Aide au parcours d'auteur : résultats de la commission des 30 juin et 1er juillet 2026

Résultats des commissions

01 juillet 2026


Shalimar Preuss

Marrainée par Louise Hémon

« L’aide au Parcours d’auteur va me permettre de me consacrer à un film sur mon maire de village qui est aussi mon mari. Le film explore le microcosme d’un village de montagne, entre isolement et promiscuité, à partir de l’intérieur même de cette communauté. Cet essai documentaire aborde la fonction de maire de village, c’est-à-dire la politique à taille humaine, depuis ma place de femme du maire : de manière intime et personnelle, mêlant observation et introspection. C’est parce que c’est lui et parce que c’est moi que ce film peut exister. Et si j’ai bien voté pour lui, je me demande si l’élection peut être réciproque et réitérée entre nous deux ? Ce film est une tentative de concilier mandat électif, pratique artistique et vie personnelle. »

Clément Schneider

Marrainée par Marcia Romano

« Depuis près de quinze ans, j’ai pratiqué le cinéma auquel je crois, un cinéma qui n’en a « rien à foutre » de la ligne droite éditoriale et qui, au contraire, trouve son principe de plaisir et sa légitimité à ne se baigner jamais deux fois dans le même fleuve. Refusant les assignations à résidence, j’ai pris un malin plaisir, de film en film, à faire volte-face, à tâcher de n’être pas là où on m’attendrait. J’ai navigué entre les genres, les formes, les formats, les durées, les modes de production, faisant feu de tout bois, dans une errance joyeuse, comme une sorte d’utopie de cinéma. « Utopie » non pas parce qu’il s’agirait d’irréalisable ou d’impossible – elle ne peut pas l’être puisque je la vis – mais dans l’idée que le réel, tel qu’il est et tel qu’il va, doit être contesté, mis en branle sinon mis en pièces par les puissances de l’imaginaire et de ses fabulations.

Si je persiste dans mon envie d’écrire à partir de Mayotte, c’est parce que je n’en ai – nous n’en avons – pas fini avec ce territoire, et notamment du point de vue des films. Dans cette ancienne colonie, à laquelle le cinéma ne s’intéresse que marginalement, le risque est toujours de faire un film sur, c’est-à-dire un film écrasant. Moi, je voudrais faire un film autour ou à côté. Ça peut paraître abstrait, dit comme ça, mais la différence tient aussi à l’idée qu’on ne dit jamais mieux le vrai d’une situation réelle qu’à travers les mondes de fiction que le cinéma élabore depuis ce réel. Le décollement du regard fabrique une perspective, une ligne de fuite. Et c’est cela qui m’intéresse. Car avec la perspective vient aussi le possible, l’utopie. Mon rêve d’écriture rejoint l’idée magnifique, développée le philosophe décolonial Achille Mbembé, de la « déclosion ». Le cinéma doit contribuer à « déclore » Mayotte. Toute la question est : comment faire ? Par quels récits passer pour effectuer cette déclosion ?
Avec cette aide au Parcours d’Auteur, je vais pouvoir revenir durablement à Mayotte afin d’élaborer un dispositif d’écriture collectif et in situ qui permette à la fiction à venir de se fabriquer avec la patience, le soin, et l’exigence nécessaires. De la nourrir de réel, pour éviter les fantasmes, et veiller à maintenir l’espace ouvert. Jamais encore je n’ai expérimenté un processus d’écriture de cette nature, où documentation et fiction cheminent de conserve. Je me réjouis d’en avoir aujourd’hui la possibilité matérielle. »

Kaori Kinoshita

Parrainée par Leyla Bouzid & Laurent Lunetta

La caméra m'a servi à rencontrer les autres, c’est un moyen formidable pour provoquer des situations magiques.
Chaque jour, je prends conscience de la chance que j ai d appréhender le monde à travers le prisme du cinéma, ce médium est comme une loupe face à ma curiosité du réel, des autres. Je n ai peut-être pas encore bien saisi — ni pleinement assumé — la définition du mot « documentaire », aussi, je préfère utiliser le terme anglo-saxon de « non-fiction » pour définir mon approche. De même, le terme de « réalisatrice » me semble moins pertinent que celui de « filmmaker » pour parler de mon métier: j ai vraiment la sensation de fabriquer des films, peut-être en héritage de ma formation dans les écoles d art.
Je suis née et j’ai grandi à Tokyo. Mes parents se sont rencontrés par un mariage arrangé. La jeune épouse, ma mère, a dû quitter son travail et aller habiter chez les parents de mon père pour s'occuper d'eux. Je me souviens de ma grand-mère toujours en kimono qui, lorsque mon grand-père sortait, venait le saluer sur le pas de la porte où elle restait inclinée jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement au coin de la rue. Une image forte, peut-être aussi une des raisons pour lesquelles j’ai décidé plus tard de quitter le pays, à vingt-cinq ans.
Après plus de vingt-cinq ans passés hors du Japon, je ressens le besoin de revenir, de questionner ce territoire auquel j appartiens, de poser un regard personnel sur l histoire, la spiritualité et l’écologie d un lieu symbolique à plus d’un titre : Okinawa. Je suis pourtant née à Tokyo, située à 1 555 km de Naha, la capitale d’Okinawa, la plus grande des îles qui donne son nom à l’archipel. Ce dernier, japonais depuis 150 ans seulement, m’intéresse pour sa mémoire complexe : celle du royaume des Ryuku (15e-19e siècle) et de sa mythologie propre, celle d un passé matriarcal aujourd hui oublié, celle des blessures de la Seconde Guerre mondiale de 1945, celle d une occupation militaire américaine toujours présente. C’est un projet de retour, une tentative de relier ces strates par une exploration poétique et sensible de sites sacrés situés sur l’île d’Okinawa et, plus particulièrement encore, sur sa minuscule voisine, l’île de Kudaka. L’île des dieux.
Si j ai longtemps travaillé en collaboration avec Alain Della Negra, y compris sur des films documentaires qui avaient le Japon pour toile de fond, ce film-ci, je souhaite le réaliser seule. Il me semble que les sujets touchant à la féminité, la mémoire des femmes, la spiritualité matriarcale demandent une approche intime, incarnée. Je veux parler à partir de mon corps, de ma position de femme japonaise, face au monde contemporain qui oublie ses liens avec le vivant, avec le sacré, avec l invisible.
Le soutien de l’aide au Parcours d auteur me permettrait de consacrer le temps nécessaire à cette recherche :  séjours prolongés sur l’île, travail d archives, écriture et développement formel. Il s agit de construire une forme juste, à la hauteur de la complexité du sujet.

Je tiens également à vous remercier pour le soutien proposé, qui me rassure, notamment grâce au système de parrainage. Savoir que ces personnes sont déjà à mes côtés dans ce projet est une véritable opportunité. Leur présence me permet de me sentir accompagnée et moins seule dans cette aventure d'écriture.

Andreï Schtakleff

Parrainage collectif

« L'aide au parcours d'auteur me permettra de développer deux projets qui sont aussi un passage à la fiction et un retour en Algérie, où j'ai passé mon enfance et que je n'ai jamais filmée.
Ensemble, ils forment une paire traversée par la même histoire à cent ans de distance : comment la colonisation détruit tout. Avant tout les « colonisés », mais aussi les colons, les corps, les imaginaires, la terre.
D'un côté, André, un de mes aïeux, jeune paysan de la Haute-Vienne qui a abandonné sa terre pauvre pour la promesse d'une fortune facile dans la Mitidja, et finira avalé par le désert après s'être transformé en militaire impitoyable.
De l'autre, une peintre algérienne, Baya Mahieddine, dont je fus proche, et qui fit le chemin inverse pour venir dans la capitale de l'empire être couronnée nouvelle reine du surréalisme et y découvrir la brutalité d'un monde qui lui refusera sa parole et son regard pour la dépecer et en faire son étendard. Mais elle lui échappera.
Votre aide me permettra de poursuivre mes recherches et de trouver la forme la plus juste et la plus forte. Avoir la parole et la liberté est de plus en plus rare et précieux. Votre aide me les offre. Merci pour votre confiance. »

Anne Brouillet

Marrainée par Yasmine Benkiran & Leyla Bouzid

« Hamelin, c’est le projet de filmer, à travers les yeux de deux dératiseurs niçois, une fin du monde un peu lente et un peu molle. Pas une planète qui en percute une autre ni une épidémie de peste radicale mais cette atmosphère lourde et poisseuse dans laquelle le monde ne finit pas de s’engluer. En arpentant une Nice inondée par des pluies incessantes qui font sortir les rats, mes deux personnages arpenteront leurs angoisses de fin du monde. C’est leur dialogue dans l’utilitaire fatigué de leur société qui m’intéresse, scandé par le bruit des essuie-glaces et le désespoir des clients envahis par les punaises de lit. Ils observeront Nice par ses recoins, par ce qu’on cache, ce qui est sale. Je ne veux pas filmer le bleu de la Méditerranée mais l’envers du décor. Les chambres conjugales, les cuisines des restaurants, les sous-sols des hôtels. 
Ce road-movie circulaire et pluvieux, je l’ai en tête depuis des années, depuis qu’une sombre histoire de nuisibles a percuté mon lit, ma santé mentale et ma vie entière. Ce qui m’intéresse, c’est le mouvement de catalyseur qui fait que la lutte contre les nuisibles devient lutte contre les pensées angoissantes produites par le contexte politique, social, environnemental. L’idée n’est pas de raconter une famille infestée mais de se pencher sur ce que voit le dératiseur chez les gens tel un Peeping Tom par le petit trou. Car ce qu’il voit compose un tableau de la société sans ses filtres.
Pour ce film, j’ai à la fois envie de réel (je ne veux pas faire un film fantastique) et d’une vraie ampleur fictionnelle. J’ai comme deux registres à articuler. Pour y arriver j’imagine déjà un dispositif : des moments documentaires et à l’opposé, parfois, des effets spéciaux. Mais je dois éprouver ces idées pratiques, aller à Nice, rencontrer des dératiseurs, les suivre, rencontrer aussi des clients infestés. Je veux faire tout ça dans le temps de l’écriture parce que c’est ça qui va nourrir le texte. C’est ce que l’Aide au parcours d’auteur va me permettre de faire. »

Jérôme Printemps Clément-Wilz

Parrainé par Maxence Stamatiadis

« Dans mon précédent film, Ceci est mon Corps, j'ai documenté les années de procédure contre un prêtre qui a abusé de moi durant la moitié de mon enfance. Je veux continuer à creuser, avec les moyens du cinéma, ce qui fait le pouvoir des hommes.
Les films que j'ai en germe sont ambitieux, et ils vont demander du temps. Du temps de recherche, d’explorations de nouvelles grammaires cinématographiques, développement d’un nouveau réseau artistique et professionnel... Cette Aide au Parcours d’Auteur va me permettre de prendre ce temps et de m'aventurer vers de nouvelles écritures, pour la salle. »

Laure Bourdon Zarader

Parrainage collectif

« J’étais une petite fille mélancolique, hantée par la peur de perdre ma mère. Dans mon enfance auprès d’une mère dépressive, j’ai trouvé un refuge : une colonie de vacances joyeuse et utopique, dans laquelle j’ai passé tous mes étés à partir de mes onze ans, et dont j’ai voulu ne jamais partir.
Aujourd’hui, j’ai 37 ans, et je n’ai jamais quitté la colonie, dans laquelle je suis devenue animatrice. Les enfants dont je me suis occupée depuis leur petite enfance ont développé le même attachement viscéral à ce lieu que moi : à présent, ils ont entre 18 et 20 ans, et deviennent animateurs à leur tour.
En filmant cette sorte de deuxième famille que nous avons créée, j’interroge notre difficulté à nous détacher de cette colonie, et ce qu’elle raconte de nos familles cabossées.
Pour moi qui viens de la fiction, l’expérience du documentaire a d’abord semblé libératrice : car si une fiction ne peut se tourner sans scénario, pour un documentaire, il suffisait de filmer le réel, et le film se trouverait au montage - du moins, c’était ce que je croyais. Cela fait plusieurs années que je filme cette colonie de vacances sur le vif, poussée par l’intuition qu’il y a là matière à un documentaire, mais sans avoir au préalable réfléchi au film et à son sujet.
Aujourd’hui, je veux cesser de tourner à l’aveuglette. J’ai besoin de visionner l’immense quantité de rushes que je possède, puis d’écrire. Ensuite seulement, je pourrai définir ce qui me manque, et cesser de tourner autre chose que le film que je suis en train de faire aujourd’hui.
Je ne manque pas de matière, mais je manque de temps, et l’aide au Parcours d’Auteur me donne le luxe de pouvoir le prendre. Cette aide précieuse me permet de vivre le moment charnière du passage au documentaire dans les meilleures conditions possibles. »

Joachim Hérissé

Parrainé par Zaven Najjar

« Mon travail de cinéaste est ancré sur le besoin de mettre la matière au cœur des écritures du cinéma d’animation volume. Cette quête me mène à collaborer avec des artistes plasticiens dont le travail entre profondément en échos avec mes histoires.

J’ai ainsi eu le plaisir de collaborer avec Aline Bordereau qui a créé les sculptures textiles des personnages de mes deux court-métrages, premiers chapitres d’un projet de série, une collection de contes macabre axés sur les angoisses liées aux corps.

Je développe également un projet de long métrage en animation marionnettes de terre crue et cuite.
Dans ma quête de matière dans mes écriture, la glaise est venue à moi comme une évidence car je suis né et ai grandi sur une terre d’argile où depuis des générations mes ancêtres ont travaillé à la fabrication de poteries et de briques. C’est la rencontre entre une envie de confronter les états cru et cuit de l’argile et un besoin de raconter - à travers un conte fantastique- l’industrialisation de ma terre d’origine qui a fait naître ce projet de long-métrage en animation de marionnettes de terre crue et cuite, cette fois-ci en collaboration avec l’artiste céramiste Sonia Grandame.

L’aide au Parcours d’auteur est déterminante pour mon travail car elle me conforte définitivement dans ma quête d’intégration de la matière dans les écritures du cinéma d’animation volume et me permet le temps d’expérimentation sur mes projets de série et de long-métrage.

Cette aide me permet également d’envisager des collaborations avec de nouveaux plasticiens afin d’explorer un vaste monde de matières qui racontent : glaise, bois, pierre, osier, papier, métal, ardoise, déchets, laine… »

Altinaï Petrovitch-Njegosh

Parrainage collectif

« « On galérait toujours pour trouver 5 francs dans la maison pour s'acheter des bonbons, alors que dans ma tête, une princesse, c'est riche dans des beaux palais et tout... »

Cette citation est de moi à 12 ans, lorsque j'ai découvert avec stupeur que je suis la princesse royale du Monténégro, un petit pays confiné au cœur des Balkans dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Pas de château, un pays en guerre, un père baba cool, une mère marocaine, un puzzle identitaire tragique et l'énigme d'un pays étranger où je suis une légende malgré moi.

Road-movie pour découvrir le secret de mes origines. Un film où s'entremêlent la petite et la grande histoire dans une autofiction rocambolesque sur les routes dangereuses de la Montagne Noire.

Après une longue période de précarité suite à mon divorce, je reprends le fil(m) de ma vie. Je remercie les membres de la commission Parcours d'auteur qui ont entendu mon cri de cinéma, m'ont fait confiance et me donnent la force et les moyens de me consacrer pleinement à mon projet. Je vais pouvoir inverser l'équation (travailler le jour pour survivre, écrire la nuit pour exister), me plonger dans l'écriture avec mon scénariste et passer les vitesses pour être à l'heure à ma slava/fiesta, le grand final de mon film, armée d'une caméra pour combattre le dragon du patriarcat. »

Bertrand Meunier

Parrainage collectif

« Depuis la fin des années 1990, je développe un travail photographique qui documente le monde depuis ses marges, ses angles morts. Je privilégie des approches très longues qui, libérées des contraintes d’immédiateté du photoreportage, m’amènent à un rapport plus complexe au monde. Membre du collectif Tendance Floue, s’il m’arrive d’aborder des sujets d’actualité, c’est en décalant le regard et la temporalité, en acceptant la fragilité des images. Il me faut, par exemple, un terrain photographique de 20 longues années pour documenter et commencer à comprendre les zones périphériques de l’hexagone (Je suis d’ici ). Cette façon de travailler produit pour moi un dépaysement permanent : que je sois à l’autre bout de la planète ( Je crus trouver cet autre chose, Curauma…) ou au plus proche de mon quotidien ( L’homme éloigné, Le refuge ), c’est par le temps long et la patience que ce réel que je crois connaître se révèle profondément étranger. Mon attachement à représenter les points aveugles de la société, ces endroits où l’on ne va pas, se concrétise, pour moi, véritablement en Chine. Dans les années 1990, j’entreprends en effet un travail photographique long et minutieux, attentif aux mutations sociales en cours après la disparition de Deng Xiaoping. Je choisis de m’intéresser aux lieux de l’effondrement de l’industrie étatique chinoise, où des millions de personnes se trouvent alors brutalement mises au chômage. J’y consacrerai deux décennies ( Erased , EXB éditions ). C’est par le son que c’est arrivé. C’est d’abord par le son, que le cinéma s’est affirmé comme une évidence dans mon parcours. Par la capacité du son à porter certaines choses, que les images ne peuvent pas exprimer. Par la durée qu’il inscrit. Après un premier long métrage documentaire « Conversations », tourné à la Maison Centrale de Poissy, voici le « Réseau Psy – Psychesch Hëllef Dobaussen », un lieu d’accueil pour psychotiques, en milieu ouvert. Ici, à Esch-sur-Alzette, ancienne ville minière et métallurgique du Luxembourg, on met des appartements à disposition des personnes atteintes de maladies mentales. On leur donne libre accès à des lieux d’accueil, cantines, ateliers divers. C’est un accueil sans enfermement. Une philosophie du soin de la personne et pas de la maladie. Une oasis. Les usagers de ce dispositif m’accueillent. Ils me laissent photographier leur quotidien. Avec eux, toutes les deux semaines, je mets en place des « ateliers ». On y dessine, discute, écrit, fait du collage. Avec eux, je pars en vacances. Avec eux, je tisse des liens très forts. Une confiance s’établit entre nous, au milieu de ce no man’s land qu’est la psychiatrie. Je reste quant à moi plus de deux ans en immersion dans ce centre ouvert de santé mentale. La confiance est là. Chacun peut s’exprimer, participer et créer à sa manière. Tout est horizontal. La parole est libre. Petit à petit, les choses se mettent en place. On rentre parfois dans la confidence. On est juste ensemble, sur le fil, et je crois qu’on est bien. Un livre est né de ce travail (Funambules, Loco éditions ) mais puisque la photo n’avait pas tout dit, je n’ai pas eu envie de partir. Nous avons alors commencé à imaginer, ensemble, un film qui se « tisserait » à partir de la pratique des podcasts. Manière d’aborder l’institution psychiatrique à l’envers des représentations habituelles. L’altérité radicale des psychotiques renversée. C’est eux — le « comité éditorial » — qui tendent le micro. C’est eux, qui installent l’autre devant le micro du podcast. La société civile invitée par les psychotiques. Ensemble et grâce à l’aide de Parcours d’Auteur, nous construirons notre dispositif. Qui, comme tout dispositif, trouvera sans doute sa limite, brisera son mur — et c’est tant mieux. Dans une sorte d’hétérotopie, en un lieu hors du monde, dans une petite maison dans la nature, dans ce que les Luxembourgeois appellent un « chalet ». Là, nous pourrions non seulement accueillir nos invité.e.s et enregistrer les podcasts, mais aussi vivre ensemble notre quotidien : cuisiner, se taire, se promener en forêt, jouer aux cartes. De ces temps réguliers de résidence, je ramènerai la matière nécessaire à la constitution d’un dossier et à l’assemblage d’une sélection de rushes, qui me permettront de trouver des partenaires pour ce projet au long cours. Je filmerai donc les échanges podcastés entre fous et non-fous. Et je garderai traces de ce quotidien hors du monde, de ces temps de suspension. Dans le chalet : quand ça papote, quand ça ne papote plus, quand ça délire et quand ça ne délire pas, quand ça se tait aussi. Et puis hors du chalet : le vent au-dehors, les ronds tracés dans la forêt, le temps passé au bord de la rivière… Le temps d’appréhender l’espace et la manière dont les corps habitent l’espace, mais aussi la lumière et la couleur quand mon film attrapera les variétés des carnations, des boiseries, des cieux, des yeux, des eaux et de la flore. Le temps de la construction de la confiance, également. Le temps nécessaire à l’établissement d’un jeu libre et consenti par tous. Le temps d’inventer le film à venir, de tout réinventer, oui, parce que la pratique de la photographie n’a rien à voir avec celle du cinéma. »

Alexis Langlois & Nana Benamer

Binôme parrainé par Laurent Lunetta

« Dans le monde d’aujourd’hui, où les discours et les images racistes, xénophobes et queerphobes tentent d’empoisonner nos esprits et nos imaginaires, je suis certain.e qu’on se doit de réaliser des images et des récits oniriques, flamboyants et révoltés. Depuis plusieurs années, je suis obsédé.e par l’idée de réaliser des projets de manière plus spontanée et légère, comme je le faisais pour mes films autoproduits. C’est pourquoi j’ai imaginé une société de production, ou plutôt une coopérative de production : LA NICHE.
L’idée serait de travailler dans une économie différente, où l’on pourrait produire et tourner vite, avec moins d’argent que pour un long “classique”. Réaliser des queersploitations comme les films d’exploitation des 70’s. Cette économie plus légère permettrait d’aller plus loin dans la recherche formelle et narrative.
Je travaille actuellement sur deux projets qui seront réalisés au sein de cette structure. 

FRANCE MITRAILLE
Long-métrage de fiction
Écrit par Nana Benamer et Alexis Langlois,
Réalisé par Alexis Langlois

FRANCE MITRAILLE raconte l'histoire de de Kalthoum, une trentenaire paumée et border, qui, pour ne pas être radiée de France Travail et perdre ses indemnités chômage, doit accepter tous les jobs absurdes qu'on lui propose. Après avoir malencontreusement assassiner le patron du restaurant Au pied de Porc, Kalthoum se rend compte que la police, un poil teubé, part à la recherche d'une autre personne, son deadname. Elle comprend alors qu'incognita, en acceptant un max de bullshit jobs, elle va enfin pouvoir se venger de ceux qui l'ont humilié toute sa vie...  

Françoise.s ou À la recherche du paf perdu 
Long-métrage documentaire 
Avec François Sagat
Réalisé par Alexis Langlois

Dans son appartement bordelais, François me raconte sa vie de star du porno, à la grande époque des Studios TITANMEN. Il me confie qu’au début des années 2000 sa popularité était telle que le studio avait commercialisé des sex toys de son cul et de son paf. Mais ce dernier n’a même pas eu la délicatesse de lui en donner un exemplaire, et François s’est visiblement fait arnaquer sur les royalties. Nous recherchons donc les fameux objets sur internet. Lorsque nous trouvons enfin son paf, François tombe dans des abîmes d’angoisse. Est-ce qu’il est devenu un objet en solde sur internet ? Un corps que personne ne veut plus voir ?
François va alors me conter son ascension et comment l’industrie du porno, comme celle du cinéma, broie ses stars... Par pudeur, et goût du drame, François va se dévoiler à travers les scènes de films de ses divas préférés dont les destins flamboyants et tragiques rappellent sa propre histoire. »

Eva Pervolovici

Marrainée par Leyla Bouzid

« Je suis née sous une dictature, ce qui a indéniablement façonné mon imaginaire et, plus tard, mon rapport à la mise en scène. Jusqu’à mes cinq ans, les seules représentations audiovisuelles auxquelles j’avais accès étaient les images de la propagande. J’ai façonné mon imaginaire en écoutant des contes de fées sur vinyle et en mettant des images sur les voix des acteurs roumains d’époque.
Une fois adulte, j’ai assez vite compris que, pour faire mes films, je devais quitter mon pays, car je suis attirée par un cinéma de l’intime, au plus proche des femmes, qui ne trouvait pas sa place dans le paysage cinématographique roumain de la fin des années 2000. Après un premier film de fiction, Marussia, présenté au festival de Berlin, j’ai senti le besoin de mieux comprendre d’où je suis partie, d’approfondir les facettes sombres de l’histoire récente de mon pays, de la dictature, du pogrom, à travers des films documentaires.
Aujourd’hui, mon désir le plus profond est de revenir à la fiction. Mais ce n’est pas une chose facile. Cela me semble être une montagne à gravir, chemin pour lequel j’ai besoin d’être bien accompagnée et soutenue.
Au cœur de mon travail s’articule la question de l’exil, de la parentalité et du genre – c’est un nœud que je me force à résoudre depuis le début – et c’est justement cette question de parentalité et de genre que j’aimerais approfondir davantage, sous des formes nouvelles. Car pour moi, la parentalité n’est pas seulement une problématique personnelle, mais géopolitique. Mon multiculturalisme va m’aider à tendre un miroir à la France – à en percevoir les frictions et les dynamiques qui se mettent en place aujourd’hui, du point de vue d’une étrangère. Les deux projets que je présente à l’Aide au Parcours d’auteur représentent deux facettes de la parentalité, une féminine et l’autre masculine, entre la Roumanie et la France, entre passé et présent, des quêtes personnelles où la famille est mise à l’épreuve de l’Histoire, sur fond de montée des extrêmes. »

Minh Quý Truong

Parrainé par Maxence Stamatiadis

« Le Passage de Vénus marquera pour moi une première : tourner un long métrage en France avec une équipe française, dont le rythme de travail, les interactions et le modus operandi différeront sans aucun doute sensiblement de mes expériences précédentes au Vietnam. L’écriture et le processus de développement du film m’amènent à voyager et à relier deux mondes : Huế (Vietnam), ville natale de mes personnages, et l’île de La Réunion. Il m’est indispensable de passer du temps à La Réunion pour aller à la rencontre de la communauté locale, mener des recherches, effectuer des repérages et, simplement, déambuler : m’imprégner de l’environnement et m’y adapter. Autant d’étapes qui nécessitent des ressources financières et des moyens adéquats. En tant que film d’époque, ce projet exige des recherches approfondies et la consultation d’experts en histoire indochinoise et réunionnaise, ainsi que des travaux de documentation plus spécifiques portant sur les costumes, la gastronomie, l’architecture, les usages linguistiques (créole réunionnais, français du début du XXe siècle, vietnamien de cour), les formes d’écriture (correspondances, archives) ou encore les débuts de la radio. Par ailleurs, le casting s’étendra sur la Réunion, la France hexagonale et le Vietnam.
À l’approche de la réalisation de ce film, j’ai le sentiment de me trouver à un moment de transition artistique. Je suis convaincu que l’Aide au Parcours d’auteur constituera un soutien essentiel pour m’accompagner dans ce tournant ambitieux de mon parcours de cinéaste. »

Ombline Ley

Parrainage collectif

« Je travaille à mi-chemin entre le faux et le vrai depuis toujours. Le mockumentaire m'a permis de glisser vers la fiction avec peu de moyens, en détournant le réel. J'ai beaucoup travaillé avec des non-acteurs, avant de me former au jeu scénique au Samovar, à la narration complexe au CEEA, et de diriger pour la première fois des comédiens de formation au conservatoire de Pantin. Tout ça a convergé vers une envie claire : un premier film de fiction, choral, ancré dans un territoire réel. Le projet se passe à Crévoux, une petite station de ski des Hautes-Alpes dont la fermeture est imminente, où on collecte des histoires depuis des années avec mon co-auteur Quentin Coulon. Ce qui me manque, c'est le temps d'écrire — scénario, dialogues, structure narrative. Le tournage au Japon l'a rendu concret : sans ce travail en amont, le montage rattrape ce qui aurait dû être pensé avant. C'est ce temps-là que l'Aide au Parcours d'auteur rendrait possible.
En parallèle, je développe une série audio autour d'une amie croque-mort, qui a monté sa propre coopérative entièrement gérée par des femmes. Une création sonore hybride, entre gore et comédie noire — sa façon de parler de la mort avec clarté et humour de survie transforme des choses insoutenables en quelque chose de réconfortant. Le son est le seul médium qui permette d'aller là sans voyeurisme. Les deux projets ont des temporalités très différentes, mais partagent la même obsession : cette zone trouble où le réel devient matière à fiction. »

Holy Fatma

Marrainée par Yasmine Benkiran

« Après avoir réalisé plusieurs formats courts de fiction et de documentaire, je suis enfin prête à me plonger corps et âme dans mon premier long-métrage « Zahra et les morts » ou l’histoire d’une jeune fille qui va dans le monde des morts pour retrouver son père.
J’avais vingt ans quand j’ai perdu le mien d’une crise cardiaque. Après avoir rapatrié son corps en Algérie, je n’ai pas pu assister à l’enterrement sous prétexte que j’étais une…femme. Privée de rituel, je n’ai jamais vraiment pu faire mon deuil. Mon film est une tentative de réparation. Mais pas seulement. Malgré un long travail en sélection annuelle au Groupe Ouest, il m’a fallu plusieurs années avant de comprendre ce que je voulais réellement raconter. 
Aujourd’hui, ma vision est claire : ce film c’est surtout l’histoire d’une fille qui va chez les morts pour retrouver l’envie de vivre. Un conte onirique ancré dans un monde arabe influencé par Disney, Pixar et Tim Burton. 
L’obtention de cette bourse va non seulement me permettre de développer une trame et des personnages dans une liberté totale mais aussi de faire des recherches pointues sur le surnaturel dans le monde arabe. Mon but étant de m’inspirer d’éléments symboliques pour nourrir le récit. Djinn, mauvais œil, main de Fatma, la culture orientale regorge de croyances qui fera de mon film une aventure originale et percutante. »

René Ballesteros

Marrainé par Louise Hémon

« Depuis le début, même avant de faire des films, je me suis toujours intéressé à la même chose : les fractures dans les familles et l’enfance, en essayant d’aller vers la subjectivité des personnages … Avant de venir étudier le cinéma en France, j’ai travaillé comme psychologue avec des enfants de la rue, dans ce qui était un programme expérimental au sud du Chili, entre le Samu social et l’ASE. Ensuite, je me suis dit que je voulais faire autre chose de ma vie, je voulais faire des films, faire du cinéma. Mais quels films ? Je ne le savais pas. Je suis venu en France. Dans mon premier documentaire, je retrouve les traces de ma mère, presque 30 ans après l’abandon et sa disparition au Venezuela. Mon deuxième documentaire se passe dans une prison pour adolescents, avec des jeunes assaillis par des cauchemars récurrents.  Mon troisième film est autour des adultes adoptés qui retrouvent les traces de leur pays d’origine, le Chili, en suivant la piste des rêves et cauchemars, un film collé à leur subjectivité, jusqu’à la douleur. Après ces trois films et quelques scénarios, j’ai compris -j’ai assumé- l’axe de ce qui m’a traversé bien avant de faire des documentaires et bien avant d'avoir travaillé comme psychologue.
Les deux films soutenus par la bourse me permettront de poursuivre cette exploration autour de l’attachement et le détachement, des troubles de la filiation. Mais en allant vers la fiction, avec un film en France et l’autre au Chili. Dans “La maison des rêves” un femme migrante et son enfant de 7 ans trouvent refuge dans un entrepôt de matelas, dans la périphérie de Nantes. Mais elle est exploitée, elle est piégée dans un réseau de traite de femmes. Pour survivre, elle commence à se couper d'elle-même, glisse vers la psychose... Son fils, il passe son temps à dormir dans le magasin de matelas… Alors, la mère tombe enceinte à nouveau. “Le mouton rose” prend comme point de départ l’expérience de ma tante adoptive, une femme Mapuche que, lors de son enfance, aux années 50, avait été “louée”, réduite en esclavage. Une femme de 80 ans commence à faire les mêmes rêves qu’elle avait enfant : mais, enfant, elle n’avait personne à qui raconter ses rêves. Entre animisme dans le peuple Mapuche et une exploration des générations connectés à travers les rêves, cette femme tente de se retrouver avant de mourir. »