Dans les coulisses du tournage de « The Serpent Queen »

Dans les coulisses du tournage de « The Serpent Queen »

10 février 2023
Séries et TV
« The Serpent Queen ».
« The Serpent Queen ». Lionsgate +/Starzplay

La première saison de la série américaine, consacrée au règne de Catherine de Médicis, a été tournée en France. À l’occasion de Paris Images, et alors que la deuxième saison est en préparation, son producteur exécutif, John Bernard (Peninsula Film), revient sur la manière dont a été recréée cette période faste à l’écran. Un travail qui a mêlé effets visuels, tournage en studio et en décors naturels.


Quelle est votre fonction sur The Serpent Queen ?

Je suis producteur exécutif sur des tournages anglo-saxons en France. Dans ce cadre, je m’occupe de toute la prestation de service sur le territoire. Et ma compagnie gère également la comptabilité, les autorisations de tournage, ainsi que la mise en place du matériel.

La série est tournée en France, mais utilise de nombreux effets visuels, notamment pour la reconstitution historique. Comment avez-vous établi leur budget ?

On est actuellement en préparation de la deuxième saison. Et notre expérience sur la première nous a simplifié la vie. On a des repérages techniques la semaine prochaine, et les prises de vues doivent commencer fin février. Mais on a pu s’appuyer sur ce qu’on avait déjà fait pour la première saison : un cahier des charges très précis à partir des demandes que l’on avait eu au moment du scénario et pour le tournage. Ces requêtes nous ont permis d’avoir une vision précise de ce qu’il fallait mettre à disposition de l’équipe et surtout de budgéter tous les effets visuels.

Concrètement, au niveau de la production, comment se passe la réalisation des effets visuels ?

On travaille essentiellement avec des entreprises françaises spécialisées dans les effets numériques.

Quelle différence voyez-vous entre la création d’effets visuels en France et dans les pays anglo-saxons ?

Pour la qualité du travail, il n’y en a pas. En France, le niveau est très élevé. C’est pour cela qu’on vient directement sur le territoire pour les réaliser. Mais travailler en France nous fait surtout gagner du temps et de l’énergie : nous tournons et réalisons les effets sur les mêmes lieux, ce qui nous permet d’avoir une forte intégration entre le travail de plateau et le travail numérique qui vient après. L’échange d’informations est beaucoup plus fluide que si nous avions choisi de délocaliser les VFX. Évidemment, c’est aussi intéressant d’un point de vue économique, puisque l’on récupère 40 % du crédit d’impôt après le tournage sur les dépenses que l’on effectue ici – à condition bien sûr de remplir certaines obligations.

Est-ce si dur de recréer la période du XVIe siècle à l’écran ?

En France, vous avez un patrimoine extraordinaire. Il reste encore beaucoup d’éléments de cette période, et notamment les monuments historiques. C’est le plus important pour nous ! Pour notre équipe, trouver le bon lieu, le bon décor, est un travail de fond. Mais pour réussir à montrer ce que l’on veut, nous sommes obligés de tourner en studio et en décors naturels.

Sur les projets pour lesquels je travaille en France, aucun n’est tourné intégralement en studio. Aucun. On vient ici pour utiliser et mettre en valeur le patrimoine du pays.

Justement, comment s’est déroulé le tournage en extérieur ?

Si on s’y prépare bien, ce n’est pas très compliqué, surtout quand on voit les monuments et le paysage français ! Au moment du tournage, toute l’équipe s’est passionnée pour l’histoire française. (Rires.) La vraie difficulté, ce sont surtout les autorisations : certaines demandes peuvent parfois être assez spécifiques, mais on arrive en général à obtenir ce que l’on souhaite. Au fond, le tournage en extérieur n’est pas si différent du studio. Au fil de la production, on prend conscience que la série a besoin d’un artisanat particulier, on est donc obligés de retravailler et de s’adapter continuellement.

Et le tournage en studio ?

Je dis souvent que lorsque l’on tourne en studio, on est à l’intérieur d’une boîte noire dans laquelle il n’y a rien…

Vous avez donc toujours besoin des extérieurs…

Sur les projets pour lesquels je travaille en France, aucun n’est tourné intégralement en studio. Aucun. On vient ici pour utiliser et mettre en valeur le patrimoine du pays. Et puis, n’oubliez pas qu’il y a également de très bons acteurs en France, ce qui est très important pour les grosses productions. On recrute énormément de personnes directement sur place. Par ailleurs, la valorisation financière par rapport à ce que l’on tourne en France n’est pas inintéressante. Les Français s’intéressent au tournage, ce qui permet d’avoir des retombées médiatiques.

 

C’est finalement très vertueux…

Oui. On paye pour pouvoir utiliser ces lieux, et du coup, on investit dans la préservation des monuments historiques. Nos tournages permettent d’aider à l’entretien et à la survie de beaucoup d’endroits. On essaye aussi, au maximum, d’être impliqués avec les sociétés locales et d’embaucher des gens sur place. Cet esprit de partenariat est important quand on travaille sur de gros projets. On essaye de collaborer avec des régions qui méritent d’être soutenues. J’ai fait beaucoup de tournages hors saison dans certains endroits de France. Ce sont souvent des lieux plutôt calmes durant l’hiver. En allant tourner sur place, avec une grosse équipe, on fait travailler les hôtels et les restaurants. En 2020, pendant le tournage du Dernier Duel de Ridley Scott, en Dordogne, on a sollicité la région en donnant du travail aux restaurateurs et aux hôtels durant une période où ils font habituellement peu de chiffre d’affaires.

On investit dans la préservation des monuments historiques. Nos tournages permettent d’aider à l’entretien et à la survie de beaucoup d’endroits. On essaye aussi, au maximum, d’être impliqués avec les sociétés locales et d’embaucher des gens sur place. Cet esprit de partenariat est important quand on travaille sur de gros projets.

Et comment s’organise le reste de l’équipe ? Je pense en particulier aux membres qui ne sont pas français ?

Notre savoir-faire, c’est de mettre en valeur le maximum de moyens hexagonaux. On a donc très peu de gens étrangers. Sur The Serpent Queen, seulement une petite dizaine de personnes viennent des États-Unis et du Royaume-Uni, en comptant les techniciens. Elles restent un certain temps sur place, et ont donc besoin de permis de travail et de visas. C’est un détail qui nécessite un processus administratif important, qui est énormément soutenu par le CNC. Les tournages permettent de faire rentrer des fonds en France. C’est quelque chose d’instinctif, qui devient encore plus intéressant avec le C2I (crédit d’impôt international), qui est un véritable outil de travail financier à l’intérieur de la France.

Pour The Serpent Queen, vous tournez, entre autres, en région Centre-Val de Loire : filmer en dehors de Paris est-il particulièrement compliqué ?

Les problématiques entre un tournage à Paris et dans les autres régions sont différentes. Mais je ne dirais pas que tourner à Paris est plus simple. C’est même parfois beaucoup plus compliqué quand on est sur la capitale. En tout cas, je ne me dis jamais « Allons tourner à Paris, ce sera plus facile ! » (Rires.)

Vous bénéficiez maintenant depuis plusieurs années du C2I. Quelle relation entretenez-vous avec le CNC ?

On travaille main dans la main. J’ai fait partie de la commission du conseil d’administration de Film France, la commission du film aujourd’hui intégrée au CNC. J’essaye de travailler autant que je peux avec la France. La relation se passe très bien avec mes confrères anglo-saxons. On a un partage d’informations, de chiffres et d’idées qui est très fort. C’est toujours un plaisir.

Provence Studios (Martigues) a accueilli les tournages en studio de la série. Les VFX ont été réalisés par les sociétés Trimaran, Mac Guff, MPC (Mikros) et Digital District.