Qu’est-ce que la salle premium ICE ?

Qu’est-ce que la salle premium ICE ?

21 octobre 2019
Cinéma
ICE by CGR
ICE by CGR CGR/DR
Équipant actuellement une trentaine de cinémas du réseau CGR, la salle ICE (Immersive Cinema Experience) est un concept premium alliant innovations techniques, confort et immersion visuelle. Jean-Baptiste Salvat, directeur du CGR Blagnac, le premier établissement à avoir accueilli un tel équipement en décembre 2016, le décrypte pour le CNC.

Jean-Baptiste Salvat DR

Quelles sont les caractéristiques de cette salle ICE ?

Avant de la transformer, il s’agissait d’une salle de 350 places. Nous avons réduit sa capacité à 224 places et refait les gradinages pour laisser plus d’espace entre les rangées de fauteuils en cuir inclinables et numérotés. Elle est équipée d’un projecteur laser Christie et du son Dolby Atmos version haut de gamme, avec plus de 50 enceintes et 35 amplis. Elle possède également la technologie ICE Immersive, un concept inventé par notre direction générale : des écrans situés sur les côtés de la salle prolongent l’image par des effets de formes et de couleurs. Mais ces écrans sont en basse définition car nous ne voulions pas sortir les spectateurs du film en attirant leur regard en dehors de l’écran. Ils restent ainsi immergés dans le film car seule leur vision périphérique est touchée par ce système, des études montrent d’ailleurs que cette vision périphérique est liée aux parties du cerveau en charge des émotions. Si un hélicoptère s’écrase à l’écran, il y aura donc des gerbes de feu sur les côtés de la salle. Le ressenti et l’immersion sensorielles seront donc différents. C’est ce qui différencie vraiment notre salle des autres concepts premium.

Cette salle a répond-elle à un besoin d’immersion du public ou à une volonté d’attirer encore plus de spectateurs ?

Les cinémas autour de nous ne sont pas nos principaux concurrents : il faut arriver à faire sortir les personnes de chez elles alors qu’elles ont, dans leur foyer, des offres de contenus et de diffusion à des prix attractifs. Il y a même désormais des TV 3D, 4D et du Dolby Atmos. En tant que directeur de salle, je dois réfléchir à des procédés qui vont attirer le public ou le faire revenir plus souvent qu’à l’ordinaire. Les salles premium ne sont pas l’avenir du cinéma dans le sens où nous n’équiperons pas toutes nos salles de cette technologie. Mais elles constituent une petite impulsion qui tire le marché : ce concept novateur offre une expérience et une émotion qu’on ne peut pas vivre ailleurs. Ce qui crée une attente chez les spectateurs pour certains films.

Il y a donc eu un impact sur votre fréquentation ?

Nous avons senti un effet « ICE » mais le contexte toulousain est particulier car c’est une agglomération qui grossit avec de nouveaux concurrents qui s’implantent. Il est donc difficile d’analyser une hausse d’un côté avec une baisse générale de presque tous les cinémas de l’agglomération. Je pense avoir limité cette baisse grâce à notre salle premium ICE, mais c’est difficilement quantifiable. Pour certains gros films porteurs, je peux cependant comparer mes parts de marché avec celles de films aux cibles similaires (tels que Captain America face au dernier Avengers) sortis avant l’ouverture de notre salle premium. Ainsi, pour un film comme Star Wars, je faisais auparavant 15% dans l’agglomération alors que je peux monter à 28-30% maintenant. L’impact semble donc bel et bien réel.

Tous les films peuvent-ils être projetés avec ce système immersif d’écrans latéraux ?

Tous les films peuvent être diffusés dans cette salle, mais tous n’auront pas cette immersion visuelle car elle nécessite à chaque fois un très important travail de création graphique et artistique (les images projetées sur ces écrans sont réalisées par une équipe dédiée au sein de CGR ndlr). Nous essayons donc toujours de proposer essentiellement en ICE Immersive des films qui vont permettre aux spectateurs de profiter pleinement des atouts de la salle. Privilégier donc le côté « grand spectacle ». Diffuser un film d’auteur dans cette salle n’aurait pas vraiment de sens. Il faut des effets de lumière, des explosions, des courses de voitures, de l’action… Bref de l’entertainment ! Et les films adaptés en ICE Immersive sont choisis par CGR ou proposés par le distributeur qui sait que notre part de marché sera plus importante dans une salle premium. C’est donc bénéfique pour lui aussi.

Quel a été l’investissement financier pour cette salle ?

Plus d’un million d’euros. Le CGR de Blagnac a accueilli la toute première salle ICE : il a fallu tester, prototyper, trouver des fournisseurs, des processus de création et de fabrication. Cela a induit un vrai impact sur le cinéma au niveau financier mais également sur la capacité de la salle qui a été réduite. Comme nous ne voulons pas imposer un surcoût systématique aux spectateurs, chaque film projeté dans la salle premium l’est également en même temps dans une autre salle classique au prix habituel : avec une salle en moins, c’est un peu comme si j’avais un film en moins à l’affiche, ce qui nous impacte également.

Blagnac a eu la première salle ICE. Etait-ce une envie de votre part d’accueillir un tel concept ou son installation a-t-elle été décidée car des travaux de rénovation étaient déjà prévus ?

Nous avons saisi l’occasion des travaux pour l’installer. A l’époque, le réseau CGR comptait 50 cinémas (contre 70 maintenant). Notre PDG, Jocelyn Bouyssy, a toujours été novateur, notamment pour le numérique ou la 3D. Il réfléchissait à dynamiser encore le réseau avec des salles IMAX ou Dolby, mais a choisi finalement d’inventer quelque chose en partant d’une feuille blanche et de technologies vues dans des congrès à l’étranger comme le fauteuil inclinable. La direction était en pleine réflexion sur l’aménagement d’une salle ICE au moment où notre cinéma allait commencer ses rénovations. Ce fut un vrai challenge car nous voulions être prêts pour la sortie, trois mois plus tard, de Star Wars 7 : ça a donc été la course au niveau de la technique, de l’exploitation, des plannings, de l’accueil, des accès, de l’affichage, du logiciel de caisse, de la création du prototype de fauteuil… Le chantier s’est terminé le matin à 6h, le jour même de la sortie du film alors que nous étions déjà complets toute la journée. C’était un vrai pari risqué et osé.

Quels sont les développements prévus actuellement pour cette salle ICE dans le réseau CGR ?

Six mois après le lancement à Blagnac, notre PDG a décidé du multiplier le nombre de ces salles. Il y en a 32 maintenant et des projets dans le monde entier puisque des accords ont déjà été signés au Moyen-Orient comme à Los Angeles. D’autres pistes sont étudiées à l’étranger. Nous sommes fiers qu’un concept 100% français, créé à La Rochelle par une dizaine de personnes, finisse dans des circuits du monde entier !