Comment appréhender les contraintes d’un lieu clos ?

Comment appréhender les contraintes d’un lieu clos ?

18 décembre 2020
Cinéma
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Au poste réalisé par Quentin Dupieux
"Au poste" réalisé par Quentin Dupieux Atelier de Production/UMedia/Cinéfrance/Diaphana Distribution
Réponse avec Joan Le Boru, chef décoratrice de Au poste ! de Quentin Dupieux.

Dans Au poste ! (2018), Quentin Dupieux met en scène une garde à vue qui tourne au vinaigre. Dans son style absurde si caractéristique, il fait du flic (Benoît Poelvoorde) un coupable et du présumé coupable (Grégoire Ludig) une victime... L’essentiel de l’action se passe dans un commissariat au style vintage – à l’instar du look années 70 des personnages – reconstruit dans les sous-sols du célèbre bâtiment parisien du Parti communiste français. Nous avons demandé à Joan Le Boru, chef décoratrice et directrice artistique du film (et des précédents longs métrages de Quentin Dupieux), ce que le tournage dans un lieu unique a de spécifique.

Lors de la préparation du film, vous avez sans doute envisagé deux scénarios : tourner en studio ou en décor naturel. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?

La question ne s’est pas vraiment posée. C’est compliqué pour Quentin [Dupieux, ndlr] de se projeter dans un décor qui n’a pas une histoire. Il évite donc le studio. Il y a aussi un impératif économique : tourner en studio coûte bien plus cher qu’en décor naturel.

Mais le décor naturel oblige à s’adapter alors qu’en studio, c’est le décor qui s’adapte à vos besoins. N’est-ce pas plus facile ?

D’un point de vue pratique, oui. Le studio a néanmoins quelque chose d’angoissant, car on part de zéro. C’est en définitive plus évident d’imaginer les personnages évoluer dans un lieu existant.

Aviez-vous des films en tête comme références avant de commencer, Garde à vue de Claude Miller par exemple ?

Quentin a revu Garde à vue tout seul. Je ne voulais pas être trop influencée même si, à l’arrivée, Au poste ! est plus « touffu » visuellement que Garde à vue, plus épuré. En revanche, nous avons regardé ensemble pas mal de films américains des années 70 pour les ambiances.

Pourquoi avoir choisi le siège du PCF, à Paris, comme décor ?

Nos repéreurs nous ont présenté plusieurs décors parisiens. Au départ, le siège du PCF nous paraissait trop connoté et trop utilisé. Avec Quentin, nous penchions plutôt pour l’ambassade d’Afrique du Sud, dans le 7e arrondissement, un endroit sublime, dans son jus des années 70, mais nous n’avons pas obtenu l’autorisation... Finalement, nous sommes revenus vers le siège du PCF. Il se trouve que dans ses sous-sols il y a un endroit qui correspondait à nos attentes, la salle des délégations, plus petite et plus confinée que la grande salle principale que tout le monde connaît.

Quelles étaient les contraintes qui se sont présentées ?

La pièce était, disons, presque trop « cosy » pour un commissariat parce qu’il y a de la moquette verte au mur, élément qu’on ne pouvait pas supprimer. Quand on est face à ce genre de contrainte, il faut le retourner à son avantage ou en faire son allié. Quentin s’est ainsi dit que les nombreux néons d’origine au plafond seraient formidables à filmer ; ou que la moquette verte donnait une tonalité rétro, conforme à l’esprit seventies d’Au poste !.

En fait, le premier choix artistique, c’est celui du lieu ?

Exactement. Nous ne sommes pas là pour mettre à sac un décor ! On utilise les matériaux et l’ambiance préexistants pour l’adapter à notre direction artistique. Pour Au poste !, il ne fallait pas se louper sachant qu’on allait tourner 80 % du film dans ce décor.

Concrètement, quelle a été votre touche personnelle ?

Nous avons créé une fausse porte d’accès et une fausse fenêtre avec vue sur Paris la nuit, construit un vestiaire parfaitement intégré au décor – on n’avait pas envie de mettre des casiers en fer –, rajouté du bois pour alléger le côté béton de la pièce et lui apporter un peu de chaleur... En tout, cela nous a pris environ trois à quatre semaines. C’est beaucoup moins long qu’en studio.

À vous écouter, il y a très peu de contraintes à tourner dans un lieu clos comme celui-là, plutôt des atouts ?

Pour Quentin et moi, oui. Pour d’autres réalisateurs, la principale contrainte du décor naturel, c’est la lumière qu’on ne peut pas contrôler comme en studio ou les bruits extérieurs qu’on ne peut pas empêcher et qui cassent parfois la continuité du tournage. C’est vraiment subjectif.