Didier Decoin : disparition d’un « formidable raconteur d’histoires »

Didier Decoin : disparition d’un « formidable raconteur d’histoires »

07 août 2026
Cinéma
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Portrait de Didier Decoin
Portrait de Didier Decoin Benjamin Decoin / www.editions-stock.fr

Ouvert à divers supports d'écriture, Didier Decoin a marqué l'histoire de l'Académie Goncourt, du Festival de Cannes et de la SCAM. Cette figure majeure de la littérature et du cinéma s'est éteinte le mercredi 5 août, à l’âge de 81 ans.


Fils du cinéaste Henri Decoin (La Vérité sur Bébé Donge, 1952 ; Razzia sur la chnouf, 1955), Didier Decoin écrit d’abord en tant que journaliste, exerçant dès les années 1960 sa plume dans des magazines et à la radio : France-Soir, Le Figaro, Les Nouvelles Littéraires, Neptune Moteur (revue spécialisée dans la navigation) et Europe 1. En 1977, il participe à la création de V.S.D. auprès de Maurice Siegel, l'ex-directeur de la station radiophonique. C'est cette même année qu’il reçoit le prix Goncourt. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué « son exigence, son humanité et son amour de l’écriture. »

Une oeuvre littéraire prolifique

Didier Decoin commence à écrire des romans en parallèle de son travail journalistique : à 20 ans, il publie Le Procès à l'amour, aux éditions du Seuil. Suivront La Mise au monde, Laurence, Elisabeth ou Dieu seul le sait, Abraham de Brooklyn... S'il est déjà salué par la critique (il reçoit, par exemple, le Prix des Libraires en 1971), c'est son histoire de John l’Enfer, un Cheyenne employé comme laveur de carreaux à New-York, qui lui offre la renommée du Goncourt.

Couverture de « John l'Enfer »
Couverture de « John l'Enfer » D.R.

Après avoir présidé à deux reprises la Société des gens de lettres, l'Académie Goncourt élit Didier Decoin à sa tête en 1995 : d'abord secrétaire général, il en devient le président de 2020 à 2024. De 1997 à 2006, il est le président de la Société des Amis d'Alexandre Dumas. Durant ces années, il aura publié une œuvre conséquente : près de trente romans (récits historiques, ouvrages biographiques, faits divers…), des essais (notamment sur la religion), des collections dédiées à la jeunesse (Le Clan du Chien bleu), et une pièce de théâtre, Une chambre pour enfant sage, mise en scène par Pierre Vielhescaze en 1980. Il cosigne aussi une bande dessinée (Le Sang des Valois, Glénat, 2021), avec Jérôme Clément et Marc Jailloux.

Ecritures cinématographiques et télévisuelles

Évoquant souvent le travail d'écriture comme « terriblement solitaire », Didier Decoin devient scénariste dès les années 1970. Là aussi, son travail est important : il signe seize œuvres pour le cinéma jusqu'en 2012 (date de sortie de 38 témoins, l’adaptation de son roman, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, par Lucas Belvaux), une vingtaine de téléfilms (de 1979 à 2012) et participe à six projets de séries.

« Hors la vie » réalisé par Maroun Bagdadi
« Hors la vie » réalisé par Maroun Bagdadi Galatée Films / DR

Collaborant à deux reprises avec Marcel Carné (La Merveilleuse visite en 1974 et La Bible en 1977), il écrit le documentaire que Christian-Jaque a consacré au cinéaste, en 1985. Durant cette décennie, il signe aussi I... comme Icare d'Henri Verneuil ou encore L'Indic, avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte. Hors la vie, qu'il coécrit avec le réalisateur Maroun Bagdali et le scénariste Elias Khoury d'après le livre Un otage à Beyrouth de Roger Auque, reçoit le prix du jury lors de la 44ᵉ édition du Festival de Cannes. En 1987, il est le dialoguiste de L’Homme voilé, du même metteur en scène. En 1999, il coécrit avec Peter Kassovitz le remake américain de Jakob le menteur, porté par Robin Williams.

Particulièrement prolifique à la télévision, Didier Decoin signe de nombreux scripts, histoires originales ou adaptations. Il a collaboré plusieurs fois avec Josée Dayan : sur Le Comte de Monte-Cristo (mini-série qui lui vaut un 7 d'or du meilleur scénario, en 1999), Balzac, Les Misérables ou encore Diane de Poitiers. Christian Clavier, qui jouait justement dans les quatre épisodes des Misérables, ainsi que dans la série Napoléon d'Yves Simoneau, que Didier Decoin a écrite à partir de la biographie de Max Gallo en 2002, lui a rendu hommage, évoquant « un homme d’une grande culture et d’expérience, sa bienveillance et ses conseils m’ont été considérablement précieux sur Napoléon ».

« Napoléon » réalisé par Yves Simoneau
« Napoléon » réalisé par Yves Simoneau A+E Networks, ASP Productions, GMT Productions, Kekchi Films Productions, KirchMedia, MA Films, Okko Productions, Spice Factory, Transfilm, Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF)

Parfois, Didier Decoin retrouve un réalisateur d’un médium à l’autre, à l’image de Jean-Claude Brialy : après La Nuit de l’été pour le petit écran en 1979, ils collaborent sur Un bon petit diable pour le cinéma en 1983. Il a également mis en scène deux projets pour la télévision : La Dernière nuit, un téléfilm historique avec Annie Girardot en Marie Stuart, diffusé pour la première fois en 1981, et l'épisode L'Amour s'invente de la série Cinéma 16, un an plus tard. La décennie suivante, il produit deux téléfilms : Morasseix de Damien Odoul et Le Crabe sur la banquette arrière de Jean-Pierre Vergne.

Didier Decoin fut aussi l'un des fondateurs de la SCAM, la Société Civile des Auteurs Multimédia, lancée en 1981. « Soit il lisait, soit il écrivait », a confié son fils, Julien Decoin, également écrivain. « C’était un formidable raconteur d’histoires. »