La renaissance du cinéma L’Eperon d’Angoulême

La renaissance du cinéma L’Eperon d’Angoulême

Salle ICE Eperon
Salle ICE Eperon CGR
Ancien cinéma transformé en école de danse, L’Eperon est redevenu temporairement une salle de projection en 2018 et 2019 pour accueillir pendant quelques jours le Festival du film francophone d’Angoulême (FFA). Une reconversion qui s’est concrétisée cette année par l’ouverture, le 7 août dernier, d’une salle premium ICE, rattachée au Cinéma CGR Angoulême de 11 salles situé à proximité. A l’occasion de l’ouverture ce 28 août de l’édition 2020 du FFA, retour sur la réhabilitation de l’Eperon, qu’a soutenue le CNC.

La « modernité » en ADN

Inauguré en 1962 par l’exploitant Michel Deschamps, L’Eperon est un modèle de modernité à l’époque. Le cinéma est en effet doté d’un système de projection en 70 mm. « C’est le deuxième cinéma français à disposer d’un tel système », souligne d’ailleurs le Festival du film francophone dans sa présentation de la salle. S’ajoutent à cette technologie moderne 600 fauteuils en cuir noir, des draperies et une inauguration réunissant 500 invités dont plusieurs personnalités du cinéma, de Françoise Dorléac à Robert Hossein. Cinquante-huit ans plus tard, L’Eperon retrouve sa modernité d’antan en accueillant désormais une salle premium ICE, un concept innovant qui permet notamment, grâce à des panneaux latéraux, de prolonger l’image. De quoi offrir une immersion encore plus forte pour les spectateurs. « C’est une sorte de retour à la case départ. Cette salle a toujours été un précurseur, c’est dans son ADN », nous confie Robert Laborie, directeur du développement du groupe CGR, qui souligne qu’Angoulême dispose de la seule salle ICE et de la seule salle premium du Département de la Charente. « Même nos concurrents n’en ont pas ».

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21 octobre 2019

Un cinéma éphémère

Fermé en 1996, le cinéma L’Eperon a été transformé en école de danse par sa propriétaire. Ce n’est qu’en 2018 qu’il a retrouvé sa fonction première, lorsque le Festival du film francophone en a fait une salle éphémère pour accueillir certaines de ses projections. « On est en train de se ruiner pour la remettre en état. C’est un défi financier. CGR nous fournit les fauteuils, un magasin de bricolage d’Angoulême nous donne la moquette, la mairie a rétabli l’électricité : on a fait une chaîne de solidarité. C’est de la folie, c’est juste pour de l’art. Mais ça va être une salle de plus pour la compétition. Il nous manquait à peu près 250 places pour les festivaliers qu’on était obligés de refuser », nous expliquait en 2018 Marie-France Brière, cofondatrice du FFA. Ces aménagements, faits également pour l’édition 2019 du festival, étaient enlevés dès la fin de l’événement. « La salle était dans son jus. Le cinéma, qui était un complexe de 4 salles, n’avait subi aucune transformation avant. Il avait été vidé de son contenu et ne restaient que les murs d’origine et quelques fioritures. Le festival n’utilisait que la grande salle, les autres sont définitivement fermées. Dès le festival fini, la salle n’existait plus », confirme Robert Laborie.

Retrouver le volume d’antan

Le cinéma a été racheté par le Pôle Image Magelis rassemblant le Conseil départemental de la Charente, la Région Nouvelle-Aquitaine, la Ville d’Angoulême et la Communauté d’agglomération du Grand Angoulême. La structure publique a porté une partie des travaux, notamment les chantiers structurels tels que le « désossement de la salle et le retrait des faux plafonds », tandis que le Groupe CGR a pris en charge, de son côté, l’aménagement intérieur de la salle ICE. « Nous sommes locataires du Pôle Image Magelis. Vu l’important investissement (le budget total des travaux est de 1,3 million d’euros, ndlr), nous avons négocié un loyer progressif, le temps de pouvoir rentrer dans nos frais ». Outre l’installation d’une salle premium, les travaux avaient aussi pour objectif de mettre aux normes le cinéma afin d’accueillir les personnes à mobilité réduite et de garantir la sécurité des spectateurs. « Nous avons trouvé des escaliers qui n’avaient pas d’utilité mais qui auraient pu être considérés comme dangereux même si le public n’y avait pas accès. Nous avons ainsi supprimé quelques éléments en lien avec la sécurité incendie », commente Robert Laborie qui évoque aussi une volonté de « redonner du volume » « J’ai vu des photos de l’époque, il y avait certes de beaux éléments mais la salle n’était pas classée. C’était malgré tout une belle salle par son grand volume. Nous avons enlevé les faux plafonds, détruit un espace servant de réserve et modifié les toilettes pour retrouver le volume d’antan. Aujourd’hui, la salle est magnifique ». La façade du cinéma, située en-dessous d’appartements, a aussi été modifiée. « La grande salle se trouve au niveau de la rue et les autres sont en-dessous. Nous avons donc récupéré une façade assez basse ne concernant que le rez-de-chaussée. Nous avons dû nous adapter aux exigences des Bâtiments de France qui voulaient une façade sobre sans enseignes trop importantes ». Un choix que regrette Robert Laborie qui aurait aimé pouvoir donner plus de visibilité à la devanture de cette salle ICE. « La couleur choisie est le gris clair qui se fond avec le reste du bâtiment, mais tellement bien qu’il est difficile de remarquer que la façade a été refaite. Ils ont été, à mon goût, trop exigeants. Lorsqu’on investit autant d’argent, il faut que ça se voie et que ça apporte quelque chose aux spectateurs pour que ça fonctionne ».

Façade de la salle ICE de L'Eperon d'Angoulême CGR

L’impulsion donnée par les collectivités

Seule salle premium dans le Département de la Charente, cette salle ICE de 174 fauteuils n’était pas dans les projets immédiats de CGR. « Nous privilégions d’autres secteurs plus importants qu’Angoulême », explique le directeur du développement du groupe. La réhabilitation de L’Eperon a ainsi été impulsée d’un côté par le festival et de l’autre par les collectivités locales– le Pôle Image Magelis – avec le soutien de la Direction Régionale des affaires culturelles de la région (DRAC) et du CNC. « Remettre cette salle en fonctionnement juste pour l’événement cinématographique représentait un coût démesuré – 1,3 million d’euros pour 5 jours de festival. Il fallait s’organiser pour trouver une idée servant d’impulsion à la réouverture de L’Eperon. D’où l’idée de créer une salle ICE alors que le groupe est en plein développement en France de cette salle premium », ajoute-t-il, en précisant que CGR n’aurait pas repris L’Eperon si leur projet de création de salle ICE avait été refusé. « Faire une salle pour faire une salle n’avait pas d’intérêt. Nous avons les films en concurrence avec le Mégarama de Garat (en périphérie d’Angoulême, ndlr), et 11 salles en centre-ville est suffisant, d’autant plus qu’il y a également le Cinéma d’art et essai de la Cité ».

Redynamiser le cinéma de centre-ville

Equipée d’un écran de 15 mètres de base et de 53 enceintes, la salle ICE est située à 200 mètres environ du Cinéma CGR Angoulême. Elle accueillera des films – comme Tenet de Christopher Nolan – qui seront également proposés dans une salle traditionnelle pour ne pas imposer aux spectateurs le surcoût que représente le premium. Pendant le Festival du film francophone, qui se tient du 28 août au 2 septembre 2020, elle accueillera des projections de Antoinette dans les Cévennes, Un triomphe et de Ibrahim. Des films projetés « dans la mesure du possible » avec la technologie ICE (si la technologie est disponible pour ces films). Avec cette offre premium, CGR espère attirer de nouveau les spectateurs en centre-ville, où le potentiel d’activité peut être freiné par les problèmes de stationnement. « Comme de nombreuses villes de province, les transports en commun sont peu développés. Il faut donc prendre son véhicule. Il est donc compliqué de conserver les commerces et l’activité culturelle tout en ayant une volonté de piétonisation ».