Oliver Laxe, cinéaste sans frontières

Oliver Laxe, cinéaste sans frontières

04 septembre 2019
Cinéma
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Viendra le feu
Viendra le feu Miramemira - 4 A 4 Productions - Kowalski films - Tarantula - Pyramide Distribution
Après l’Atlas marocain, le jeune cinéaste espagnol investit une vallée de la Galice dans Viendra le feu. Portrait d’un voyageur.

De quelle patrie vient un cinéaste ? La question se pose lorsque l’on scrute le parcours du cinéaste Oliver Laxe. 37 ans seulement et déjà beaucoup d’allées et venues. Aujourd’hui alors que sort Viendra le feu, son troisième long métrage découvert au dernier Festival de Cannes (Un Certain Regard), ses yeux se posent sur la Galice. Cette communauté autonome du Nord-Ouest de l’Espagne connaît chaque année des incendies qui ravagent des hectares de forêts. Pour le cinéaste, Viendra le feu est surtout un retour aux sources : « Je suis né à Paris. Mes parents se sont rencontrés dans la salle du Bataclan lors d’une fête de migrants galiciens au milieu des années 70. Ils étaient gardiens d’immeuble au cœur de la capitale. Chaque été nous passions nos vacances chez mes grands-parents en Galice. Pour arriver jusqu’à leur ferme, il fallait stopper la voiture, déposer nos valises sur le dos d’une mule et continuer à pied. » Oliver Laxe s’exprime avec une extrême douceur, son français mâtiné d’un léger accent espagnol trahit cette double culture qu’il ne revendique pas forcément : « J’aime le voyage, l’itinérance, je ne me définis pas par rapport à un pays même si avec Viendra le feu j’opère clairement un retour dans ma vallée. Je suis de ce lieu ou plutôt devrais-je dire, je suis hanté par ce lieu. C’est ici que je suis devenu cinéaste. Lorsque je vois ce patrimoine naturel partir en fumée, je souffre. J’ai la rage aussi ! »

Viendra le feu, raconte justement le parcours d’Amador, accusé d’avoir provoqué un incendie dans la vallée où il vit seul avec sa mère. L’homme sort tout juste de prison. Dans son village, tout le monde regarde ce « criminel » supposé avec un mélange de pitié et de haine. Sa mère, une vieille paysanne, l’accueille avec amour et tendresse. « J’avais envie de faire un film sur le pardon et la façon dont les Galiciens acceptent avec dignité les drames de l’existence. Ici la nature est souveraine et remet l’humain à sa vraie place. Elle sculpte l’égo de chacun. Ce rapport-là était déjà au cœur de Mimosas. »

Viendra le feu est le premier long métrage tourné en Espagne d’Oliver Laxe, les deux précédents ayant été filmés au Maroc où le cinéaste a vécu plusieurs années. Il y a d’abord eu Vous êtes tous des capitaines (2010), récit d’un faux tournage avec des enfants de Tanger indomptables et Mimosas, la voie de l’Atlas (2016), film épique empreint de vieilles légendes. Deux films présentés avec succès au Festival de Cannes. « Lorsque je suis parti m’installer au Maroc, j’ai tout laissé derrière moi. Avant même de poser le pied là-bas, je savais que j’allais tomber amoureux de ce pays. La culture européenne ne me plaisait plus. A cette époque, je vivais en partie à Londres avec mon amoureuse, je gagnais des sous en faisant un peu le mannequin tout en suivant des études de communication audiovisuelle en Espagne. J’ai tout plaqué du jour au lendemain. Au Maroc, j’ai retrouvé les valeurs spirituelles de la Galice. J’étais bien, serein, en phase avec moi-même...» D’abord Tanger puis direction le sud dans une palmeraie. Oliver Laxe vit alors de presque rien, observe et filme. « Contrairement à Viendra le feu, qui a été fait de façon plus traditionnelle, mes deux premiers films ont été tournés avec une certaine imprécision. J’aime le chaos qu’ils dégagent même si je vois aussi leurs limites. Avec Mimosas, par exemple, j’ai essayé de montrer la transcendance, or on ne peut pas la saisir en images, juste la ressentir. »

Aujourd’hui Oliver Laxe a deux grands projets : un survival entre l’Europe et le Maroc « à la croisée de Mad Max, Stalker et Easy Rider » et la transformation de la ferme galicienne de ses grands-parents en résidence d’artistes. Ici donc et déjà ailleurs.

Viendra le feu, qui sort le 4 septembre, a bénéficié de l’aide aux cinémas du monde et l’aide à la Création Visuelle et Sonore.