Ecole et cinéma : développer l’esprit critique du jeune spectateur

Ecole et cinéma : développer l’esprit critique du jeune spectateur

09 novembre 2018
Cinéma
Ecole et cinéma dans la salle de cinéma Studio des Ursulines
Ecole et cinéma dans la salle de cinéma Studio des Ursulines

Qu’est-ce que le burlesque ? Pourquoi certains films sont-ils en noir en blanc ? A quoi sert le trucage ? Autant de questions qui viennent titiller la curiosité insatiable des jeunes spectateurs à l’issue de la projection d’un film. Afin de les accompagner dans leurs découvertes, l’association Les Enfants de cinéma met en œuvre depuis 1994 le dispositif d'éducation à l’image Ecole et cinéma. Il propose aux enseignants de participer avec leur classe à des projections spéciales dans des cinémas partenaires et de bénéficier d’outils pédagogiques autour des films programmés.

Reportage au Studio des Ursulines, dans le 5e arrondissement de Paris, où trois classes d'école primaire des environs ont assisté à une séance dans le cadre d'Ecole au Cinéma.


Apprendre aux élèves à regarder

Les lumières s’éteignent, le rideau se lève, révélant l’écran peu à peu. Un « Oh ! » émerveillé retentit à l’unisson et le générique des Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati se met à défiler. Les spectateurs sont en grande section de maternelle, en CP ou en cours élémentaire, et tous sont attentifs à ce qui se passe sur la toile. Les voici rodés à l'exercice : pour la plupart, c'est le troisième film qu'ils découvrent sur grand écran avec leur école. « Apprendre aux élèves à regarder, à comprendre ce qu’ils voient, les aider à se forger leur propre opinion en échangeant sur les émotions ressenties, leur expliquer qu'on a le droit de ne pas avoir le même avis et les aider à développer leur vocabulaire pour qu'ils puissent argumenter... cela fait partie de notre rôle d’enseignant», explique Sophie Mancel, institutrice d'une classe de CP-CE2 de la rue Buffon, qui participe au programme pour la troisième fois. « Éduquer à l’image signifie donner à voir des univers inconnus. Le dispositif École et cinéma offre la possibilité de montrer aux élèves des films qu'ils ne verraient pas forcément dans le cadre familial, mais aussi de faire vivre des lieux culturels du quartier et de faire connaître d'autres salles de cinéma, une autre ambiance que celle que proposent les multiplexes. »

Même enthousiasme auprès des élèves : Amélie, longs cheveux blonds et bouclés, presque 9 ans, n'a pas de télévision chez elle. Elle choisit des DVD à la médiathèque avec ses parents, comme Charlie et la chocolaterie de Tim Burton, qu'elle aime regarder avec son père et son frère. « Mais ce que je préfère, c'est aller au cinéma avec l’école, même si ce n'est pas souvent » dit-elle timidement. « J’y découvre tout plein d’histoires sous des formes différentes. J’ai beaucoup aimé Monsieur Hulot : il m’a fait penser à Mr Bean » sourit-elle. Gauthier, 8 ans, regard espiègle et cheveux en bataille, surenchérit : « Moi aussi j'adore aller au cinéma avec ma classe ! J’y ai appris ce qu’était le burlesque, comme dans Les Vacances de Monsieur Hulot. C’est un genre qui me plait beaucoup car les personnages ne parlent pas, font de drôles de mimiques et se retrouvent dans des situations inattendues. Comme quand la dame reste coincée dans la remorque » s’amuse-t-il.

Un dispositif pédagogique « clé en mains »

Transmettre le goût de la découverte, enseigner de façon ludique, éveiller la sensibilité à l'art... telles sont les ambitions d'École et cinéma, dispositif national d’éducation artistique soutenu par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) - sous l’autorité du ministère de la Culture -, et le ministère de l’Education nationale. Des outils pédagogiques sont mis à disposition des enseignants via le site Nanouk-ec.com afin de prolonger la découverte du film en classe autour de différentes activités : ateliers d'écriture pour les plus grands, dessins ou modelage pour les plus jeunes, travail d'observation, de réflexion, d'imagination...

« Ce programme « clé en mains » m'a plu », explique Katia Champeil, institutrice en grande section de maternelle à l'école de la Rue Glacière. « L'an dernier, les élèves ont eu la chance de voir un film d'animation japonais (Ponyo sur la falaise d'Hayao Miyazaki), un film d'aventure qui se déroule dans un Moyen Âge imaginaire (Les Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz et William Keighley), et un film muet en noir et blanc qui mêle humour et drame (Le Kid de Charles Chaplin). La pertinence, l'éclectisme et la qualité des films au programme m'ont convaincue d'inscrire ma classe à ce dispositif. Et les enfants sont tout aussi curieux de découvrir des films classiques que des films contemporains ! »

Nourrir les imaginaires

« Le cinéma, c'est une gourmandise », abonde Florian Deleporte, directeur et programmateur du Studio des Ursulines, cinéma historique du quartier latin, spécialisé dans la programmation jeune public depuis quinze ans. « C’est réconfortant, et le plaisir que l’on éprouve à découvrir des films va grandissant. Encore faut-il « nourrir » ce plaisir. C’est ce que permet Ecole et Cinéma en proposant aux enfants des films – qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement des films « pour enfants » - qui viennent enrichir leur imaginaire. »

Comme le confie Alban, 5 ans et demi, doux rêveur aux lunettes rondes : « J’espère voir encore plein de films avec ma classe parce qu’il y a toujours beaucoup de choses à raconter ensuite. Ce que j'aime au cinéma, ce sont les histoires d’aventure. Mais ce que je préfère, ce sont les films en noir et blanc. Parce que je peux alors imaginer les couleurs ».

 

En chiffres

  • 95 films au programme sur l’année 2017-2018
     
  • 32 films français, 27 films américains, 3 films japonais, 3 films tchécoslovaques, 2 films iraniens, 1 film burkinais…
     
  • 24 régions, 95 départements et 1 344 salles de cinéma (dont 46 circuits itinérants associés) qui ont participé au programme sur l’année 2016-2017
     
  • 39 611 classes/enseignants
     
  • 10 993 écoles
     
  • 954 742 élèves
     
  • 2 337 590 entrées