Fabrice Gobert : « Dans Mytho, la forme devait raconter beaucoup de choses »

Fabrice Gobert : « Dans Mytho, la forme devait raconter beaucoup de choses »

12 octobre 2019
Séries et fictions TV
Mytho
Mytho Unité de production-Arte France
Après Les Revenants, le réalisateur Fabrice Gobert revient à la série sur Arte avec Mytho. L’histoire d’une mère et épouse dévouée, Elvira (Marina Hands), qui se sent de plus en plus transparente aux yeux des siens. Après s'être découvert une grosseur bénigne au sein, elle décide de mentir à sa famille et de leur annoncer qu'elle a un cancer. Un mensonge qui va totalement changer sa vie et lui apporter l'amour et l'attention qu'elle espérait depuis si longtemps. Mais feindre la maladie s'avère plus lourd à porter que prévu… Mytho mélange habilement les genres et dresse un portrait à la fois sévère et bienveillant de la classe moyenne murée dans des lotissements de banlieue inquiétants. Rencontre.

Vous êtes co-créateur de Mytho avec la romancière et scénariste Anne Berest, et réalisateur de tous les épisodes. Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?

Avec Les Revenants, j'ai connu cette période où on écrit, on réécrit et on ne sait jamais si les choses vont finir par se faire. Sur Mytho, tout existait déjà. J'ai trouvé le point de départ vraiment formidable, l’idée de cette femme qui n'en peut plus de sa vie et qui décide de mentir. Je me demandais comment ça allait se développer dans les scénarios, mais je pensais qu'à un moment ça allait forcément retomber, ce qui est souvent le cas pour les idées super. Sauf que ça n’a pas été le cas. J'ai adoré les scénarios, j'ai d’ailleurs tout lu d'une traite. J’avais envie de savoir comment les personnages allaient évoluer, comment l'histoire allait se développer. Je n’en revenais pas car après le succès des Revenants, on ne me proposait que des choses à tendance fantastique et assez lourdes, sombres, graves, tristes, déprimantes... Là, c'était presque drôle, et je ne comprenais pas pourquoi on venait vers moi avec un tel projet ! J'ai tellement de chance qu'on me propose quelque chose que j'aime et qui n'a rien à voir avec Les Revenants.

C’est effectivement très différent, Mytho se niche entre le drame et la comédie.

Oui, et c’est très rare en France, finalement. Je ne voulais pas d’une série naturaliste. Ce qui m’intéressait, c’était d’être concentré sur les personnages et qu’il puisse y avoir des situations extrêmement romanesques. Tout ce que j’aime, quoi ! J'adorais le ton, l'écriture, la proposition… Et donc je n'ai pas mis longtemps à dire oui. On s'est rencontré avec le producteur Bruno Nahon et Anne Berest, et on a tout de suite parlé le même langage. Les scénarios d'Anne étaient très précis. Pour l’un des épisodes, elle allait jusqu’à écrire comment certains plans allaient être tournés. Il y avait un lien YouTube pour voir ce qu'elle avait en tête. Ce qui peut être un peu perturbant en tant que réalisateur, c'est mon travail quand même ! Mais c'était très délicat, et ça précisait en fait cette idée que s'il y avait des dialogues formidables, la forme devait aussi raconter beaucoup de choses. Ça m’a tout de suite parlé. Ensuite, on s'est vus régulièrement, pour travailler ensemble.

Pourquoi avoir choisi Marina Hands pour le rôle principal ?

J'avais très envie de travailler avec elle depuis longtemps. Je lui avais d'ailleurs déjà fait une proposition à l’époque, mais elle a peur des fantômes ! Je sentais qu'elle était susceptible d’incarner l'Elvira que je voyais écrite et qu'on fantasmait tous. Un personnage capable d'être extrêmement sombre et en même temps de basculer vers quelque chose de plus léger et surprenant. On a pris un café, je lui ai parlé de la série et il est devenu évident que c'était elle. Avec Bruno et Anne, on a beaucoup échangé sur le casting car on savait à quel point c'était important pour la série. Mais Marina a fait l’unanimité, on savait qu’elle serait fantastique, ce qui a été le cas. Donc on a donc choisi Elvira en premier, puis tous les autres personnages.

Visuellement, la série est assez unique puisqu’elle mélange l’esthétique des banlieues pavillonnaires françaises et celle des lotissements américains.

Le plus étonnant, c'est que ce domaine existe vraiment. Il est à Lésigny, en Seine-et-Marne, et a été construit dans les années 70 ou 80. C'était un parfait miroir de la façon dont on fantasmait les États-Unis et les banlieues à l'époque. Ce n'est pas si fréquent de trouver des domaines pavillonnaires avec la pelouse devant, à l'américaine. En France, on aime mettre des grillages, rester bien chez soi. Les Américains sont plus ouverts. Il y avait quelque chose d'évident dans ce domaine totalement français et en même temps de l'ordre de la fiction, où potentiellement tout peut arriver. C'est un endroit où on peut vite basculer du familier à l’étrange. J’ai beaucoup pensé à David Lynch, ou à ce qu’a fait David Robert Mitchell avec It Follows. J’adore leur façon de filmer les zones pavillonnaires. On a envie de fuir immédiatement.

La musique a une grande place dans la série. En avez-vous discuté avec les acteurs ?

Depuis longtemps, j’aime faire une sorte de playlist qui correspond à ce que j'imagine que le personnage peut écouter. Donc chaque acteur en avait chacun une, et je me suis dit qu'à un moment où un autre dans les épisodes, il y aurait un morceau qui corresponde à l'univers musical de chacun. Et lentement, vers les derniers épisodes, on laisse les chansons de côté et pour basculer sur du score, parce que les choses deviennent plus dramatiques. L’évolution de la mise en scène passe beaucoup par la musique.

Y aura-t-il une saison 2 de Mytho ?

Oui, d’ailleurs elle était prévue pratiquement dès le début. L'idée que ça puisse se terminer à la fin de l'épisode 6 était dans l'air, et j'ai dit non : je voulais qu'on continue à voir vivre ces gens, à les regarder se débattre avec leurs problèmes. Je trouvais ça passionnant. C'est vraiment une série au long cours, qui a été imaginée comme ça.

Mytho, 6x45 minutes, diffusion sur Arte les jeudis 10 et 17 octobre à 20 h 55. Disponible en intégralité sur arte.tv du 3 au 31 octobre. La série a été soutenue par le CNC.