Depuis plus de soixante ans, Annecy est le rendez-vous annuel du cinéma d’animation. Chaque mois de juin, la ville devient pendant une semaine la capitale mondiale du genre, accueillant artistes, studios, étudiants et professionnels pour dévoiler leurs projets, découvrir les œuvres émergentes et accompagner les grandes mutations technologiques et artistiques. Jusqu’ici, ce rayonnement est resté essentiellement concentré autour du Festival International du Film d’Animation et de son marché, le Mifa.
« Une capitale ne peut pas vivre seulement une semaine par an », explique Mickaël Marin, Directeur général du Festival d’Annecy. « Avec la Cité internationale du cinéma d'animation, nous avons voulu donner une maison permanente à cet art. Un lieu ouvert toute l'année où l'on peut découvrir des œuvres, comprendre les techniques, rencontrer des artistes, transmettre aux plus jeunes et accueillir les professionnels du monde entier. »
Installée au cœur du Haras d’Annecy, site patrimonial du XIXᵉ siècle entièrement réhabilité, la Cité Internationale du Cinéma d’Animation, inaugurée ce 19 juin 2026, veut devenir plus qu’un équipement culturel. Elle ambitionne de faire du cinéma d’animation un patrimoine vivant, accessible à tous les publics, des enfants aux professionnels du secteur.

Le Haras d’Annecy transformé en temple de l’animation
La place centrale du Festival dans l’écosystème de l’animation a conduit les collectivités locales, l’État et le CNC à imaginer un projet pérenne capable d’exister au-delà du seul temps de la manifestation. Opérée par CITIA, l’établissement public qui pilote déjà le Festival et le Mifa, la Cité Internationale du Cinéma d’Animation sera ouverte 362 jours par an.
Construit entre 1880 et 1885, le Haras national d’Annecy est inscrit aux monuments historiques depuis 2007. Sa réhabilitation constitue l’un des grands axes du projet. La ville d’Annecy, avec le soutien du Département de la Haute-Savoie, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’État, a engagé une transformation complète du lieu afin d’en faire un espace culturel ouvert, végétalisé et accessible, pour un coût global estimé à 54,5 millions d’euros.

Un espace dédié à l’animation sous toutes ses formes
Le cœur du projet repose sur un musée permanent de 450 m² consacré à l’histoire et aux techniques d’animation. Les collections historiques de la ville d’Annecy, labellisées « Musée de France », y sont réinterprétées à travers une nouvelle muséographie pensée par le studio Abmuseo et une scénographie réalisée par l’atelier Scenorama. L’objectif : montrer que l’animation constitue un art majeur du récit et de l’image, tout en rendant ses techniques accessibles au grand public.
Mais la Cité ne se limite pas au musée. Elle réunit plusieurs espaces complémentaires dédiés à la découverte, à la diffusion et à la pratique de l’animation. Le site accueille également un grand espace d’exposition temporaire, « Le Manège ». Déployée sur plus de 650 m² dans l’ancien manège du Haras, cette salle accueillera chaque année une « Grande Exposition » autour d’univers emblématiques. À cela s’ajoute « La Galerie », espace plus intimiste de 160 m² destiné à des expositions courtes, des rencontres ou des événements spéciaux.
« La pluralité des expositions permettra aux visiteurs de découvrir des œuvres variées, de périodes, de géographies différentes, d’embrasser le cinéma d’animation dans sa richesse », explique Peggy Zejgman-Lecarme, Directrice Culture - CITIA. « Ces expositions trouveront également des échos dans la programmation du cinéma et des ateliers : la complémentarité des offres culturelles au cœur de la Cité permet de déployer la découverte du cinéma d’animation par des expériences multiples. »

Un cinéma ouvert toute l’année
La Cité comprend aussi une salle de cinéma de 332 places, propriété du Département de la Haute-Savoie. Sa programmation sera entièrement dédiée à l’animation : courts et longs métrages, séries, œuvres patrimoniales ou créations contemporaines. La modularité des équipements permet d’organiser des avant-premières, des ciné-concerts, des conférences, des rencontres ou même des tournois e-sport. L’idée : faire de cette salle un lieu de vie et de transmission, capable de réunir différents publics tout au long de l’année.
« J’aimerais que la Cité de l’Animation devienne un lieu incontournable, mais surtout un lieu familier », confie Mickaël Marin. « Pour le grand public, je souhaiterais que l'on vienne ici comme on va dans un musée, une médiathèque ou un cinéma : pour découvrir, apprendre, rêver, partager un moment en famille. Que plusieurs générations aient grandi avec la Cité. Pour les professionnels, je voudrais qu'elle soit un point de repère mondial. Un lieu où l'on vient non seulement célébrer les œuvres et les artistes, mais aussi réfléchir à l'avenir du cinéma d'animation, accompagner les talents émergents. »

Un lieu pensé aussi pour les enfants et la transmission
L’un des axes majeurs du projet concerne l’éducation artistique et culturelle. La Cité intègre notamment le « Grenier à images », un espace consacré à la découverte des techniques d’animation à travers la pratique. Quatre ateliers permettent aux visiteurs d’y expérimenter différentes formes de création : animation traditionnelle, animation en volume, travail du son et de postproduction, animation numérique et effets spéciaux.
Le projet veut replacer l’apprentissage par l’expérience au cœur de la découverte des images animées. Les enfants peuvent ainsi manipuler des marionnettes, créer des bruitages ou expérimenter des techniques de tournage sur fond vert. Dans un contexte où les images sont omniprésentes, la Cité revendique une ambition plus large : développer l'éducation à l'image et l’esprit critique des jeunes générations face aux récits contemporains.
« Le rôle d’un lieu comme la Cité Internationale du Cinéma d’Animation, et notamment auprès de la jeunesse, est de mettre en lumière l’art de l’image en mouvement et parallèlement le langage même de l’image », explique Peggy Zejgman-Lecarme. « Comprendre le fonctionnement de ce langage, développer un regard critique, sensibilisé et indépendant sont autant de missions essentielles que nous défendrons à la Cité. »
Une résidence d’artistes au cœur de la création
Au-delà de la diffusion, la Cité souhaite aussi devenir un lieu actif de création. Une résidence d’artistes appelée « La Villa » accueillera des projets de longs métrages d’animation en développement. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des résidences déjà mises en place par CITIA avec le soutien du CNC, de Netflix, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du Département de la Haute-Savoie. Les artistes en résidence bénéficient d’un espace de travail, mais peuvent aussi rencontrer le public et partager leurs processus créatifs avec des scolaires ou des visiteurs. Une nouvelle résidence spécifiquement dédiée aux réalisatrices de longs métrages doit également voir le jour.

Ankama et LAIKA pour inaugurer la Cité
Pour son ouverture, la Cité propose deux grandes expositions consacrées à des acteurs majeurs de l’animation contemporaine. La première, baptisée « Ankama, de l’esquisse à l’épopée, 25 ans de créations », se tient du 19 juin 2026 au 31 janvier 2027 et revient sur l’histoire du studio français à travers des œuvres originales, des documents de création et des dispositifs immersifs afin d’explorer les coulisses de la fabrication de ses univers.
Parallèlement, le studio LAIKA est à l’honneur avec une exposition éphémère consacrée au film Wildwood / Prue et la prophétie de la forêt (sortie le 9 décembre 2026). Le public peut y découvrir marionnettes, décors et éléments artisanaux, dans une exposition pensée comme une immersion dans les coulisses du studio américain à l’origine de Coraline. Le réalisateur et PDG du studio, Travis Knight, fera d’ailleurs sa première apparition à Annecy à cette occasion.
« Ces deux expositions mettent en lumière des univers différents, des techniques d’animation singulières : pour l’ouverture, il était important pour nous de pouvoir accueillir toute cette diversité », conclut Peggy Zejgman-Lecarme
Pour célébrer l’ouverture de la Cité, des invités prestigieux vont également participer à des Cartes Blanches, dont Michel Ocelot, Emilie Tronche, Benjamin Renner, Maïlys Vallade, Florence Miailhe, Audrey Tautou...

Une ambition culturelle et politique
Derrière la création de la Cité Internationale du Cinéma d’Animation se dessine une ambition culturelle nationale. Le lieu bénéficie du soutien conjoint de l’État, du CNC, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, du Département de la Haute-Savoie et de partenaires privés comme Ankama, LAIKA ou Sony Pictures Animation. Au-delà du prestige, la Cité revendique surtout une vision : faire de l’animation un art pleinement reconnu, transmis et partagé.