Jean-Pierre Beauviala : son & lumière

Jean-Pierre Beauviala : son & lumière

09 avril 2019
Cinéma
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Jean-Pierre Beauviala à la Cinémathèque française le 21 janvier 2008
Jean-Pierre Beauviala à la Cinémathèque française le 21 janvier 2008 DR
Mort de l’ingénieur français Jean-Pierre Beauviala, fondateur de la société Aaton (devenue Aaton Digital) qui à partir des années 70 a créé de nouvelles techniques de prises de vues et rendu les caméras plus légères. Portrait d’un révolutionnaire du septième art.

Avec la mort du Français Jean-Pierre Beauviala, décédé lundi 8 avril à l’âge de 81 ans, le cinéma perd l’un de ses pionniers. Un pionnier discret qui évolua dans l’ombre pour donner la lumière à d’autres. Aux cinéastes en l’occurrence. Il est l’inventeur des caméras modernes qui sortaient des laboratoires de sa société Aaton depuis 1971. Les noms de ses inventions forment un long poème en « poses » : chat sur l’épaule, caméra brousse ou encore paluche, l’une de ses plus célèbres inventions, une caméra vidéo miniature, ancêtre des caméscopes et autres caméras numériques.

Lorsque Jean-Pierre Beauviala a commencé sa carrière d’ingénieur au service du septième art, les appareils de prises de vues peu mobiles pesaient lourd et faisaient un bruit infernal. Le son s’enregistrait, lui, à part, rendant le travail de synchronisation laborieux. Beauviala a simplifié et allégé ces processus. Et soudain le cinéma est devenu plus vif et réactif. En un mot : moderne. Comme aime à le répéter Claude Lelouch, les grandes révolutions du cinéma sont avant tout techniques. Jean-Pierre Beauviala était donc plus que jamais un révolutionnaire.

L’ami Godard

Si, en 1971, les cinéastes sortent depuis bien longtemps des studios pour le grand air afin de capter la vraie vie, le geste des opérateurs a sérieusement besoin d’être libéré de sa pesanteur. Comme toutes les grandes inventions, celles de Beauviala sont nées d’un manque. En 1965, le futur ingénieur se rêve en effet cinéaste et entend filmer l’urbanisme galopant de la ville de Grenoble. Mais son approche documentaire est entravée par la lourdeur du matériel et notamment l’impossibilité d’enregistrer en même temps  - et en solitaire ! -, l’image et le son. Il a donc l’idée de coller la bande son sur la manchette de la pellicule et crée ainsi un procédé d’enregistrement inédit. A la fin des années 70, il va même concevoir spécialement pour son ami Jean-Luc Godard une caméra 35 mm ultra légère afin de lui faciliter le tournage de Prénom Carmen.

Une interpréation de la réalité

Cet amoureux fou de la pellicule aura attendu 2013 pour passer au numérique afin de proposer aux utilisateurs une meilleure qualité d’image et de son. Comme il le disait dans les colonnes de Télérama : « Nous vivons une époque inouïe en termes de propositions de nouveaux formats : après la 3D, on nous pousse maintenant au 48 images par seconde. C'est le moment de leur rappeler que, loin de la reproduction naturaliste, le cinéma est avant tout interprétation de la réalité. »  

Jean-Pierre Beauviala, que l’on pouvait croiser fréquemment à la Cinémathèque française où il partageait sans compter sa passion pour les techniques du cinéma, a réalisé plusieurs films dont le documentaire Opération fermes ouvertes, Larzac, Pâques 1972, avec Suzanne Rosenberg.