L’écoproduction passe par Choulequec

L’écoproduction passe par Choulequec

04 février 2021
Cinéma
Choulequec de Matthias Girbig et Benoît Blanc
"Choulequec" de Matthias Girbig et Benoît Blanc
Matthias Girbig et Benoît Blanc ont réalisé leur dernier court métrage, "Choulequec", en adoptant le Guide de l’Ecoproduction. Une approche verte des tournages, qui fait surtout appel au bon sens des producteurs.

 

Mis en ligne en juin 2020, l’inclassable court métrage Choulequec a fait sensation, avec son univers loufoque, teinté d’absurde et de fantastique. Un monde étrange et fascinant imaginé par le Collectif Inernet, lancé en 2013 par Matthias Girbig, Benoît Blanc et Benjamin Busnel.

«?À cette époque, on essayait de vendre des choses à la télé, mais c’était très formaté. On a pris le wagon de YouTube pour se faire plaisir et quelque temps plus tard, Studio Bagel et Canal+ sont venus nous voir et nous ont aidés à produire deux pastilles : Le Département puis Roman foto. Depuis l’année dernière, on s’est un peu émancipés de Canal+, pour créer notre propre structure, Oups Production, ce qui nous permet de travailler sur d’autres formats, à savoir du long, du court, et de la série. À commencer par Choulequec, qui était à la base un projet de série, que nous avons adapté en court métrage.?» Un projet de longue haleine pour les deux réalisateurs, Matthias Girbig et Benoît Blanc, qui puisent leur inspiration chez les Monty Python et dans l’humour absurde en général. «?On aime la comédie absurde qui tend vers l’étrange. On n’est pas nombreux à faire ça en France. La référence à Quentin Dupieux revient souvent, surtout parce qu’il est un peu le seul connu dans ce genre. Mais on s’associe aussi beaucoup à l’humour anglais et aux univers fantastiques lynchiens par exemple.?»

Si les deux créateurs ont décidé de lancer Choulequec via leur propre société de production, c’est avant tout par envie de mettre l’écologie au cœur de leur métier : «?On a monté Oups Prod il y a un an, parce qu’on voulait être un peu plus en phase avec nos convictions, nos vies. On trouvait idiot de faire au mieux pour diminuer notre empreinte carbone dans notre quotidien et de perdre la main dès lors que l’on se retrouvait à filmer. On trouvait ça dommage.?»

Ce guide donne surtout des conseils et non des obligations

Matthias Girbig et Benoît Blanc ont alors pris la décision de créer leur propre structure, qui respecterait une approche plus verte du métier. «?On s’est renseigné et on a découvert qu’il existait le Guide de l’Ecoproduction.?» Un guide écrite par le collectif Écoprod, créé en 2009 par l’ADEME, le groupe Audiens, la Commission du Film d’Ile-de-France, DIRECCTE IDF, France Télévisions, TF1, puis avec le soutien du CNC, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et le Pôle Media Grand Paris, qui se donne pour mission de sensibiliser et de mobiliser les professionnels de la filière aux enjeux du développement durable, afin de diminuer l’impact des productions sur l’environnement. Un outil, en somme, pour aider les professionnels du cinéma et de la télévision à mieux gérer leur empreinte carbone.

«?Ce qui est bien fait, c’est que le guide donne surtout des conseils et non des obligations, de manière à être le plus écoproductif possible. On a donc engagé un stagiaire dans notre société de production, pour gérer cet aspect sur le tournage de Choulequec.?»

Le Guide de l’Ecoproduction se décline sous la forme d’un livret, une marche à suivre que Matthias Girbig et Benoît Blanc ont ensuite communiqué aux chefs de poste, en amont du tournage : «?Il s’agit, par exemple, de préférer les LED aux grosses ampoules qui consomment énormément, de favoriser les tournages de jour et la lumière réelle, de mettre en place une cantine locale, bio, végétarienne, avec des points de tri, d’éviter les gobelets en plastique... En fait, ce sont plein de petites choses, qui tendent vers plus d’écoresponsabilité. Mais ce n’était pas non plus un tournage 100 % écolo?», temporisent les deux réalisateurs. «?On fait ce qui est possible, comme dans la vie quotidienne. Comme mettre en place de la récup’ pour les décors, en achetant sur Leboncoin ou autre. C’est plus un état d’esprit global. L’idée, c’est d’essayer.?»

Sur un plateau, la notion de déchet est gigantesque

Car les deux artistes ont vécu des expériences déroutantes en la matière sur différents tournages : «?En tant que comédiens, on voyait des trucs et on se disait : “Mais ce n’est pas possible?!” Sur un plateau, on est vraiment en permanence dans une optique éphémère. On utilise et on jette. La notion de déchet est gigantesque. Quand on voit des tables pleines de bouteilles en plastique à peine entamées, parce qu’on n’a pas le temps, parce qu’il faut enchaîner... Rien que ça, il faudrait pouvoir le changer. Le poste de régie, qui gère l’ensemble de la coordination d’un tournage, est un de ceux où l’on peut vraiment faire bouger les choses, notamment au niveau de l’utilisation des véhicules pour transporter les gens. Pour Choulequec, on a fait bien attention de choisir un lieu de tournage qui soit accessible par les transports en commun, afin de limiter l’utilisation des voitures.?» Poussant l’idée jusqu’au bout, Matthias Girbig et Benoît Blanc ont même loué un petit Airbnb à côté du studio de tournage, dans l’idée d’éviter les allers-retours.

Les réalisateurs et producteurs ne sont pas dupes non plus. Ils connaissent très bien les contraintes que cette nouvelle manière d’envisager un tournage peut engendrer. Notamment sur le plan financier. «?On se confronte forcément à la question de l’argent. Mais il faut surtout penser les choses différemment. En termes de coût, ce n’est pas sûr que cela revienne plus cher au final. Il faut arriver à changer les habitudes des chefs de poste. Chercher des solutions alternatives. Et parfois, cela peut même carrément faire économiser de l’argent, en se remettant en question artistiquement, en se demandant si c’est vraiment utile de tourner telle scène de nuit. Même s’il ne faut pas que ça vienne non plus entraver la créativité. L’idée n’est pas d’être dans l’excès. On ne va pas commencer à compter la peinture qu’il faut pour réaliser un tableau?! Mais il y a un juste milieu à trouver, un regard à changer, essayer de faire exactement la même chose, mais en plus écolo.?»

Tout ce que l’on va produire désormais, ce sera en écoproduction?!

Matthias Girbig et Benoît Blanc espèrent que l’industrie finira par prendre conscience de cet aspect d’un tournage. «?C’est en train de changer, mais très lentement. Il faudra du temps, et beaucoup d’informations à ce sujet, ne serait-ce que pour savoir concrètement comment faire. D’ailleurs, on a ce projet de réaliser un documentaire autour de nos propres tournages pour l’expliquer. Une sorte de making-of sur l’écoproduction.?»

Car le duo n’envisage plus de travailler aujourd’hui sans respecter le guide. «?Tout ce qu’on va produire désormais, ce sera en écoproduction?! Mais la clé, c’est d’anticiper. C’est ainsi que ça devient facile d’écoproduire.?» ÉcoProd va d’ailleurs plus loin et incite les auteurs à réfléchir, au moment de l’écriture du scénario, aux conséquences écologiques de telle ou telle scène. «?Pour Choulequec, c’était trop tard. On avait déjà écrit le script. Mais cela nous influence désormais. Ne pas imprimer les feuilles de service tous les jours, c’est du bon sens. Et le guide donne un appui pour en parler avec l’équipe de production, pour légitimer ces nouvelles consignes. Au-delà, cela peut même fédérer l’équipe. Tout le monde y va de sa petite idée, ça donne une émulation positive. Ça permet aux gens de s’investir un peu plus.?»

Dans la foulée de leur court métrage écoproduit, Matthias Girbig et Benoît Blanc travaillent désormais sur une série dérivée, qui suivra évidemment le guide : «?Choulequec fut, d’une certaine manière, un moyen de se faire la main avant de tourner la série. Dans le même temps, l’écoproduction sur ce court métrage a été un moyen pour nous de nous préparer à écoproduire des projets plus conséquents.?»

Choulequec

Réalisé par Matthias Girbig et Benoît Blanc 
Écrit par Matthias Girbig et Benoît Blanc 
Produit par Oups Prod
Musique de Sylvain Cartigny
Avec : Billie Blain, Benoît Blanc, Julien Girbig