Une enfance au cinéma
Enfant, François Viette se souvient d’être allé au cinéma « tous les week-ends, ou presque », avec son frère et son père. Marqué en CM1 par la double projection en séance scolaire de Mon voisin Totoro, d'Hayao Miyazaki et de L'Argent de poche, de François Truffaut, il fréquente surtout le multiplexe Pathé à Toulon. « Pour moi, le cinéma, c'était Pathé ! L'art et essai, je ne savais pas encore ce que c'était », se rappelle-t-il.
« Nous profitions de La Fête du cinéma pour tout voir. J'ai un excellent souvenir des comédies françaises comme L'Arnacoeur, et des films d'animation pour enfants... Et à la télévision, je me souviens avoir été marqué par Birdy d'Alan Parker, ou par les films d'Albert Dupontel... »
En 2011, à l’âge de 13 ans, il répond à une petite annonce parue dans le journal « pour jouer dans un film avec Élie Semoun » et se retrouve engagé pour jouer le premier rôle dans Les Vacances de Ducobu de Philippe de Chauveron. « Sur le tournage, j'ai eu une révélation : je voulais faire du cinéma. Mais pas forcément en tant que comédien. J'ai été très impressionné par les métiers techniques sur le plateau, et j'ai décidé de devenir directeur de la photographie. »

Un stage qui change tout
Pendant son BTS audiovisuel, François Viette prend conscience que ses compétences en image ne lui permettent pas de s'orienter vers cette carrière. Un enseignant lui propose alors de s'orienter vers un autre cursus, celui de gestion de production. « Et là, je me suis régalé ».
En février 2016, il décroche un stage au cinéma Six n'étoiles de Six-Fours-Les-Plages, dans le Var. « Le stage s'est si bien passé qu'ils m'ont proposé un emploi étudiant ! Je touchais à tout : la programmation, la caisse, la gestion des stocks, la commande des affiches... »
Il découvre le travail d'exploitant de salle, et sa vocation. François Viette passe deux ans au Six n'étoiles, avant d’entamer une licence de cinéma à l’université de Montpellier. « En parallèle de mes études, j'ai beaucoup travaillé, j'ai été, par exemple, assistant de programmation et projectionniste au cinéma Le Nautilus de Palavas-les-Flots (Hérault), et également pour Cinéplan, un circuit de cinéma itinérant aux côtés de son fondateur et président Jean-Philippe Marin. Et quand j'ai découvert le domaine de l'itinérance, cela a tout changé. C'est un vrai cinéma de proximité, qui vise à amener la culture là où il n'y en a pas. Pour moi, cela a été un vrai choc ! Je savais faire sur le terrain. Et je voulais pratiquer. »
À la découverte de l'art et essai et du cinéma engagé
La rencontre avec Noémie Dumas, directrice avec Jérôme Quaretti et Frédéric Perrot, du Six n'étoiles à Six-Fours-les-plages (Var) change également son regard sur le cinéma : « Elle m'a ouvert les yeux sur le au cinéma d'art et essai, et sur les films d’auteur. Elle m’a fait une véritable éducation à l’image. À la même époque, nous avons étudié Les Demoiselles de Rochefort, qui est devenu mon film préféré... »
Depuis l'époque du lycée, François Viette se rend au Festival de Cannes chaque année, d'abord pour quelques jours, « et depuis 2022, pendant toute la durée période du festival ! Je regarde entre quarante à cinquante films... »
Pendant ses études, il travaille entre autres pour la société de production Pavé Images et la société de distribution Les Films des deux rives. Ȧ Montpellier, il cultive également sa cinéphilie au cinéma Diagonal, à l'Utopia, au Nestor Burma, au multiplexe Gaumont... « Pendant cette période, je me suis aussi passionné pour des films engagés, comme ceux de François Ruffin ou de Pierre Carles », qu'il regarde sur la plateforme de VàD CinéMutins. « Au cours de mon travail avec Les Films des deux rives, deux documentaires grecs m'ont marqué : Quand les tomates rencontrent Wagner de Marianna Economou et Prochain arrêt : Utopia d’Apostolos Karakasis. J'ai compris comment il fallait aimer ces films pour pouvoir ensuite les défendre au mieux en salles. »

Le cinéma de ville en ville
Au début de l’année 2022, François Viette décide de fonder son propre circuit itinérant. Il commence par démarcher des communes dépourvues de cinéma, et s'accorde avec celle de Signes (Var), pour organiser une séance par mois, et quatre séances en plein air.
Le 1er avril, il crée donc Ciné Méditerranée, dont le slogan, « le cinéma de ville en ville », fait référence à la chanson « Nous voyageons de ville en ville » des Demoiselles de Rochefort. Les choses s'enchaînent rapidement : « Dès l'été 2022, nous avons pu organiser 35 séances. J'ai alors recruté mon meilleur ami pour m’aider... »
En 2024, la mairie de Cuers lui confie l'exploitation de son cinéma. Par la suite, François Viette prend la tête des cinémas varois de La Londe-les-Maures, et le Marcel Pagnol de Bagnols. « Nous avons ‘grossi’, toutes proportions gardées, mais sans démarchage, c'est venu naturellement. Les villes parlaient de nous, notre nom circulait... Les spectateurs ont pris l'habitude de nous voir. »
« Être à leur contact, c'est extrêmement important. Je fais ma politique de programmation avec ce que j'ai appris : le cinéma grand public, c'est très bien, mais il ne faut pas oublier l'art et essai. Il en faut pour tous les spectateurs. Il faut également animer les séances avec des débats, savoir accompagner les films. C'est crucial. »
L'avenir du cinéma
Outre Signes et Cuers, Ciné Méditerranée, qui fait également partie de l'Association Nationale des Cinémas Itinérants (ANCI), tourne dans les villes du Var comme Riboux, Évenos, Le Beausset... « Généralement, nous proposons deux séances : un film d'art et essai à 18h00 et un film grand public à 20h30. Nous pouvons aussi proposer à 16h00 Ciné Pitchoune, une séance de courts métrages pour les plus petits avec un goûter et un atelier, ou un film d'animation familial. »
L'exploitant se consacre presque entièrement à ses cinémas, mais fait toujours partie d'une agence artistique et reste ouvert à des propositions d'acteur. Il est ainsi apparu dans un film de Jean-Pierre Mocky, Le Renard jaune (2013) et dans la série Demain nous appartient en 2022.
Grâce à l’Aide au développement de l’emploi pour l’exploitation itinérante du CNC, François Viette a pu recruter une assistante de direction, également projectionniste, afin de pouvoir gérer la charge de travail qui consiste à tourner entre ses salles fixes et son circuit itinérant. Et de pouvoir continuer à faire ce qui le passionne : être au plus près du public, et montrer les films là où on ne pouvait pas les voir.