Né en 1932 à Auxerre (Yonne), Jean-Paul Rappeneau fait ses premiers pas dans le cinéma dans les années 1950, accompagnant notamment, comme assistant, Édouard Molinaro sur certains courts métrages. C’est sa plume qui va toutefois lui offrir davantage d’opportunités. Si sa première tentative, l’écriture de l’adaptation des Trois mousquetaires de Jacques Becker, est avortée à la suite du décès du réalisateur, la deuxième est la bonne : co-scénariste de Signé Arsène Lupin (1959) d’Yves Robert, Jean-Paul Rappeneau inscrit pour la première fois son nom au générique d’un long métrage. Par la suite, il collabore à deux reprises avec Louis Malle, pour Zazie dans le métro (1960) et Vie privée (1961), puis co-signe le scénario de L’Homme de Rio (1966) de Philippe de Broca, qu’il retrouve en 1973 pour coécrire Le Magnifique.

Cinéaste au long cours
Après avoir mis son talent de scénariste au service des autres, Jean-Paul Rappeneau décide de se consacrer à l’écriture de son premier film, La Vie de château (1966), lauréat du Prix Louis-Delluc. Il faut cependant attendre 1971 pour qu’il achève son deuxième long métrage, Les Mariés de l’an II, avec Marlène Jobert et Jean-Paul Belmondo, qui rassemble plus de 2,8 millions de spectateurs dans les salles obscures. Toute sa carrière sera jalonnée de longues périodes d’absence, qu’il justifiait ainsi dans un entretien au CNC en 2018 : « Il me faut des années pour faire un film. Quand il sort, c’est une partie de ma vie qui s’achève. Je suis comme un naufragé rejeté sur la plage. Le bateau s’éloigne. À ce moment-là, je n’ai aucune idée. Il me faut du temps pour faire renaître une autre inspiration. »
Une inspiration que Jean-Paul Rappeneau a su puiser dans son quotidien, au gré de ses voyages, pour Le Sauvage (1975), son troisième long métrage. « J’étais allé au Brésil pour une semaine Unifrance après Les Mariés de l’an II », racontait le cinéaste. « On me montre alors à la jumelle une île au large de Sao Paulo ; elle m’apparaissait comme l’île de Robinson. J’ai eu l’idée d’un type qui vivait là et d’une fille qui s’imposait dans son refuge. » Portée par Yves Montand et Catherine Deneuve, cette comédie co-écrite avec Élisabeth Rappeneau et Jean-Loup Dabadie est un nouveau succès avec 2,3 millions d’entrées, et offre à Jean-Paul Rappeneau une première nomination au César du meilleur réalisateur. En 1982, il retrouve Yves Montand pour Tout feu, tout flamme, aux côtés d’Isabelle Adjani, qui séduira une nouvelle fois près de 2,3 millions de spectateurs.

Adaptations à succès
Cyrano de Bergerac (1990) reste sans conteste le film le plus populaire du cinéaste, alors même qu’il a failli ne jamais le réaliser. « Je pensais que le metteur en scène devait être au centre du film comme Dieu au centre de la création, et donc qu’il fallait que je sois l’auteur du scénario », expliquait-il. « Et puis, on m’a proposé Cyrano. J’ai beaucoup résisté ; je ne voyais que la poussière. » Finalement, le réalisateur accepte de se lancer dans l’adaptation, avec Jean-Claude Carrière, de ce monument du théâtre français signé Edmond Rostand. « De m’introduire ainsi dans l’œuvre d’un autre et d’en faire ma chose, de la tirer vers moi, m’a fait oublier totalement d’où il était venu et a stimulé ma créativité. Ça a libéré une part de mon énergie vers la mise en scène pure », confiait Jean-Paul Rappeneau au CNC en 2021. Avec Gérard Depardieu, son premier et unique choix pour jouer Cyrano, le film permet au cinéaste de franchir un cap dans sa reconnaissance publique et critique : 4,7 millions d’entrées en salles, dix César, dont ceux de meilleur film et meilleur réalisateur, l’Oscar des meilleurs costumes et le Golden Globe du meilleur film étranger.
Fort de ce succès, Jean-Paul Rappeneau s’attaque à une nouvelle œuvre jugée « inadaptable » : Le Hussard sur le toit (1995). « Pour moi, Le Hussard a toujours été trop beau, trop grand, trop haut », indiquait le cinéaste à propos de l’un de ses « grands chocs de lecture ». Épaulé par Nina Companeez et Jean-Claude Carrière à l’écriture, il parvient, comme pour Cyrano, à se détacher petit à petit du livre de Jean Giono pour s’approprier pleinement l’histoire, qu’il met en image à travers le dessin une fois le scénario achevé. « Le cinéma c’est l’image, le cadre. Le dessin me permet de partager plus précisément ma vision, notamment au cours de cette phase de coécriture. Après, je l’utilise pour le découpage afin de visualiser la mise en scène. » Le cinéaste est nommé aux César et remplit encore les salles avec cette fresque incarnée par Olivier Martinez et Juliette Binoche, attirant plus de 2,5 millions de spectateurs. Après Bon voyage (2003), qui lui offre sa quatrième et dernière nomination au César du meilleur réalisateur et sa troisième citation au meilleur film, il revient une dernière fois sur les écrans avec Belles familles (2015), autobiographie imaginaire coécrite avec son fils Julien Rappeneau et Philippe Le Guay.

Adepte du mouvement
En l’espace de huit longs métrages, Jean-Paul Rappeneau s'est façonné l’image d’un cinéaste perfectionniste et populaire, en quête de mouvement et de rythme. « On a souvent qualifié mon cinéma d’art de la fugue et c’est vrai. Ce que je recherche dans l’écriture, c’est le mouvement des âmes, de l’histoire. Pour que le récit avance, il faut du mouvement, à ne pas confondre avec de l’agitation ». Une virtuosité que le réalisateur a littéralement mise en pratique tout au long de sa carrière, décrivant notamment à sa scripte de toujours, Chantal Pernecker, chaque scène, plan par plan. « Généralement, je me lève de ma table, je vais et je viens dans mon bureau et j’esquisse le jeu, la mise en scène. Je suis à ce moment-là le film vivant. » Un dynamisme qui le suivait jusque sur les plateaux de tournage, où le cinéaste se plaît à raconter que lorsque les acteurs jouent, « j’oscille sur mon siège comme si j’étais un spectateur de cette histoire qui peut s’échapper : j’ai l’exigence de la pulsion de l’histoire ».