Monsieur le Président, cher Richard,
Madame la Médiatrice du cinéma, chère Laurence,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président de l’ALPA, cher Nicolas,
Mesdames et Messieurs,
Chers exploitants et chers alliés de l’exploitation cinématographique,
Venir à Deauville, au Congrès de la Fédération nationale des cinémas français, est un plaisir renouvelé chaque année ; mais s'y retrouver au milieu d’une grande et belle année pour le cinéma en France, année qui n’est pas exempte de défis, est en tout cas un plaisir sans pareil. Je suis très heureux d’être avec vous, et d’avoir déjà croisé, depuis mon arrivée, presque la France entière des salles de cinéma.
Il est des pays où la diversité du cinéma n’existe tout simplement pas, où l’on doit se contenter de quelques films, dans quelques salles. La réalité de ces pays, où le cinéma décroche aujourd’hui inexorablement, est que la monochromie n’est une chance pour personne, pas même pour ceux qui sont en situation de monopole. Dans un monde saturé d’images, où les écrans individuels aspirent toute notre attention, neutralisent toute alternative, seule la diversité du cinéma peut lui permettre de conserver une place centrale, dans nos territoires et dans nos vies. A la condition d’être clairs sur ce qu’on appelle “diversité du cinéma”, et d’être fermes sur les conditions de sa préservation.
C’est ce que la France fait depuis 130 ans, et depuis 80 ans singulièrement.
L’honneur de notre pays est double à l’égard du cinéma : il est d’abord d’avoir présidé à son invention, et d’avoir pensé dès l’origine cette dualité inséparable, plus actuelle que jamais, de l’œuvre de cinéma et de l’expérience de la salle de cinéma ; mais notre honneur est aussi d’avoir montré qu’il n’y a véritablement qu’une seule voie pour développer le cinéma, même face au petit écran : la voie de la diversité.
Diversité des films, bien sûr. Si les spectateurs ont cette année très largement retrouvé le chemin de vos salles, c’est en raison d’une offre exceptionnelle. Nous avons en France l’offre de cinéma la plus diverse au monde. Mais ce n'est pas la seule clé d'explication des succès de cette année, comme de la réussite quasi séculaire de notre modèle. La diversité du cinéma, c’est, tout autant, la diversité des salles de cinéma. Cette diversité de l'exploitation – et vous me permettrez tout de suite d’ajouter diversité aussi des modes de distribution, car vos destins sont liés – est un trésor national, autant qu’une richesse territoriale d’une valeur inestimable. Et nous réalisons ce qu’elle a de précieux à mesure que nous découvrons ce qu’elle a de fragile.
Ce qui se joue autour de nos salles de cinéma aujourd’hui, dépasse le seul enjeu du cinéma. Quand le monde se débat dans une multiplicité de crises, quand notre pays est traversé par des questionnements profonds, nos salles sont à la fois l’un des premiers endroits – et malheureusement de plus en plus l'un des derniers – où l’on regarde le monde différemment, où l’on apprend tout simplement à regarder, grâce à l’éducation au cinéma et à l’image, où l’on vient partager un moment de bonheur et d’émotion avec ses proches, où l’on agit concrètement, chaque jour, pour garantir l’accès à la culture dans tous les territoires, où l’on s’inscrit par ailleurs dans l’histoire d’une souveraineté française, qui fait de nous l’un des rares pays qui a gardé la capacité à partager ses récits et ses imaginaires sous la forme la plus ambitieuse qui soit, celle d’une oeuvre de cinéma. Si aller au cinéma fait partie d’une hygiène culturelle – observée avec régularité par deux tiers des Français –, défendre notre cinéma, nos salles de cinéma, c’est aujourd’hui préserver ce qui nous permet – encore – de faire société, de faire nation.
Ces convictions, vous les avez, nous les avons, elles nous rassemblent. Le fait qu’elles ne soient plus aussi unanimement partagées est, de mon point de vue, le principal défi auquel nous sommes confrontés à la veille d’échéances majeures pour notre pays.
Je viens cet après-midi avec trois messages simples. Nous avons des raisons de nous réjouir ; des raisons d’être vigilants, et j’entends ici un certain nombre de messages que vous avez souhaité porter à l’occasion de ce congrès ; enfin et surtout, des raisons de rester mobilisés, et peut-être de le faire de manière encore plus collective, à la veille d’une année qui s’annonce cruciale.
Parmi les raisons de se réjouir, j’ai déjà mentionné la fréquentation. Un seul mot, en complément : bravo. Bravo pour l'énorme travail accompli, qui a permis, dans un contexte difficile, de parvenir à de tels résultats. Parce que cette reprise doit beaucoup à votre mobilisation qui n’a jamais faibli, y compris dans les mois périlleux, pour investir dans vos salles, améliorer l’accueil, le confort, la qualité de projection, pour donner aux spectateurs toujours plus de raisons de revenir.
Tout n’est pas revenu à la normale – nous restons en dessous de la fréquentation d’avant crise, et les situations demeurent très différentes selon les établissements – mais nous avons aujourd’hui davantage de raisons d’avoir confiance qu’il y a un an et je partage ta conviction, cher Richard, que 2026 a toutes les chances de se conclure sur une excellente nouvelle, qui en appellera d’autres dans les années qui viennent.
Cette confiance dans nos salles de cinéma, nous venons d’en avoir une autre démonstration, à une échelle exceptionnelle, avec le Sommet Lumière.
A l’invitation des présidents français et coréen, deux cents créateurs, professionnels et responsables publics, venus de plus de soixante pays, représentant donc la filière mondiale du cinéma et de l’image animée, se sont réunis en France, pour discuter des défis sans précédent auxquels cette filière est confrontée. La conviction cardinale qui a été exprimée à cette occasion, c’est le caractère stratégique, central, irremplaçable, des salles de cinéma au pluriel.
Car nous avons autant fait une démonstration de force, en réunissant les plus grands acteurs de l’exploitation à l’échelle mondiale, que mis en valeur le modèle français de l’Art et Essai, qui a essaimé partout dans le monde, et que nous continuerons de défendre, conformément à nos valeurs et nos intérêts. J’ajoute nos intérêts car ce n’est pas qu’un enjeu de vision partagée, de solidarité avec ceux qui se sont inspirés de nous. Il ne faut pas s’y tromper, nous y avons aussi un intérêt direct : si le cinéma français est montré, en France, dans toute la diversité de notre parc, quand il s’exporte, il repose essentiellement sur ces salles "arthouse” et sur ces distributeurs indépendants, sans lesquels le rayonnement de notre cinéma n’existerait tout simplement pas.
C’est le sens d’IRIS, l’un des projets annoncés au sommet Lumière. Il s’agit de la première initiative internationale, soutenue par plusieurs pays dont la France, dédiée à la protection des salles et des distributeurs indépendants, dans les territoires où ils sont les plus menacés. L’enjeu, à nouveau, c’est aussi de préserver les conditions de la circulation de nos propres œuvres.
J’ai entendu des interrogations sur ce sujet, et je veux être clair : IRIS ne se fera évidemment pas au détriment de notre soutien aux salles françaises. Les moyens mobilisés pour IRIS sont spécifiques, ils relèvent de l’action internationale du CNC et non de notre soutien à l’exploitation ou à la distribution ; j’ajoute que c’est un effort partagé, à la fois entre le ministère de la Culture et le Quai d’Orsay, s’agissant de la contribution française, et surtout avec d’autres partenaires dans le monde, qui vont donc de cette façon soutenir le rayonnement de notre modèle et de nos œuvres. Le seul enjeu que je vois ici pour IRIS, est que nous aurons besoin de votre expertise, pour accompagner les projets. Avis aux volontaires.
Un autre point a fait consensus lors du Sommet Lumière : l’éducation au cinéma et à l’image. Car si, demain, une génération entière ne prend plus l’habitude d’entrer dans nos salles – ou si elle y entre pour y voir toujours les mêmes films –, nous aurons échoué sur l’essentiel.
Depuis 35 ans, la France a construit des dispositifs pionniers qui ont fait leurs preuves et qui permettent chaque année à des millions de jeunes de découvrir le cinéma autrement. L’enjeu, aujourd’hui, est de consolider cet effort et, sur cette base, de l’emmener plus loin. J’ai suivi le débat que vous avez eu hier. Le ministre de l’Education nationale vous a rappelé son engagement personnel et celui de son ministère pour mettre en œuvre, avec la ministre de la Culture, avec le CNC, le plan pour l’éducation au cinéma et à l’image. Des jalons majeurs ont été franchis en cette rentrée.
S’agissant du CNC, nous sortons d'une année intense, où nous n’avons pas ménagé nos efforts pour mettre en œuvre le plan et notamment pour le doter de moyens cohérents avec son ambition.
Dès cette année, le CNC a consacré 250 000 euros supplémentaires aux réseaux de salles engagés dans l’éducation aux images.
Avec les collectivités, notamment avec la quasi-totalité des régions qui ont accepté la proposition du CNC d’entrer en partenariat renforcé, ce sont 1,2 million d’euros de financements nouveaux qui sont mobilisés pour l’éducation au cinéma et à l’image, et pour la médiation dans les salles de cinéma.
Et nous apportons 2,7 millions d’euros supplémentaires aux DRAC pour consolider et développer les dispositifs sur les territoires, notamment les coordinations de “Ma classe au cinéma” dont vous savez le rôle crucial qu’elles jouent. Je sais que ce n'est pas l'effort qui est toujours le plus visible ; mais nous étions au bord de la rupture dans de nombreux territoires, et l’urgence était de garantir le socle. Nous l’avons fait.
A cette occasion, je crois que nous avons fait progresser la cause de l’exploitation et plus largement de la diffusion des œuvres dans le cœur des collectivités. Beaucoup s’apprêtaient à baisser les crédits sur ce volet ; à nouveau, la quasi-totalité des régions ont pris l’engagement de sanctuariser les crédits de diffusion du cinéma et de l’image animée. C’est en une excellente nouvelle.
Maintenant que le socle de l’éducation au cinéma et à l’image est à nouveau garanti, nous pouvons nous redonner de l’ambition, et pour cela veiller à ce que toutes les étoiles soient bien alignées. Avec mon équipe, nous avons pris note des interrogations que vous avez, notamment sur les crédits du pass culture. Nous allons bien évidemment les relayer. D’une manière générale, ce plan ne réussira que s’il est co-porté avec vous. La FNCF, dont je salue le travail notamment sur ce sujet, et l’ensemble de vos représentants continueront d’être étroitement associés aux réflexions pour faire réussir ce plan, et le compléter le cas échéant.
Voilà, en tout cas, quelques raisons de nous féliciter du chemin parcouru ces derniers mois.
Quelles raisons avons-nous de rester vigilants ?
La première, ce sont à l’évidence les tensions qui traversent notre secteur. Je pense bien sûr aux relations entre exploitants et distributeurs, à l’accès aux films, à leurs conditions d’exposition, à leur durée de vie dans les salles.
Votre président les a évoquées en des termes qui me semblent très justes.
Ces tensions sont réelles. Faire comme si elles n’existaient pas, comme si elles n’avaient pas certains fondements, serait très illusoire. Mais si nous souhaitons réellement les dépasser, à la fois pour progresser sur les sujets concrets, et pour retrouver ce sens du collectif qui est la seule chose qui nous protègera demain, alors il faut renouer avec un peu de sérénité ; reconnaître que la qualité du débat au sein de la filière s’est dégradée ces derniers mois, et retrouver à cet égard le sens de l’écoute et du respect ; pouvoir signaler un problème, le faire en premier lieu auprès du CNC et de la Médiatrice, et le faire sans avoir besoin de stigmatiser une catégorie entière de la filière comme un problème en soi.
Célébrer la diversité, c’est d’abord célébrer ce que l’on n’est pas soi-même. Si l’exploitation et la distribution, certes confrontées à de fortes tensions et à des difficultés bien réelles, ne parviennent plus à se retrouver autour du principe simple d’une coexistence pacifique, comment espérer apparaître, aux yeux du public, comme les défenseurs d’une diversité que nous ne savons plus faire vivre entre nous ? Si nous redoutons la brutalisation du débat public autour de notre modèle, redoutons aussi d’en reproduire les travers dans nos propres discussions.
A cet égard, je veux saluer l’esprit dans lequel ce congrès s’est déroulé, et notamment la qualité du débat qui a eu lieu ce matin sur ces enjeux. Conformément au vœu de votre président, preuve a été apportée qu'il était possible de se parler sans s’invectiver, de faire état des différends que vous pouvez avoir tout en reconnaissant des différences qui, à nouveau, sont peut-être des complexités à gérer dans le moment où nous sommes, mais sont fondamentalement une chance, parce qu’elles sont constitutives de la diversité du cinéma et donc de sa centralité dans notre pays.
Je forme donc un vœu : celui que nous conservions l’esprit de Deauville au-delà du congrès. Si nous y arrivons, c’est-à-dire si nous sommes – chacun – un peu plus attentifs à la manière dont nous disons les choses, alors on va pouvoir progresser rapidement.
C’est tout l’esprit du comité de concertation entre exploitants et distributeurs que j’ai souhaité mettre en place l’an passé. Nous avons déjà formulé trois recommandations nationales. Une expérimentation va maintenant être menée sur différentes modalités d’exposition des films dans la petite exploitation, et d’autres chantiers nous attendent cet automne.
Tout n’est pas réglé, loin de là. Mais grâce à l’engagement personnel de chacun des membres du comité, à qui je veux dire ma reconnaissance, nous avons recréé un lieu où l’on peut confronter les constats, débattre vraiment, expérimenter et chercher des solutions, plutôt que laisser les tensions s’installer.
Je crois beaucoup à cette méthode. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout. Mais comme Richard tu l’as parfaitement dit, il est impératif de ne pas transformer nos différences et nos différends en motif d’affrontements permanents.
C’est aussi l’état d’esprit dans lequel je veux que nous abordions le classement Art et Essai. J'ai bien entendu les interrogations qu’a suscitées cette réforme, et je sais que certains d’entre vous considèrent qu’elle ne rend pas suffisamment justice à leur travail. Nous devons regarder cela. L’objectif de la réforme reste néanmoins essentiel : mieux reconnaître les salles qui prennent des risques sur les œuvres les plus fragiles. Je vous rappelle le contexte : on n’a jamais eu autant de salles qui montrent des films Art et Essai. C’est en soi formidable ; mais quand une partie des films Art et Essai sont portés par une dynamique de marché, et dans une copie budgétaire qui ne pouvait pas doubler, même si nous avons augmenté le budget dédié au classement pour atteindre un niveau historiquement haut, il a fallu repréciser l’ADN d’une démarche Art et Essai, qui repose autant sur un engagement éditorial que sur un accompagnement.
J’imagine que nous en reparlons dans la discussion qui va suivre, mais je voudrais déjà rappeler certains faits. Les seuils d’accès au classement n’ont pas changé ; 1 357 établissements sont classés cette année. C’est le niveau le plus élevé que nous ayons connu. Je crois qu’une réforme qui conduit à un nombre record d’établissements classés peut difficilement être présenté comme une réforme d’exclusion.
Deuxième fait important que je tiens à souligner, ces établissements ne sont pas concentrés dans les grandes villes, loin de là. Plus de 55% des établissements des établissements classés sont situés dans une commune rurale ou une unité urbaine de moins de 20 000 habitants. Entre 2024 et 2026, l’aide moyenne progresse dans toutes les catégories, avec les hausses les plus importantes dans les catégories C et D. Je comprends tout à fait que chacun raisonne d’abord à l’échelle de son établissement. La commission nationale d’appel, qui est à venir, sera là pour regarder avec attention chacun des cas qui lui sera signalé. Mais il me paraît difficile de dire par exemple que la réforme pénalise systématiquement les villes petites et moyennes. Les données nationales montrent précisément le contraire.
Ces données ne suffisent évidemment pas à clore la discussion. J’ai entendu votre demande d’un bilan complet de la réforme. Nous avons déjà fait plusieurs bilans d’étape. Nous nous sommes vus au mois de juin dernier, aux côtés de l’AFCAE, du SCARE et du GNCR, de même que nous nous étions déjà vus, en octobre 2025, pour tirer le bilan d’une première année d’application de la réforme. De cette réunion, était d’ailleurs sortie l’idée de publier des lignes directrices à l’attention des commissions art et essai afin, notamment, de les appeler à la modération dans les variations individuelles des subventions.
En un mot, nous n’avons pas attendu d’y être invités, cher Richard, pour entretenir avec vous un dialogue permanent, pour identifier les points de la réforme qui méritent d’être améliorés. Ce dialogue, nous allons naturellement le poursuivre et, comme je m’y étais engagé l’an passé, si des modulations de la réforme doivent être menées, elles le seront, mais sans perdre de vue l’objectif initial que j’ai rappelé, ni l’essence même du classement, qui est d’être une aide sélective.
La même méthode doit prévaloir sur un autre sujet dont je sais qu’il suscite beaucoup d’interrogations : celui de la donnée spectateur.
Je vous réponds avec la même franchise : je comprends ces interrogations. Mieux connaître les publics peut nous permettre de mieux nous adresser à eux, de mieux les fidéliser. Mais les questions de propriété et de maîtrise des données, de leur utilisation, de leur valeur économique ou du risque de dépendance à l’égard de certains acteurs sont parfaitement légitimes.
Je veux donc être clair : le CNC n’arrive pas avec un modèle préétabli. Il n’y a pas de plateforme centralisée déjà décidée dans un bureau du CNC que nous chercherions à imposer.
Notre seul agenda est que la discussion ait lieu, et qu’elle se tienne en des termes respectueux de chacun. Comme à son habitude, le CNC jouera donc un rôle de facilitateur, en n’étant l'instrument de personne, seulement de l’intérêt collectif de la filière. Nous allons commencer par regarder avec vous les besoins réels, les conditions dans lesquelles ces données peuvent être collectées et utilisées, et les garanties nécessaires.
Sur un sujet aussi important, je préfère que nous prenions le temps de construire ensemble une solution utile, plutôt que de nous précipiter vers une solution qui ne susciterait pas la confiance. Mais pour avoir le temps, il faut s'y mettre concrètement. C'est l’objet du groupe de travail que j’ai annoncé.
Nous voulons aussi vous accompagner, toujours très concrètement, pour explorer ce que la donnée et l’intelligence artificielle peuvent apporter à vos métiers. C’est l'un des objets du nouvel accélérateur « Fréquentation Cinéma » que nous venons d'annoncer avec Bpifrance : pendant douze mois, une quinzaine d’entreprises de l’exploitation et de la distribution seront accompagnées sur ces enjeux, mais aussi sur le marketing, l’expérience spectateur, en bénéficiant de la très riche expertise de Bpifrance qui accompagne déjà de nombreux secteurs économiques, avec des comparaisons intéressantes à faire. Ensemble, le CNC et Bpifrance accompagnaient déjà le secteur du cinéma et de l’image animée en général. Nous avons souhaité la mise en place d’un deuxième accélérateur dédié aux enjeux spécifiques de l’exploitation et de la distribution.
Un mot également du chantier “accessibilité”. Je crois que nous sommes tous d’accord sur l’objectif : permettre aux millions de Français, qui sont en situation de handicap, d’aller au cinéma comme n’importe quel autre spectateur. Mais je sais aussi que, derrière cet objectif très légitime, il y a pour vous des réalités très concrètes : des équipements à adapter, des séances à organiser, des équipes à former, une information à rendre disponible.
Le plan engagé cette année doit nous permettre d’avancer progressivement, notamment en augmentant le nombre de séances adaptées et en permettant aux spectateurs de savoir simplement où et quand ils peuvent en bénéficier. Une première étape a été franchie avec l’évolution des logiciels de billetterie pour mieux renseigner l’audiodescription et le sous-titrage adapté. Aujourd’hui, l’information sur les séances adaptée est disponible. C’est un pas en avant qui est considérable ! A nouveau, je veux vous féliciter pour votre engagement, celui de votre Fédération, récemment salué par le Président de la République et la Ministre de la Culture.
Sans être exhaustif, un dernier sujet de vigilance porte évidemment sur le contexte général dans lequel nous évoluons. Vous le savez : le CNC est de plus en plus scruté, interrogé et parfois même contesté dans son existence même.
Cher Richard, tu as dit que le CNC pouvait compter sur les exploitants pour défendre notre modèle. Je veux toutes et tous vous en remercier. Il est certain que vous avez, au cœur de tous les territoires, au contact des Français et notamment des élus de proximité comme des élus nationaux, un rôle évident à jouer.
Je n’ai aucun conseil à donner à ce sujet, et je suis d’ailleurs attentif à ce que le CNC reste à sa place, qui n’est pas d’entrer dans la mêlée politique, a fortiori à la veille d’échéances majeures. La seule réflexion que je peux partager avec vous, c’est que le cinéma, et les salles de cinéma, ont toujours été du côté des Français, du côté des territoires, du côté de la souveraineté, du côté d’une culture populaire et ambitieuse à la fois, et rappeler cela, ça n’est pas porter un combat politique contre tel ou tel, c’est au contraire rappeler que notre combat pour le cinéma a toujours fait l’objet d’un consensus transpartisan et qu’il mérite donc de faire partie de tous les combats politiques.
Nous sommes entrés dans un monde où rien n’est jamais acquis, où il faut parfois se battre juste pour rappeler des faits pourtant simples. Rien de cela ne doit nous désespérer. Nous avons déjà comme boussole la confiance des spectateurs dans nos films, dans nos salles ; en n’oubliant jamais que ce sont aussi des citoyens, donnons leur aussi comme boussole la préservation d’un modèle qui fait la fierté de notre pays et l’admiration de tous nos partenaires étrangers.
Je voudrais conclure sur les raisons que nous avons de rester mobilisés. Pour le CNC, ces raisons sont évidentes : nous croyons dur comme fer dans l’avenir du cinéma, dans le futur de vos salles ; votre engagement est inspirant, et je veux vous redire simplement le bonheur de visiter vos salles au gré de mes déplacements. Avec l’équipe du CNC, nous voyons les défis présents, mais nous nous sentons capables de vous accompagner pour les relever, et cette année encore, cette année en particulier, nous n’allons pas ménager notre peine pour cela.
Le CNC est à vos côtés, et ce n’est pas une formule. L’an dernier, je vous avais dit que nous ne laisserions pas des salles viables être mises en danger par des difficultés de trésorerie.
Nous avons mis en place un dispositif d’urgence, avec une cellule dédiée et des avances exceptionnelles pour les petites et moyennes exploitations qui en avaient besoin. Nous l’avons fait parce que derrière chaque salle en difficulté, il y a une entreprise, des salariés, un équipement culturel essentiel à un territoire. Lorsque la situation l’exige, le CNC sait agir vite. Mais ce que cet épisode rappelle aussi, c’est que notre modèle repose sur une solidarité concrète. Aucun de ses maillons ne peut être affaibli sans fragiliser tous les autres.
Le CNC a besoin d’entendre les exploitants, notamment lorsque ses dispositifs doivent évoluer. Les exploitants ont besoin de distributeurs capables de prendre des risques sur les œuvres. Les distributeurs ont besoin de salles capables de les défendre dans la durée. Et toute la filière a besoin de spectateurs qui continuent à faire le choix du cinéma.
Cette interdépendance n’est pas une faiblesse. C’est le contraire, c’est la force de notre modèle. Un modèle qui organise la solidarité entre les succès et la prise de risque, entre les différents métiers de la filière, entre les œuvres et les lieux qui leur permettent de rencontrer leur public.
Ce modèle n’est pas gravé dans le marbre, et c’est pour une part une bonne chose : nous devons continuer à l’adapter aux transformations du cinéma, aux nouveaux usages, aux attentes des spectateurs.
Mais l’adapter ne signifie pas renoncer à ce qui le fonde. Dans un moment où il est de plus en plus contesté, nous avons la responsabilité de montrer, par les faits, ce qu’il permet.
Ce qu’il permet, c’est de continuer à produire demain des films aussi ambitieux que La Bataille de Gaulle, aussi fédérateurs que Tombé du ciel, aussi singuliers que Notre Salut – et de donner sa chance au prochain film d’une autrice ou d’un auteur encore inconnu, dont personne ne peut aujourd’hui prédire le succès.
Ce qu’il permet aussi, c’est que tous ces films puissent rencontrer leur public dans des salles très différentes. Dans les grands cinémas qui investissent dans des écrans et des expériences que les spectateurs ne retrouveront pas chez eux. Dans les salles indépendantes et les salles Art et Essai qui prennent des risques sur des films plus fragiles. Dans les cinémas de proximité qui sont parfois le seul équipement culturel d’un territoire. Et dans les circuits itinérants qui apportent le cinéma là où il n’y a tout simplement plus de salle.
C’est cela que nous devons défendre. Pas un modèle par principe. Pas le CNC pour lui-même. Mais notre capacité collective à prendre des risques sur les œuvres, à investir dans les salles et à faire en sorte que, partout dans notre pays, les Français, comme spectateurs et comme citoyens, puissent continuer à faire le choix du cinéma.
Je vous remercie.