à des séquences irréelles, celles d’un éventuel monde parallèle où évolueraient les défunts. 
Ce recours à l’animation, qu’elle soit traditionnelle ou numérique, est ce qui me permet d’intégrer la dimension poétique de l’invisible dans le récit documentaire. 
Pour ce nouveau projet sur les deadbots, j’imagine un film hybride, mêlant témoignages et fiction, anecdotes réelles et mythologie, à mi-chemin entre le documentaire et l’art vidéo.
Là encore l’aide va me permettre un temps précieux de recherche et d’expérimentation, afin d’arriver à combiner ma passion pour la plasticité de l’image, l’aspect le plus « artistique » de mon travail, et le documentaire tel que j’aime le réaliser, une sorte de « cinéma-direct immersif ». »

Nora Martirosyan

Marrainée par Frédérique Moreau

« À l’automne 2020, alors que je commençais la promotion de mon premier long-métrage Si le vent tombe, une guerre meurtrière a modifié le statut et les frontières du Haut-Karabagh - le petit pays autoproclamé au centre de mon film. Après trois ans d'agonie, tout ce qui existait dans mes images, de la population aux paysages, était rayé de la carte dans un silence cynique, et mon film, rattrapé par l’actualité politique, est devenu malgré moi une archive du pays qui a cessé d'exister : le peuple exilé, la terre brûlée. Cette expérience a profondément bouleversé mon rapport au cinéma. 
Aujourd’hui, je souhaite repartir en Arménie. Caméra à la main, je veux explorer un nouveau territoire : celui des sites stratégiques, civils ou militaires, d’hier et d’aujourd’hui. Ces lieux — aéroports, barrages, tunnels, mines — portent en eux l’ambivalence d’un progrès au service de la vie... ou de sa destruction. Dans un monde de plus en plus instable, où la guerre redessine les territoires, où les rêves scientifiques se retournent contre ceux qui les ont portés, j’aimerais tracer une carte faite de lieux, de récits, de souvenirs.
Le sujet auquel je me confronte aujourd’hui est complexe et mon rapport à ce que je vais pouvoir découvrir est délicat. C'est comme une commode dont on a hérité contre notre gré, avec des tiroirs visibles, mais aussi, je le sais, avec de nombreuses cachettes. Il faut du temps pour découvrir quels secrets elles détiennent. C'est pour ça que j'aimerais retrouver la liberté que j'ai eue dans mes premiers films, qui, dans leur mode de production me laissaient ce temps précieux. Le soutien l’Aide au Parcours d’auteur me permettra de prendre le temps d’explorer, de douter, de chercher un

03 février 2026

Les conférences du Paris Images 2026

Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) donne rendez-vous aux professionnels de la production cinéma et audiovisuelle pour son cycle de conférences qui se tiendra au Paris Images 2026, les...