Festival d’Annecy : Salvador Simo, le réalisateur qui a dessiné Buñuel

Festival d’Annecy : Salvador Simo, le réalisateur qui a dessiné Buñuel

17 juin 2019
Cinéma
Buñuel après l'âge d'or
Buñuel après l'âge d'or The Glow Animation studio - Submarine
Pour son premier long métrage d’animation, le réalisateur espagnol Salvador Simo s’est attaqué aux jeunes années de Luis Buñuel.  Adapté d’un roman graphique, Luis Buñuel après l’âge d’or – en compétition au Festival d’Annecy 2019 - raconte comment le cinéaste surréaliste, mis à l’écart après le scandale de L’Âge d’or, va opérer en Espagne un nouveau tournant dans son œuvre. Portrait d’un talent de l’animation espagnole.

Salvador Simo a au moins un point commun avec Luis Buñuel. Comme lui, il a débuté sa carrière artistique à Paris. Luis Buñuel a commencé en 1925 comme assistant réalisateur de Jean Epstein, avant de tourner Un chien andalou puis L’Âge d’or dans la capitale. Salvador Simo, a, lui aussi, vu sa carrière prendre un nouvel élan à Paris. C’est pourtant à Los Angeles que l’Espagnol débute ses études, au prestigieux American Animation Institute en 1991. Un job d’animateur adjoint dans les studios de Bill Melendez - qui produisent les aventures de Snoopy- lui permet de se faire la main et de payer ses frais de scolarité.

Mais c’est véritablement en France que l’Européen se sent chez lui. C’est donc sans hésitation qu’il répond à l’appel des studios de Walt Disney situés à Montreuil, en banlieue parisienne, pour apprendre et parfaire son art. Au milieu des années 1990, il travaille d’abord comme animateur assistant sur Dingo et Max, un long métrage signé Kevin Lima. Il reste ensuite à Paris pour travailler en tant qu’artiste au sein du département Édition et Produits de consommation de Disney. Là, il va dessiner des Bambi, des Hercule et des Blanche-Neige pour le studio. C’est dans l’ombre des grands maîtres qu’il se fait la main.

A son retour à Barcelone, il se réinscrit à l’école et étudie la réalisation à la CECC (Centre d'Estudis Cinematogràfics de Catalunya), où il commence à apprendre l’animation 3D.  C’est le début de sa deuxième vie. Il plonge dans le monde des effets spéciaux et rejoint le département Prévisualisation et Maquette de MPC (Moving Picture Company) London. On lui doit notamment les effets de blockbusters hollywoodiens comme Le Monde de Narnia : Le Prince Caspian (2008),  Wolfman (2010), Prince of Persia : Les sables du temps (2010) et Skyfall (2012), mais aussi Le Livre de la Jungle (2016), qui a remporté l’Oscar des meilleurs VFX, et Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar (2017).

Parallèlement, il a dirigé deux courts métrages d'animation, dans l'atelier d'animation de Viborg (Danemark) dont le magnifique Insight sur une vieille femme SDF qui se lie d’amitié avec une petite fille. Pendant près de 30 ans, Salvador Simo a fait le tour du monde, a enseigné son art aux Danois, a diverti les Thaïlandais avec Max Adventures et a bluffé les Américains. Sa troisième vie – celle de réalisateur de long métrage -, il la doit à un dessinateur espagnol, Fermín Solís, et à son envie de montrer un autre visage de Luis Buñuel. Contre toute attente, sa bande dessinée, Buñuel en el laberinto de las tortugas (2008) fait un carton et suscite l’intérêt d’un producteur espagnol, Manuel Cristóbal. « Il m’a appelé un jour, se rappelle Salvador Simo, et m’a dit : « J’ai ce projet pour toi. Lis cette BD et donne-moi ton avis. Je suis allé l’acheter et je me suis installé dans un café pour la lire. Je l’ai dévorée. D’abord parce que la BD est exceptionnelle et ensuite parce que dans ma famille, Buñuel est très présent. Mon père était un grand fan et je me souviens qu’il me racontait L’Ange exterminateur. »

Le cinéaste s’enthousiasme et se met au travail. Pour Buñuel, il décide d’abandonner les images de synthèse et de reprendre le crayon. « Il me semblait que c’était le médium adapté à cette histoire. Je voulais une animation contenue. Dès que j’ai eu un synopsis solide, je me suis enfermé et j’ai dessiné tout le film. » Le style de Simo est très différent de celui de la BD. Il insère dans le film des extraits du documentaire Terre sans pain que Buñuel tourne dans la région de Las Hurdes. Le film devient ainsi l’histoire d’une renaissance, celle d’un homme qui va retrouver la foi en son métier sur une terre délaissée de tous. « Ce qui m’intéressait, poursuit Simo, c’est qu’on se mette à la place du jeune réalisateur de 32 ans qu’était Buñuel, avec toutes ses contradictions ».

Pour Simo, l’animation n’est pas un genre qu’on traite différemment des autres. Il a envisagé son tournage en se concentrant sur l’histoire. « On a commencé par des lectures de scénario avec les acteurs et des répétitions. Puis les scènes ont été interprétées au sein du studio d’animation. La seule différence, c’est que le stylo a remplacé la caméra. Cela permettait aux acteurs de vraiment entrer dans leur rôle et d’améliorer le scénario. Après, on a fait l’animation. »

Le film a remporté le Prix spécial du jury au Festival Animation Is Film de Los Angeles et était en compétition au Festival d’Annecy où il a reçu la Mention du jury. Salvador Simo développe actuellement son deuxième long métrage intitulé Gabo: Mémoires d’une vie magique, une adaptation du roman graphique d’Oscar Pantoja sur Gabriel García Márquez.