Que change concrètement le genre « action » dans la fabrication d'une série, dès l'écriture ?
Sébastien Pavard : Nous voulions raconter une histoire d'amour, avec un homme prêt à tout pour sauver les siens et prouver son innocence. Nous n’avons donc pas construit l'histoire sur des scènes d'ction, mais développé une intrigue sur laquelle a été greffée l'action. Ces scènes demandent beaucoup de temps de tournage, sont chères et demandent de disposer de plus de moyens, ce qui n'est pas l'équation idéale pour la fiction télévisuelle. Il fallait donc être efficace, avec une écriture très précise et une préparation la plus longue possible.
La scène d'ouverture, où le héros saute du Pont-Neuf à Toulouse, a-t-elle été particulièrement lourde à produire ?
Sur toute la série, nous nous sommes appuyés sur un régleur cascade physique et sur un régleur cascade mécanique, et nous avons embauché environ une trentaine de cascadeurs et doublures sur trois mois et demi de tournage dont sept ou huit rien que pour la première semaine à Toulouse. Pour le saut du pont, nous avons fait une journée entière de répétition sans tourner. Résultat : nous avons tourné à peu près une minute par jour, alors que la moyenne d’une fiction télévisuelle classique est plutôt à cinq minutes par jour. Nous étions sur un rythme de cinéma. Il a fallu bloquer la place du Capitole, le Pont-Neuf et le quai de Tounis, puis fermer la navigation sur la Garonne pendant trois jours. Cette première séquence d'action a nécessité une semaine de tournage pour à peine cinq minutes à l’écran.
Une ouverture aussi coûteuse était-elle indispensable ?
Nous aurions pu la couper : l'histoire commence vraiment quand le héros revient vers les siens. Le directeur de production -et à peu près tout le monde- tentait d'ailleurs de me convaincre que le coût était trop élevé pour cinq minutes. Mais nous voulions une ouverture spectaculaire qui installe le rôle du personnage principal, avant d'entrer dans l’histoire.
Comment avez-vous préparé les scènes de combat ?
Nous avons storyboardé chaque scène, c'était impératif pour gagner du temps de tournage et être sûrs que l’action soit compréhensible à l'image. Pendant une semaine, nos cascadeurs ont chorégraphié les combats à Paris, en amont, avant de rejoindre le Sud. Ensuite, il y a eu trois à quatre jours de répétitions avec les comédiens sur place. Ce sont des journées où je n'ai pas de « film utile », pas de « pellicule », mais elles sont indispensables au résultat final.
Tomer Sisley a-t-il réalisé lui-même ses cascades ?
La plupart, oui. Quand il traverse une vitre à la fin du premier épisode, par exemple, c'est vraiment lui. Nous avons scindé la scène en deux : il passait la vitre et tombait sur un matelas, puis nous avons raccordé avec un cascadeur pour la chute sur le véhicule dont le toit a été modifié pour éviter un impact trop dur. Sur le gros accident de voiture, un cascadeur a tourné pour la majorité des prises, mais Tomer Sisley en a fait une lui-même. Et le saut du pont, c'est lui, sans doublure ! Il n'y avait aucune obligation contractuelle : nous lui proposions, il choisissait de le faire ou non. Mais forcément, ça apporte du réalisme et de la crédibilité à l'image.
Quelle préparation physique lui avez-vous demandé ?
Tomer Sisley sortait du tournage de GIGN pour Netflix, pour lequel il s'était déjà beaucoup préparé physiquement. Pour notre série, il s'est encore entraîné pendant trois mois avant le tournage. Puis, pendant le tournage lui-même, il allait à la salle tous les jours après chaque journée de travail, durant deux heures sans exception, et il voyait un kinésithérapeute trois fois par semaine. Tout cela était pris en charge par la production.
Quel impact l’action a-t-elle eu sur les équipes et la logistique ?
Sur certaines journées, les équipes étaient presque doublées. Pour bloquer la place du Capitole, le Pont-Neuf ou la navigation sur la Garonne, nous avions besoin de vingt personnes supplémentaires uniquement pour la régie. Côté matériel aussi. Pour suivre une moto lancée à pleine vitesse, une simple voiture avec caméra se faisait distancer : nous avons dû louer une Porsche Cayenne pour sa puissance, et un petit véhicule très léger façon quad pour plus de mobilité. Pour la cascade en bateau, il fallait cinq bateaux au total : celui du combat, deux pour filmer depuis la Garonne, et les bateaux de sécurité de la SNSM avec des hommes-grenouilles. Nous avons quasiment recréé un petit port artificiel sur la Garonne.
Le temps de préparation en amont a-t-il lui aussi augmenté ?
Cela a presque doublé le temps de préparation habituel. Un adage de production dit « un mois de préparation, un mois de tournage » : là, pour trois mois et demi de tournage, nous avons eu environ cinq mois de préparation.

Comment concilier recherche du spectaculaire et impératifs de sécurité ?
Une fois les scènes chorégraphiées en amont, il y a un échange entre cascadeurs et comédiens pour déteminer ce que ces derniers sont capables de faire. Nous tournons toujours au rythme des comédiens et des cascadeurs, sans mettre de pression. Si une scène doit prendre plus de temps, nous le prenons. Les cascadeurs français sont extrêmement doués ; sur le rendu à l'image, c'est limpide. C'est le temps et la logistique qui sont considérablement alourdis.
Comment avez-vous choisi le réalisateur, Ivan Fegyveres ?
Il fallait quelqu'un d'aguerri à ce type de scène, capable d'apporter un vrai réalisme. Nous ne voulions pas de bagarre classique de série, mais quelque chose de quasi-cinématographique.
Le genre action change-t-il la façon de filmer, le choix des plans ?
Beaucoup. Pour le saut du pont, un cadreur a lui-même été câblé et a sauté avec l'acteur pour cadrer la chute en direct : un vrai cadreur-cascadeur ! Nous avons aussi multiplié les caméras : au lieu de deux, cela pouvait monter jusqu'à trois, quatre ou même cinq caméras. À cela s'ajoutaient des drones et des appareils photo, notamment pour les percussions de voiture, où une seule prise était possible pour des raisons de sécurité.
Quels nouveaux métiers avez-vous dû intégrer à l’équipe ?
Il n’y a pas des postes inédits, mais des équipes nettement plus importantes que sur un tournage classique. Un storyboarder, des cascadeurs, des doublures, un régleur cascade physique, un régleur cascade mécanique, un cadreur-cascadeur, un artificier pour le maniement des armes, et une régie beaucoup plus étoffée.
Des effets visuels ont-ils été ajoutés en post-production ?
Ponctuellement, comme cette explosion dans l'épisode 4 retravaillée grâce aux effets visuels, des flammes de pistolet, un peu de sang en plus. Mais globalement, tout a été tourné en conditions réelles : c'est l'un des derniers tournages réalisés sans intelligence artificielle.