« L’Opéra » sur OCS : les coulisses d’une institution française

« L’Opéra » sur OCS : les coulisses d’une institution française

22 septembre 2021
Séries et TV
L'Opéra - Copyright Victoria Production (Newen France) - Orange Studio
L'Opéra - Copyright Victoria Production (Newen France) - Orange Studio "L'Opéra"
Des bureaux de l’Opéra de Paris à la scène du Palais Garnier, Cécile Ducrocq raconte les coulisses d’une institution française qui est aussi le miroir de notre société. Jeux de pouvoirs, rivalités internes, rigueur du travail au sein d’un ballet, L’Opéra danse entre les thématiques avec grâce. Une série chorégraphiée avec minutie par la scénariste et réalisatrice.

L’épisode 1 commence par une scène de danse, en boîte de nuit. Tout un symbole...

Cette scène est venue d’une discussion avec les producteurs, qui me disaient qu’une série sur l’opéra faisait un peu poussiéreuse ! Mais moi, j’avais vu que les danseurs sont en réalité de gros fêtards. Ce sont des sportifs de haut niveau qui n’ont pas vraiment l’hygiène de vie de sportifs de haut niveau. Du coup, cette première scène permet de casser une certaine image d’Épinal de la danseuse étoile, on la voit évoluer et s’éclater, belle et sexy.

L’Opéra, c’est une série sur la danse, mais qui parle aussi de problématiques faisant écho à notre société ?

Oui, parce qu’on retrouve dans l’opéra toutes les problématiques du monde. Par exemple, la danseuse de 35 ans qu’on pousse vers la sortie parce qu’on trouve qu’elle n’a plus le niveau. Ou encore cette danseuse noire, qui arrive dans un milieu 100 % blanc, à qui on ouvre la porte mais à qui on dit aussi qu’elle ne pourra pas trouver de rôle...

 

D’où vous est venue cette envie de créer une série sur l’Opéra de Paris ?

Je ne viens pas de ce milieu. Mais j’aime beaucoup la danse, tous les types de danses. J’ai eu la chance de pouvoir aller à l’Opéra de Paris une ou deux fois. J’ai trouvé ça hallucinant. Quand la productrice, Florence Levard, m’a proposé d’écrire une série sur ce monde, ce qui m’a intéressé, c’est le fonctionnement de l’Opéra en tant qu’institution. Je venais du Bureau des légendes, où Éric Rochant traitait de l’espionnage par le biais d’une série de bureau. Ici, c’est la même approche. Il s’agissait de montrer un certain savoir-faire à la française, mélangé à une forme de rigidité très française aussi, sous la forme de ce qu’on appelle en série une « arène ».

On a un milieu clos, en ébullition, avec des gens qui sont en rivalité permanente, mais qui s’adorent ! Des gens qui, chaque année, s’opposent dans des concours de promotion interne. C’est vraiment une sorte de famille, qui s’aime, se déchire, et se retrouve sur scène.

Comment avez-vous préparé l’écriture de votre série ?

J’ai regardé pas mal de documentaires et notamment celui de Frederick Wiseman : La Danse, le ballet de l’Opéra de Paris (2009). C’est passionnant même s’il date un peu. Après, on a pu rencontrer des gens de l’Opéra à titre individuel, des techniciens, des danseurs, des régisseurs, des secrétaires... Tout ça, c’est une mine pour un scénariste. On ne cherche pas les grands secrets, parce qu’on les invente avec la fiction. Mais on a besoin de savoir concrètement comment se passe un simple cours de danse, ou même le fonctionnement interne du bureau.

La série montre le beau, mais n’hésite pas non plus à aborder les aspects plus négatifs de la danse classique pratiquée à un haut niveau...

Effectivement, il y a quand même cette violence que les danseurs s’infligent dans leurs corps. Comme tous les sportifs. À cette différence près que la danse doit représenter le beau ! Ça doit paraître naturel alors que la danse classique est quelque chose qui n’est pas du tout naturel pour le corps ! Ça abîme. Les danseurs partent à la retraite à 42 ans, pas toujours en bon état physiquement. Et en même temps, c’est sublime. Si j’ai voulu faire cette série sur l’Opéra de Paris, c’est aussi parce que j’ai découvert une institution magnifique. Ça vaut le coup, tout ça ! Quand on voit un spectacle de danse classique, c’est hallucinant de beauté, de technique. Il y a un choc visuel. Toute la ruche en ébullition pour aboutir à deux heures de spectacle, c’est fou. Et puis le meilleur moyen de rendre hommage à une institution, c’est aussi de l’égratigner, de parler des problèmes.

Quels clichés sur le monde de la danse avez-vous souhaité éviter absolument ?

Comme dans toute institution, il y a des conflits, des gens qui ne vont pas bien, qui se blessent, des gens qui font des dépressions... Mais je ne voulais pas que la série ne tourne qu’autour de cela. Ça fait partie du milieu, certes, mais il n’y a pas une ligne sur l’anorexie des danseurs par exemple. Parce que c’est un gros cliché qu’on a déjà vu, comme dans Black Swan ou la série Flesh & Bones (2015). Souvent, la danse est représentée par son côté rose bonbon classique, un peu niais façon « Martine fait de la danse ». Ou alors par sa version très dark à la Black Swan, avec le verre pilé dans les chaussons, les filles qui se battent, etc. J’ai eu envie de faire quelque chose entre les deux, qui parle aussi de tout ce qu’il y a derrière le spectacle, la partie administrative, la politique interne, les luttes de pouvoir pour la direction. Ça aussi, c’est passionnant.

Comment avez-vous pensé la réalisation des scènes de danse ?

À l’écriture, c’était la grande inconnue. On mettait « bla bla danse » sur le papier, et on se disait : on verra ! Et puis, avec l’aide d’une consultante, Astrid Boitel, on a pu peaufiner.

Pour la réalisation, on s’est inspiré de films de danse, comme Les Chaussons rouges (1948) ou Black Swan (2010), tout en faisant notre propre sauce. Mais je me suis surtout inspirée de Rocky (1976) personnellement. Je voulais vraiment filmer ça comme un combat de boxe.

Surtout l’épisode 4, où notre héroïne danse Le Lac des cygnes. Elle est rincée, elle sort et remonte sur scène comme sur un ring. On la masse, on l’éponge et on la renvoie sur scène. C’est vraiment un combat de boxe ! Après, il est vrai qu’on ne pouvait pas multiplier les prises avec nos danseurs. Donc il fallait qu’on soit efficace, qu’on aille vite. Ce qu’on a cherché à faire, surtout, c’était épouser le point de vue des danseurs. Montrer le visage ébloui de Flora la première fois qu’elle monte sur scène par exemple.

Où avez-vous tourné exactement ?

Il y a trois lieux qui représentent notre opéra : le Palais Garnier, où l’on a pu filmer les endroits emblématiques, comme le grand escalier, le foyer de la danse, la rotonde des abonnés, l’entrée des artistes, etc. En revanche, toute la partie administrative a été reconstituée dans un château au nord de Bruxelles, parce qu’on ne pouvait pas bloquer les bureaux parisiens de l’Opéra. Il y a des gens qui bossent dedans toute l’année. Mais en même temps, on ne voulait pas tourner en studio, parce que j’avais envie qu’il y ait une vraie circulation des gens, comme une ruche qui bourdonne. Et enfin, pour la scène, les séquences ont été tournées à l’Opéra de Liège, qui est un superbe théâtre à l’italienne. Parce que le Palais Garnier est très occupé, qu’il y a des spectacles un peu tout le temps… Du coup, c’est vrai qu’en voyant la série, les spécialistes du Ballet de Paris risquent de tomber de leurs sièges. (Rires…)

Qui sont les danseurs qu’on voit dans les séquences de ballet ?

On n’a pas pu utiliser les vrais danseurs de l’Opéra de Paris, parce qu’ils ont autre chose à faire. Alors on a reconstitué toute une troupe. Mais on ne pouvait pas prendre de simples figurants. On avait besoin de danseurs avec un certain niveau. Pour les recruter, on a fait appel à notre consultante, Astrid Boitel. C’est une professionnelle de la danse. Elle est intervenue sur les scripts, la mise en scène, mais aussi dans le recrutement. Elle a ainsi fait venir des danseurs de Bordeaux, de Stuttgart en Allemagne et d’autres, tous des danseurs professionnels.

Les acteurs et actrices du casting principal ont-ils eu recours à une préparation spécifique ?

Ariane Labed a une formation de danseuse. Elle a fait dix ans de danse classique puis de la danse contemporaine. C’était très important pour nous qu’elle rejoigne le projet. Et dans le casting, on a pas mal d’anciens danseurs, devenus comédiens, qui avaient arrêté et qui ont remis les chaussons pour la série. Comme une sorte de thérapie… Ils se sont tous beaucoup entraînés. Ils ont même pris des cours en zoom à cause de l’épidémie de Covid.

Quels ont été les retours du milieu, des professionnels de la danse ?

Ils disent qu’il y a des choses justes, même si tout ne se passe pas exactement comme ça dans la vraie vie. Ils trouvent la série assez réaliste. Ils retrouvent bien le milieu dans lequel ils évoluent. Notamment la partie administrative et les jeux de pouvoir.

L’Opéra

Sur OCS depuis le 7 septembre 2021
Créée par Cécile Ducrocq
8 épisodes de 45 minutes, réalisés par Stéphane Demoustier, Cécile Ducrocq, Inti Calfat, Dirk Verheye et Laïla Marrakchi
Écrite par Benjamin Adam, Cécile Ducrocq et Simon Jablonka
Musique de Marco Prince
Avec Ariane Labed, Suzy Bemba, Raphaël Personnaz...

L'Opéra a bénéficié du Fonds de soutien audiovisuel automatique du CNC