Guillaume Ivernel, trajectoire d’un réalisateur au cœur de l’animation française

Guillaume Ivernel, trajectoire d’un réalisateur au cœur de l’animation française

28 janvier 2026
Cinéma
Les Légendaires réalisé par Guillaume Ivernel
« Les Légendaires » réalisé par Guillaume Ivernel Pan Distribution

De sa formation à l’École Duperré et aux Gobelins à la mise en scène des Légendaires, Guillaume Ivernel affirme un parcours où le dessin, la préparation et l’exigence narrative guident un cinéma d’animation ambitieux. Portrait.


Guillaume Ivernel appartient à cette famille de cinéastes d’animation pour qui le dessin constitue le socle de tout. Formé à l’École Duperré puis aux Gobelins, le réalisateur découvre très tôt que la construction d’une image, sa lisibilité, son rythme interne, sont les fondamentaux du métier, plus que la maîtrise des outils. De fait, il se définit d’abord comme un dessinateur qui met en scène, un artiste pour qui la narration commence par la composition et le mouvement.

Quand on le rencontre, un moment fondateur apparaît vite dans la conversation : sa collaboration avec Jean Giraud, dit Mœbius, sur le projet Starwatcher (1992). Au début des années 1990, Guillaume Ivernel travaille sur le pilote de cette série comme story-boarder et designer. Il est au contact direct d’un auteur dont l’exigence graphique et la liberté créative ont marqué des générations. S’il évoque souvent cet épisode, c’est qu’il en a tiré beaucoup : l’importance de l’épure, de la ligne qui ouvre un espace plutôt que de l’image saturée. Le cinéma d’animation, pour lui, se pense comme un découpage avant d’être une accumulation de dessins. C’est aussi grâce à Mœbius qu’il va découvrir l’un des plus grands chocs de sa carrière : Le Château dans le ciel (1986) de Hayao Miyazaki, un film qui, dit-il, a « changé sa vie ».

Un parcours hétérogène

Après cette immersion décisive, Guillaume Ivernel multiplie les expériences : publicité (notamment avec Jean-Pierre Jeunet), séries et pilotes pour des studios comme Gaumont, Xilam ou Sparx. Ce parcours hétérogène façonne une méthode, un sens de la fabrication, un regard sur la chaîne de production. En 2008, il coréalise Chasseurs de dragons, film qu’il qualifie volontiers de véritable école pratique. « C’est là où j’ai appris comment faire un film », souligne-t-il. On y voit déjà apparaître une alliance de fantaisie, d’action et de précision narrative qui définira ses œuvres ultérieures.

Son travail évolue encore avec Spycies (2019), coproduction franco-chinoise qui lui permet de pousser plus loin l’exploration stylistique. Dans ce film d’animation d’espionnage, il développe des personnages animaliers intégrés dans des environnements photoréalistes, cherchant une image « au croisement de l’animation et des prises de vues réelles ». Le film révèle surtout un artiste fasciné par les outils de prévisualisation et par la manière dont la préparation peut structurer une mise en scène. C’est sur ce film qu’il découvre que la « prévis » en 3D lui permet de « construire le montage et les mouvements de caméra avant même que la fabrication ne commence ». Résultat : le film est presque « fini » au moment d’entrer en production. Cette rigueur, qui combine intuition graphique et méthode industrielle, devient sa signature.

 

Un univers foisonnant

Tout est donc prêt pour la rencontre avec Les Légendaires, adaptation de la série de BD de Patrick Sobral. Le projet naît d’un dialogue avec le réalisateur, scénariste et monteur Benjamin Massoubre, qui lui glisse l’idée. Le cinéaste se plonge dans les albums (qu’il ne connaissait pas) et constate rapidement qu’il y a là « matière à faire un film ». Il insiste sur l’étrangeté de ce rapport : c’est sa première adaptation, et pourtant c’est, selon lui, « le film qui lui ressemble le plus ». Les Légendaires lui permet en effet de conjuguer toutes ses inclinations : la fantasy, le steampunk, l’aventure, l’humour, le souffle épique et la construction de mondes. Guillaume Ivernel parle du film comme d’une « porte d’entrée » vers un univers foisonnant. S’il reprend des éléments clés des deux premiers tomes, il se réapproprie aussi la trajectoire globale des personnages. Le réalisateur insiste sur la difficulté principale de l’exercice : il fallait satisfaire les lecteurs sans perdre les nouveaux spectateurs. « C’était pour moi le plus gros défi », reconnaît-il.

Mais au-delà de l’adaptation d’une histoire, le film, dans le sillage de la BD, aborde des enjeux contemporains : l’écologie, la tyrannie, la rédemption. Il traite ces thèmes avec légèreté et sens du divertissement. Guillaume Ivernel aime les histoires accessibles, familiales, où l’émotion et la lisibilité l’emportent sur le didactisme. Il dit souvent sa préférence pour les récits qui « touchent notre époque sans alourdir le propos ».

Techniquement, Les Légendaires pousse loin sa méthode élaborée sur Spycies. Le réalisateur a recours à la prévisualisation étendue et à un usage approfondi d’Unreal Engine. Cet outil, utilisé à l’origine dans le jeu vidéo, permet aujourd’hui de construire des environnements en temps réel, de tester rapidement des éclairages, des mouvements de caméra, des ambiances. Unreal lui a offert un rendu « hyperréaliste » qu’il affectionne, tout en lui donnant un contrôle très fin sur le rythme des scènes et sur la cohérence visuelle. L’enjeu, explique Guillaume Ivernel, c’était de rester pleinement dans le cinéma : utiliser la puissance de ces outils sans que l’image ne bascule dans l’esthétique du jeu vidéo. Le film repose ainsi sur une préparation extrêmement poussée, où montage et mise en scène sont conçus très en amont. Ce travail s’inscrit aussi dans une dynamique collective, portée par l’écosystème français de l’animation. Les Légendaires mobilise des équipes réparties sur plusieurs studios, notamment à Angoulême, dans une filière où se conjuguent savoir-faire, innovations techniques et montée en compétences permanente. Pour le réalisateur, un film d’animation est toujours une œuvre de transmission.

De ses années de formation aux ateliers de Mœbius, de Chasseurs de dragons à Spycies, puis aux Légendaires, Guillaume Ivernel a suivi un chemin qui mêle fabrication patiente, curiosité visuelle et sens aigu du récit. Il travaille les mondes comme d’autres les matières, avec l’attention du designer et l’intuition du cinéaste. Dans Les Légendaires, il trouve un terrain d’expression qui lui permet d’embrasser tout ce qui a façonné son parcours : l’énergie du cartoon, la rigueur du story-board, la dynamique du montage, la puissance des outils temps réel et la volonté constante de raconter des histoires accessibles, ambitieuses et pleinement cinématographiques.
 

Les Légendaires 

Affiche de « Les Légendaires »
Les Légendaires Pan Distribution

Réalisation : Guillaume Ivernel
Scénario : Antoine Schoumsky avec la collaboration d’Hélène Grémillon, d’après l’œuvre de Patrick Sobral
Production : Pan Européenne Production, 2 minutes, Belvision, Maybe Movies
Distribution : Pan Distribution
Sortie le 28 janvier 2026

Soutien sélectif du CNC : ATA Aide aux techniques d'animation