"La Boum", trois petites notes de musique…

"La Boum", trois petites notes de musique…

17 décembre 2020
Cinéma
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La Boum de Claude Pinoteau
"La Boum" de Claude Pinoteau Gaumont - Productions Marcel Dassault
Il y a quarante ans sortait La Boum de Claude Pinoteau. Au-delà du film générationnel, célébrant l’adolescence et ses tracas amoureux, c’est sa musique composée par Vladimir Cosma qui a marqué les esprits. Trois notes suffisent pour la reconnaître. Florilège des choses à connaître sur cette BO.

L’influence d’Yves Robert

C’est habituellement Georges Delerue qui travaille avec Claude Pinoteau. Pour La Boum, le compositeur incite toutefois le réalisateur à choisir Michel Polnareff pour composer une BO aux accents plus contemporains. Tout le monde a apprécié sa musique énergique et disco pour La Folie des grandeurs. L’affaire est faite, mais le chanteur est parti s’exiler aux États-Unis. À quelques semaines du tournage, il est impossible à joindre et les mélodies qu’il a envoyées ne conviennent pas vraiment. Il faut donc en urgence lui trouver un remplaçant. D’autant que le réalisateur souhaiterait faire écouter à ses acteurs le slow romantique, morceau phare du film sur lequel l’héroïne, Vic, doit danser avec son amoureux qui vient de lui mettre un casque sur les oreilles au milieu de la boum. Claude Pinoteau a le déclic grâce aux films d’Yves Robert. C’est en effet avec le réalisateur d’Alexandre le bienheureux que Vladimir Cosma a débuté dans la musique de film en 1968. Depuis, le tandem ne se quitte plus. « J’avais été très sensible, écrit Claude Pinoteau dans son autobiographie, aux mélodies écrites par Vladimir Cosma pour les films d’Yves Robert, notamment Salut l’artiste. Les accents de ses harmonies me touchaient, et je demandai à Marc Goldstaub, le directeur des productions Gaumont, de joindre le compositeur pour savoir s’il serait libre et intéressé par cette Boum. »

 

 

 

Un thème trouvé sur un piano électrique

Seulement voilà, Vladimir Cosma est devenu un compositeur très demandé et, en ce printemps 1980, il a beaucoup de travail. Claude Zidi lui a commandé la BO de L’Inspecteur la Bavure et Gérard Oury celle du Coup du parapluie. Il décide de s’accorder quelques jours de congé à Saint-Jean-Cap-Ferrat quand la proposition de la Gaumont lui arrive. Il la refuse, étonné qu’on pense à lui, le violoniste soliste virtuose et mélodiste reconnu, pour une ambiance rock et variétés. Deuxième coup de fil, d’Alain Poiré cette fois-ci, le producteur de la Gaumont. Il lui demande d’accepter ce « petit » film en échange des gros qu’il a la chance de faire pour la firme à la marguerite. Cette fois, Vladimir Cosma n’a plus le choix. Pendant plusieurs jours, il tourne autour de quelques notes jetées sur son cahier. « Finalement un matin avant d’aller me baigner, racontait-il au CNC en janvier 2020, j’ai sorti le Wurlitzer – un petit piano électrique – que j’avais toujours dans le coffre de ma voiture et j’ai composé le thème du slow. J’ai envoyé une bande démo au réalisateur. » À Paris, Claude Pinoteau est soulagé. Le tournage s’apprête à commencer.


 


Une plongée dans les tubes

Si le plus dur est fait, il reste beaucoup de travail à Vladimir Cosma. Ce « petit film » regorge de musiques sur lesquelles les jeunes doivent danser : des slows, des rocks, du reggae… Si Claude Pinoteau pioche allégrement dans les tubes mondiaux pour animer les séquences de boum, il est hors de question d’utiliser ces musiques qui auraient ruiné en droits le budget du film. À charge pour Vladimir de les remplacer. Ce que Claude Pinoteau ignore, c’est que Vladimir Cosma n’a jamais composé une chanson de sa vie. En outre, le musicien n’a jamais mis les pieds dans une boîte de nuit ni écouté de « dance music ». Qu’à cela ne tienne, c’est un perfectionniste auquel rien ne fait peur.

J’ai commencé par demander à la Sacem la liste des slows qui ont eu le plus de succès entre 1960 et 1980, explique le compositeur. Et je les ai étudiés, comme on étudie une symphonie de Beethoven, en décortiquant la construction, le tempo…
Vladimir Cosma
Compositeur


Il lui faudra près de neuf mois de travail pour accoucher de son reggae It Was Love qui n’a rien à envier à Bob Marley ou de ses rocks façon Clash, Formalities, ou façon rockabilly, Swinging Around.


 

L’interprète idéal

C’est Billy Joel qui va servir de guide pour le slow central de La Boum. Son Honesty inspire à Vladimir Cosma Reality. Claude Pinoteau veut des paroles en anglais pour qu’elles n’interfèrent pas avec le film. Reste à en trouver l’interprète idéal. La production aimerait bien une star de la chanson. Le plan initial n’était-il pas de faire chanter Michel Polnareff ? Gilbert Montagné – qui a triomphé avec The Fool – est approché mais le courant ne passe pas vraiment entre Cosma et lui. Et puis, le compositeur est persuadé qu’il faut un inconnu dont la voix deviendrait ainsi celle du jeune héros. Il cherche un timbre « neutre, doux et simple » à la Michael Franks, un crooner jazzy américain à la voix veloutée. Ce dernier est un temps envisagé avant que ses exigences financières ne rebutent la production. Après six mois d’essais, Cosma se désespère. Jusqu’à ce qu’arrive la candidature d’un Franco-Écossais de 27 ans, Richard Sanderson. Après avoir tenté sa chance aux États-Unis où il a monté un orchestre et étudié l’harmonie au Berklee College of Music, le jeune homme revient en Europe où il décroche un job d’arrangeur pour le producteur Pierre Jaubert. Sans trop d’espoir, il lui a confié une démo de ses chansons. La cassette se retrouve sur le bureau de Vladimir Cosma. Après une audition, Sanderson est adoubé par le compositeur. Ils enregistrent la chanson à Londres, aux studios Trident.


 


Un immense succès

Dès la sortie du film en décembre 1980, la BO est un succès. Reality devient le slow de l’hiver. Il se classe n° 1 dans quinze pays. En Italie, où la sortie du film est décalée, les adolescents ont fait un triomphe aux tubes made in Cosma. Résultat : quand Il tempo delle melle (« Le temps des pommes » est le titre de La Boum en italien !) arrive sur les écrans presque un an plus tard, en novembre 1981, c’est un raz-de-marée. Sept millions de spectateurs ! Soit trois de plus qu’en France…
Au total, Vladimir Cosma a vendu 27 millions de disques avec la BO de La Boum.
Cet immense succès signe le début d’une collaboration de sept films avec Claude Pinoteau. Pour le compositeur, récemment honoré par l’Union des compositeurs de musiques de films, La Boum reste la musique de film pour laquelle le public vient majoritairement le saluer. Les gens lui racontent leur rencontre sur Reality, leur mariage… Un comble pour un musicien qui n’était « pas destiné à faire danser les gens », comme il le dit lui-même.