Un gars, une fille, les débuts des programmes courts

Un gars, une fille, les débuts des programmes courts

15 octobre 2019
Séries et fictions TV
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Un gars une fille - à l'école hôtelière
Un gars une fille - à l'école hôtelière BERNARD BARBEREAU - FRANCE 2
Lancé à la fin de l’année 1999, Un gars, une fille va connaître un succès foudroyant et lancer la mode du programme court à la télé.

Une révolution

Ce soir-là, le 11 octobre 1999, les spectateurs de France 2 s’apprêtaient à vivre une petite révolution. Quelques minutes avant les informations, juste avant le lancement du 20h, un générique bariolé apparaît à l’écran. Un jeune homme, allongé dans son lit avec le journal, est gentiment moqué par sa copine qui, à côté de lui, lit un épais roman. Drôle, rythmé, le premier épisode des aventures de Chouchou (Alexandra Lamy) et Loulou (Jean Dujardin bien avant les Oscars) allait initier des changements dans la vie des spectateurs et de la télé.
D’abord par son succès : le premier épisode lancé sur France 2 à 19h45 est un succès. 7,58 millions de Français sont au rendez-vous et ils seront plus de 6 millions à regarder quotidiennement la première saison de cette minisérie qui suit un couple de trentenaires qu’on découvre dans toutes les situations de la vie quotidienne. Au lit donc, dans la salle de bain, en balade, au marché, pendant le déjeuner, chez les beaux-parents, chez des amis et même en vacances… Le programme traquait les petites et grandes misères de l’aventure conjugale mais agrémentées de nombreux traits d’humour. 485 épisodes seront diffusés tous les soirs de la semaine, jusqu’en 2003, avant d’être multi-rediffusés sur d’autres chaînes.

Les débuts de la shortcom

Lorsqu’il apparaît sur la chaîne française en 1999, Un gars, une fille est déjà un succès outre-Atlantique. Ce programme court est en effet l'adaptation d'une série canadienne éponyme imaginée par Guy Lepage en 1997. Le concept est simple : un thème fédérateur (en l’occurrence le couple avec ses bonheurs et ses tracas), un humour immédiat et un ton qui rassemble. Pourtant, il existe une différence de taille entre la version d’origine québécoise et sa déclinaison française lancée par Isabelle Camus et Hélène Jacques : la durée. La fiction canadienne était une sitcom au format classique de 26 minutes, alors que sa petite sœur française dure entre 5 et 8 minutes. La version française d’Un gars, une fille est une des premières shortcom à débarquer dans la vie des ménages français. Shortcom ? Les « Short comedies » ou mini-comédies, ce sont ces programmes courts qui, aujourd’hui encore, se multiplient sur les chaînes entre 20h et 20h50. Ces formats répondent à une consommation rapide et transmédia (d’internet au smartphone) et doivent séduire par leurs sujets et leur durée un public jeune, voire adolescent, qu’on croise moins devant les fictions hexagonales. Quand ce programme démarre sur France 2 à la fin de l’année 99, sa mission est claire : il s’agit pour la chaîne de doper l’audience d’une case saturée de pubs et de servir de locomotive pour le 20 heures (et pour le prime time). Le pari sera réussi.

Le ressort du succès : l’identification

Ce que Un gars, une fille a compris avant beaucoup d’autres (et qui sera la clé des autres shortcom comme Bref, Scènes de ménages, Caméra Café ou SODA….), c’est que le succès de ces programmes courts fonctionne sur un fort processus d’identification entre le téléspectateur et le(s) héros. Qui n’a pas connu les chamailleries domestiques à propos des ex, de la belle-mère ou des tâches ménagères ? C’est l’essence même de la série : dans Un gars, une fille, la réalisation laisse hors-champ les autres personnages (les parents, les amis, le propriétaire, les collègues…) et les deux héros présentent des traits communs à beaucoup de spectateurs – tous les soirs on joue à retrouver ce qu’on partage avec lui ou elle. La mise en scène s’efforce à gommer toutes les spécificités et se focalise sur l’intime pour accentuer les traits génériques. Par exemple, on ne sait pas précisément quel est leur travail, mais on connaît leurs relations avec leurs collègues, plus facilement généralisables. L’identification est encore accentuée par le fait que Jean et Alexandra sont rarement appelés par leurs prénoms, mais par un universel « Chouchou » et « Loulou », et qu’ils incarnent des sociotypes (des bobos citadins).

Les secrets de fabrication ?

A nouvelles pastilles, nouveau mode de fabrication. Celui-ci est fortement calqué sur les méthodes américaines. Tous les concepteurs reviennent d’ailleurs sur les contraintes et le rythme, essentiel au succès du programme. Chaque épisode doit avoir une bonne punchline (une chute au sketch) et des rires au bout d’une minute maximum. Mais le principal défi est quotidien : les scénaristes doivent trouver des situations nouvelles pour les mêmes personnages en respectant les principes de mise en scène. Rigueur, travail en équipe, relecture scrupuleuse sont les règles d’or. La production peut tourner un épisode par jour et si au départ de l’aventure Un gars, une fille est tourné dans la maison d'Isabelle Camus pour des raisons budgétaires, une fois la série financée par les Productions 22 le couple déménage dans un petit appartement de Paris, avant de se retrouver dans une maison de Boulogne-Billancourt… Au niveau de l’écriture, les auteurs sont répartis en plusieurs « pools » de scénaristes, chacun chapeauté par un directeur de collection. Face au succès d’Un gars, une fille, cette école va se développer rapidement et ces programmes courts deviennent vite un vivier de talents. De jeunes auteurs et réalisateurs ont commencé là et l’écriture nerveuse du programme, moins lisse que ce qui caractérisait les productions télévisuelles d’avant, a depuis déteint sur la production comique française.