"FrenchMania", le premier mook dédié au cinéma français et francophone

"FrenchMania", le premier mook dédié au cinéma français et francophone

14 septembre 2020
Cinéma
FrenchMania
FrenchMania
En librairie depuis le 2 septembre 2020, FrenchMania est la première revue sur le cinéma français et francophone à paraître. Rencontre avec Franck Finance-Madureira, son co-fondateur, qui nous raconte les dessous de cette aventure.

FrenchMania est né en 2017, d’abord sous la forme d’un site internet. Comment a débuté l’histoire de ce mook ?

Franck Finance-Madureira : L’aventure de FrenchMania a débuté en 2017. Nous sortions d’une autre aventure professionnelle avec Ava Cahen - nous avions codirigé Clap !, un magazine associatif sur le cinéma et les séries – et cette expérience nous a donné l’envie de créer notre propre média. Néanmoins, partant du principe qu’il y avait assez peu de place pour les revues généralistes sur le cinéma dans la presse, nous savions qu’il était impératif de trouver notre propre créneau.

Franck Finance-Madureira CNC
Journalistes et cinéphiles tous les deux, nous avons constaté avec stupéfaction que dans les médias, le cinéma français est peu considéré alors qu’il dispose d’un vivier de talents incroyable et qu’il offre une diversité que l’on retrouve dans très peu de pays. D’où l’idée de se concentrer sur le cinéma français, et par voie de conséquence, sur le cinéma francophone, une cinéphilie dont on parle assez peu, même en France.

La production française étant présente dans le monde entier, dans toutes les cinématographies du monde, que ce soit en termes d’investissements ou en termes de talents, cela nous laissait une latitude assez large pour partager notre passion des films.

Nous avons ainsi lancé le site FrenchMania il y a trois ans maintenant, où nous traitons de l’actualité du cinéma. Cela nous a permis d’expérimenter tous les champs des possibles sur cette formidable matière qu’est le cinéma français, d’établir peu à peu des contacts, de faire connaître FrenchMania et d’être identifié comme le seul média au monde à être spécialisé dans le cinéma français et francophone.

Un objet hybride qui aborde des cinématographies différentes

Pourquoi lancer aujourd’hui FrenchMania en version papier, dans un contexte si peu propice à la presse écrite ?

Pour plusieurs raisons. D’abord, avec ce mook (contraction de « magazine » et « book » - ndlr), nous avions envie de publier un objet différent, un peu hybride, dans lequel on pourrait aborder des cinéphilies diverses. Pour cela, on avait à cœur de s’entourer de tous ceux qui font le cinéma : des producteurs aux directeurs de casting en passant par les distributeurs, les réalisateurs et les acteurs, bien sûr… FrenchMania est devenue en quelque sorte une revue participative. Mais c’est ce que nous voulions, faire de notre revue une matière vivante, à l’image du cinéma. Bref, on a créé la revue qu’on aurait aimé lire !

Il y avait également l’envie d’échapper aux codes de la presse cinéma en imaginant une revue au format libre, sans publicité, vendue non pas en kiosque mais en librairie, ce qui nous place dans l’univers du livre (nous sommes édités d’ailleurs aux éditions du Rocher) plutôt que de la presse. Enfin, ce mook était aussi l’occasion de nous libérer des contraintes liées à l’actualité, de cette exigence d’urgence que l’on connaît si bien dans nos métiers de journalistes, et de pouvoir prendre du recul par rapport à l’actualité. Par exemple, dans ce premier numéro, nous proposons une conversation avec Virginie Ledoyen, prétexte pour évoquer sa carrière, ses rencontres, mais aussi le journal de bord d’Antoine Reinartz qui nous raconte le tournage du film Petite nature de Samuel Theis, qui devrait sortir au printemps 2021. Le lecteur peut aussi découvrir le « mood board » confectionné par Sébastien Marnier qui lui a permis de « trouver la grammaire, la couleur et la matière de son film », L’Origine du mal, attendu en salles courant 2021. C’est plaisant de pouvoir parler de projets, de prendre le temps de la discussion.

Pourquoi avoir choisi une publication semestrielle ?

Tout simplement parce que publier 180 pages avec des texte inédits, des photos, des illustrations, ça représente pas mal de travail ! Ava et moi sommes tous les deux pigistes en parallèle, et faire un bel objet demande du temps. Et puis, nous souhaitions aussi laisser au mook le temps d’exister en librairie.

Fonctionner aux coups de cœur et à l’envie de la rencontre

Vous êtes donc co-fondateur, avec Ava Cahen, de FrenchMania. Comment travaille-t-on à 4 mains ?

Au-delà du fait d’être partenaires professionnels, nous sommes d’abord amis. Cela signifie qu’on peut se permettre toutes les fantaisies, on peut lâcher toutes les idées qui nous passent par la tête sans retenue. On échange, on teste, mais surtout, on fonctionne aux coups de cœur, à l’envie de la rencontre. On a tout de même la chance de faire un métier qui nous passionne ! Et nous sommes tous les deux convaincus que deux subjectivités valent mieux qu’une, surtout quand il est question de cinéma. A mon sens, avoir le regard de l’autre sur son travail apporte une certaine valeur ajoutée. On s’enrichit l’un l’autre.

Garder l’envie des premiers instants

Comment définiriez-vous l’univers de FrenchMania ?

C’est un univers hétéroclite, vivant, ouvert sur ce qui nous entoure, et qui j’espère, nous ressemble à Ava et moi. Nous avons des profils différents, Ava est issue d’une école de cinéma, moi j’ai un parcours de journaliste. On se complète bien tout en ayant nos marottes. Ava, par son expérience à La Semaine de la Critique, a une sensibilité et un regard plus affuté sur les premiers films. De mon côté, pour avoir travaillé dans la presse LGBT et avoir créé la Queer Palm il y a 10 ans, j’ai une appétence pour tout ce qui peut être marginal, alternatif. Tout ça nous a amené à définir une ligne éditoriale la plus riche et diversifiée possible. On se méfie des œillères qui ont vite fait de nous faire encenser les mêmes auteurs, les mêmes cinéastes, sans imaginer regarder ailleurs. Notre cinéphilie s’est construite avec notre curiosité, avec nos découvertes. C’est capital de garder cette envie des premiers instants.

Vous avez déjà quelques idées pour le prochain numéro ?

Il est même en cours puisque la sortie est prévue en mars 2021. Autant dire demain ! Le chemin de fer est prêt. On y retrouvera les feuilletons lancés dans le premier numéro, tels que le scénario façon cadavre exquis entamé par Catherine Corsini et Naïla Guiguet, certainement un nouveau mood board, qui est une jolie façon d’entrer dans l’univers d’un artiste. Et c’est Vahram Muratyan, graphiste et auteur du livre Paris vs New York, qui composera à nouveau la couverture. D’ailleurs, celle de ce premier numéro représentait un certain défi puisqu’il fallait donner une identité à la revue sans avoir encore de ligne vraiment définie. Vahram a réussi haut la main ! Il y aura peut-être de nouvelles rubriques, ou des façons différentes d’aborder celles du premier numéro… Ce qui est sûr, c’est que les idées foisonnent, comme les envies !

FrenchMania est un semestriel paru aux éditions du Rocher le 2 septembre 2020.