Le Satyricon de Fellini fête ses 50 ans

Le Satyricon de Fellini fête ses 50 ans

18 décembre 2019
Cinéma
Tournage de Satyricon
Tournage de Satyricon Produzioni Europee Associate PEA - DR - TCD
Le 19 décembre 1969, la France découvrait l’adaptation d’un des plus mystérieux ouvrages de la littérature latine par Federico Fellini. Retour sur un classique du 7e Art.

Un ouvrage essentiel dans la vie de Fellini

C’est l’une des œuvres les plus mystérieuses de la littérature latine. Un roman satirique attribué sans certitude absolue à Pétrone. Un roman picaresque mêlant vers et prose, considéré comme l’un des tout premiers de la littérature mondiale. Le portrait incisif d’une société romaine en pleine décadence que Federico Fellini a donc choisi de porter à l’écran en 1969 en suivant les pérégrinations de deux jeunes parasites, Encolpe et Ascylte, vivant au Ier siècle de notre ère sous Néron. Cette œuvre tient une place à part dans la vie du cinéaste italien. Des années après l’avoir découvert enfant, il s’y replonge alors qu’il est hospitalisé pour une grave maladie à la fin des années 1960. Et il y retrouve l’inspiration et le goût de retourner sur un plateau après 4 ans d’absence (son précédent film, Juliette des esprits, remontait à 1965). On comprend volontiers pourquoi : Satyricon est une œuvre à trous, nombre de ses chapitres ayant été perdus au fil des siècles. Ce qui permet donc, quand on le porte à l’écran, de faire preuve d’une imagination sans limites pour compléter les passages manquants.

Un Satyricon peut en cacher un autre

Quelques mois avant Fellini, son compatriote Gian Luigi Polidoro avait décidé de se lancer lui aussi dans une adaptation de Satyricon réunissant devant sa caméra Ugo Tognazzi, Tina Aumont ou encore Valérie Lagrange. Une œuvre bien plus légère que celle de Fellini et sur laquelle quelques scènes jugées obscènes firent souffler un vent de scandale. Mais son existence même mit le maestro en fureur. Si bien que son co-producteur United Artists acheta plus d’un million de dollars la version de Polidoro, dans la foulée de sa sortie en salles pour qu’elle ne puisse plus concurrencer d’une manière ou d’autre celle de Fellini. Mais comme Polidoro avait déposé le titre, Fellini dû bel et bien changer le sien en Fellini Satyricon pour éviter tout procès.

Une œuvre clé dans son parcours

À la fin des années 60, alors que Fellini se lance dans Satyricon, deux grands mouvements cinématographiques semblent en voie de disparition : la Nouvelle Vague et le Néo-réalisme. Pleinement conscient de ce moment de bascule, le cinéaste italien va donc pousser encore plus loin les curseurs de l’onirisme de son Juliette des esprits. Son Satyricon sera une œuvre à la démesure assumée, où il se débarrasse de ses oripeaux néo-réalistes pour trouver une inspiration nouvelle dans le foisonnement de la Rome de la décadence. Et avec le recul, ce film annonce la suite de la carrière du cinéaste où, de Fellini Roma à son Casanova en passant par Amarcord, il n’aura de cesse de fuir ce réalisme qu’il avait si magistralement magnifié dans La Strada.

Un film qui a divisé

En tissant des liens entre son époque et la Rome antique, rongée par une avidité de sexe, de bouffe et d’argent, Fellini a évidemment fait grincer des dents. Avec son style baroque et l’absence revendiquée de cadre, il a aussi perdu nombre de critiques en chemin. « Le spectacle est prodigieux. Mais il arrive que cette suite de “tableaux” sans structure dramatique crée à la longue une impression de monotonie. Prise séparément, chaque image nous émerveille. Mais, au-delà de cet émerveillement, nous ne ressentons rien », écrivait Jacques de Baroncelli dans Le Monde, en écho à ses confrères qui jugent l’œuvre victime des complaisances esthétiques d’un maestro étouffé sous ses outrances et ses folies. Henry Chapier leur répondit dans Combat : « Ce film se présente comme un chef-d’œuvre de cinéma à l’état pur, une création intime et personnelle, un feu d’artifice d’images bouleversantes de beauté. Il y a peu de cinéastes vivants capables de nous faire éprouver de pareilles émotions aujourd’hui. » Le public français a tranché en faveur de Fellini en se déplaçant en masse à la découverte de Satyricon : plus de 1,2 million d’entrées. Le cinéaste italien ne fera jamais mieux dans la suite de sa carrière.

Deux débutants dans les premiers rôles

Pour tenir les premiers rôles de son Satyricon, Fellini choisit de faire appel à deux débutants sur grand écran. Terence Stamp était pourtant son premier choix pour Encolpe, mais il refusa le rôle. Fellini se mit alors en quête d’un acteur au physique proche et jeta son dévolu sur Martin Potter, jeune Britannique de 25 ans dont la carrière sera ensuite faite de seconds rôles : Le Grand Sommeil de Michael Winner, Lady Oscar de Jacques Demy… Face à lui, pour Ascylte, le cinéaste fit appel à l’Américain Hiram Keller. C’est Franco Zeffirelli qui le premier avait remarqué le jeune homme dans les chœurs de la comédie musicale Hair. Il le présenta à Fellini qui fut rapidement conquis. Après Satyricon, Keller s’installa en Europe où il tourna notamment dans Une vraie jeune fille de Catherine Breillat. Photographié à de nombreuses reprises par Andy Warhol, celui qui était surnommé le Dorian Gray fellinien s’est éteint en 1997, à 52 ans.