Fanny Herrero : « Avec Drôle, je raconte encore les coulisses de quelque chose »

Fanny Herrero : « Avec Drôle, je raconte encore les coulisses de quelque chose »

17 mars 2022
Séries et TV
La série « Drôle » de Fanny Herrero sort le 18 mars sur Netflix.
La série « Drôle » de Fanny Herrero sort le 18 mars sur Netflix. Mika Cotellon/Netflix
De retour avec une nouvelle série originale, la créatrice de Dix pour cent nous emmène cette fois dans les caves parisiennes pour explorer le monde du stand-up et ses jeunes talents venus de tous les horizons. Fanny Herrero nous explique comment cet univers fascinant, qu’elle ne connaissait pas, lui a redonné l’envie de raconter des histoires.

Comment repart-on avec une idée neuve, après avoir connu un succès planétaire, comme ce fut le cas avec Dix pour cent ?

Après avoir arrêté Dix pour cent, il s’est passé presque un an sans que j’écrive. J’avais une sorte de rejet de l’écriture. Je n’ai plus utilisé mon ordinateur, sauf pour mes mails. J’étais arrivée à saturation sur le plan artistique. J’ai pris du temps pour me ressourcer. Netflix est venu me chercher et m’a proposé de réfléchir tranquillement à un projet, sans pression de calendrier. Durant cette période, j’ai dîné avec Gad Elmaleh, qui m’a parlé de ce monde des Comedy Clubs. Il me disait que ça ferait un bon sujet de série et il m’a emmené voir un spectacle. C’était formidable et ça a été un déclencheur pour moi. J’ai eu envie de raconter ces gens, cet univers. On est encore dans les coulisses de quelque chose et ça me plaît. J’aime partir du réel.

J’ai travaillé avec des coauteurs venus du stand-up...

Pas de stars au casting cette fois. La troupe de Drôle est composée d’inconnus, qui ne viennent même pas du stand-up...

On parle peu du métier de directeur de casting, mais c’est un poste crucial sur une série comme celle-ci, où il faut recruter de jeunes têtes d’affiche peu connues, qui auront les épaules pour porter une série Netflix... Je dois avouer qu’on tremble un peu en choisissant. Mais Constance Demontoy, ma directrice de casting, les a trouvés et, avec les réalisateurs Farid Bentoumi et Bryan Marciano, on a travaillé de concert pour constituer ce petit ensemble. Dans une série chorale, il faut une alchimie entre les différents acteurs. Là, il fallait en plus qu’ils soient à l’aise sur une scène. On leur a fait jouer des séquences de stand-up durant le casting, pour repérer chez eux un flow, un charisme, quelque chose qui se dégageait. Ensuite, Shirley Souagnon a été leur coach stand-up durant le tournage. Parce que ce n’était pas du tout évident pour eux de se mettre derrière un micro et de balancer des vannes.

Comment écrit-on une série sur le stand-up, notamment les sketches joués sur scène ?

Déjà, il y a plus de scénarios que de sketches dans la série. Mais j’ai travaillé avec des coauteurs venus du stand-up, pour écrire ces moments de scène. J’ai pris de vraies plumes de stand-up pour que ce soit crédible. Surtout, je voulais que ce soit bon. Fanny Ruwet, Jason Brokerss, Thomas Wiesel et Shirley Souagnon ont ainsi collaboré à la série, mais on ne les a pas assignés à un personnage. Le plus dur fut d’écrire des vannes médiocres, des sketches pas ou peu drôles. Pour cela, il a fallu qu’ils comprennent qu’ils n’écrivaient pas pour eux mais pour de la fiction. L’exercice était délicat car chaque moment de stand-up fait sens dans le scénario. Hormis les passages avec nos guests, comme Hakim Jemili ou Panayotis Pascot, où l’on s’est fait plaisir, aucun n’est gratuit. Chacune de ces séquences arrive à un moment précis de l’histoire et raconte quelque chose sur nos personnages, en créant une situation, une dramaturgie. On fouille la psyché des humoristes, leur parcours, leurs familles. Créer ces portraits, c’est ça qui m’intéresse dans la fiction et j’ai à nouveau travaillé les personnages avec une consultante psy, Violaine Bellet, qui collabore avec moi depuis Dix pour cent.

À chaque fois qu’ils montent sur scène, on a le cœur qui bat. 


Que cherche à dire la série sur le monde du stand-up ?

On explore les dessous d’une profession en plein essor en France. On montre que c’est un vrai boulot. Un vrai cheminement. Que ce sont des gens exigeants, qui cherchent, soupèsent le moindre mot, se nourrissent de leurs expériences personnelles. Des gens qui prennent sur eux pour monter sur scène, devant un micro, pour parler de choses qui leur sont arrivées, en quoi ils croient. À chaque fois qu’ils montent sur scène, on a le cœur qui bat. On a peur pour eux. On se demande ce qu’ils vont nous révéler. Ce qu’on va découvrir. Je trouvais ça beau à mettre en fiction. Cette série rend hommage à ce métier qui demande un vrai courage.

La comédie OCS Jeune et Golri avait aussi exploré, l’an dernier, cet univers des caves parisiennes. En quoi Drôle est-elle différente ?

J’ai beaucoup aimé Jeune et Golri. J’ai trouvé ça très frais, inventif. La petite bande d’Agnès Hurstel et Marie Papillon est vraiment super. Quand j’ai appris que cette série existait, j’étais en pleine écriture de Drôle et ce n’était pas très agréable de bosser en sachant qu’il y avait un projet parallèle qui traitait des mêmes thèmes. Mais j’ai été rassurée après l’avoir vue. Car au final, Jeune et Golri parle surtout de cette fille qui devient belle-mère. Le stand-up est à côté, ce n’est pas vraiment le sujet. Du coup, ça ne ressemble pas tellement à Drôle. On ne parle pas des mêmes thèmes et il y a clairement de la place pour les deux.

Vous étiez invitée au Festival Séries Mania l’an dernier pour parler de votre carrière. Drôle fait l’ouverture de l’édition 2022. La boucle est bouclée...

Oui, si l’on veut. Séries Mania avait décidé de faire une édition « spécial stand-up » en 2021 et forcément, c’était dommage pour nous question timing. Drôle n’était pas prête. On était en plein montage à ce moment-là, on ne pouvait pas concourir. Mais j’ai pu participer personnellement au festival, parler de la série, donner envie. Je suis très heureuse de pouvoir montrer aujourd’hui au public tout ce qu’on a teasé en septembre dernier.

Drôle

De Fanny Herrero
Avec Younès Boucif, Elsa Guedj, Mariama Gueye
Production : Netflix France
Musique : Yann Mace, Luc Leroy
Photographie : Guillaume Schiffman
Montage : Yann Malcor