10 courts métrages français qui ont marqué l’histoire du festival de Clermont-Ferrand

10 courts métrages français qui ont marqué l’histoire du festival de Clermont-Ferrand

02 février 2021
Cinéma
Image extraite du court métrage Le Repas dominical de Céline Devaux
Image extraite du court métrage Le Repas dominical de Céline Devaux Sacrebleu Productions
A l’occasion de la nouvelle édition du festival du court métrage de Clermont-Ferrand, voici dix films français de moins d’une heure qui ont marqué son histoire, avant de devenir cultes. Tous ont été repérés par les organisateurs, puis ont connu le succès en France, notamment aux César, et ont permis à leurs réalisateurs/trices de se faire connaître. L’un d’eux a même reçu un Oscar !

Du crime considéré comme un des beaux arts de Frédéric Compain (13 min)

Grand prix en 1982 à Clermont-Ferrand, année de création du festival.

Commençons par le commencement avec le premier court métrage récompensé dans le cadre de ce festival appelé à avoir un succès grandissant. Portée par le grand Michel Piccoli, cette enquête décalée perd le spectateur avec son ambiance étrange et ses réflexions sur la manipulation. Elle est signée Frédéric Compain, réalisateur principalement de documentaires, qui interroge sans cesse la frontière entre réalité et fiction. S’il n’est pas visible sur internet, le film ouvre le coffret DVD collector sorti en 2004, en prévision des 25 ans du festival.

Essai d'ouverture de Luc Moullet (16 min)

Prix Canal + à Clermont-Ferrand en 1988.

En parlant de (faux) documentaire, cet Essai d’ouverture part d’une idée géniale : peinant à ouvrir ses bouteilles de Coca-Cola, son réalisateur Luc Moullet a décidé d’en tirer un court métrage, à la fois analyse socio-culturelle et pure comédie où chaque tentative marque l’occasion d’offrir aux spectateurs des commentaires hilarants. Alternant entre courts (Un Steak trop cuit, Toujours plus, Le Litre de lait) et longs métrages (Une aventure de Billy le Kid, La Terre de la folie…), il a construit toute sa carrière en faisant preuve d’humour et d’un style particulier né entre autres de sa passion pour les cinéastes de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard en tête. 

Gisele Kerozene/Vibroboy de Jan Kounen (5 min et 28 min)

Le premier a reçu le Grand prix du court métrage du festival d’Avoriaz en 1989, et le second le Prix de la recherche à Clermont-Ferrand, en 1994.

Deux courts pour le prix d’un en ce qui concerne Jan Kounen, puisque le futur réalisateur de 99 Francs s’est d’abord fait remarquer dans le cadre du festival de Clermont-Ferrand grâce à son court où des sorcières s’offrent une course effrénée au cœur de La Défense, à la fin des années 1980, avant de revenir en 1994 avec Vibroboy et de gagner le prix de la recherche. Tous deux sont marqués par une mise en scène folle mélangeant notamment travellings accélérés et stop-motion. Le jeune réalisateur expérimentait ici des idées visuelles inspirées par son amour des BD, des cartoons à la Tex Avery, de la science-fiction en général et du cyber-punk en particulier Vibroboy, citant ouvertement Tetsuo, de Shinya Tsukamoto (1989).

Foutaises de Jean-Pierre Jeunet (7 min)

Prix du Public et Prix de la Presse Télérama à Clermont-Ferrand en 1990.

Bien avant de reprendre cette idée de « j’aime, j’aime pas » en introduction du Fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001), Jean-Pierre Jeunet en avait tiré un court métrage, déjà porté par son fidèle comédien Dominique Pinon. On retrouve aussi dans cette œuvre en noir et blanc une construction de générique d’ouverture que le cinéaste reprendra pour Delicatessen (1991). Un court plein d’humour et de poésie qui avait charmé le public à l’époque et qui n’a cessé d’être cité par le réalisateur depuis.  

Ce qui me meut de Cédric Klapisch (24 min)

Prix spécial du jury à Clermont-Ferrand en 1990.

« Le court métrage, c’est aussi du cinéma », nous disait le futur réalisateur du Péril jeune (1994) et de L’Auberge espagnole (2002) dès son premier court métrage. Un hommage au septième art qui ne passe pas inaperçu à Clermont-Ferrand, et qui porte chance au réalisateur, lui permettant de signer peu de temps après son premier long, Riens du tout. Il choisira d’ailleurs le titre « Ce qui me meut » pour nommer sa société de production, qu’il codirige toujours aujourd’hui avec Bruno Lévy.  

Versailles, Rive gauche de Bruno Podalydès (47 min)

Prix du public à Clermont-Ferrand, en 1992, César du meilleur court métrage, en 1993.

« Je voudrais saluer les vrais courts métrages qui ont participé à cette compétition, disait Bruno Podalydès en recevant son César, en 1993. Versailles fait 47 minutes, les autres font 5 à 10 minutes, ce sont de vrais courts métrages. Versailles a eu la chance d’avoir quelques minutes de plus qui lui ont permis d’être offert au public, il a pu sortir en salles, des milliers de gens ont été le voir. Ca fait plaisir ! » Tellement plaisir que ce succès critique et public inspirera au jeune réalisateur une trilogie complète, poursuivie par des longs : Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers), en 1998, et Bancs publics (Versailles Rive-Droite), en 2008. 

Éternelles d’Érick Zonca (36 min)

Grand Prix à Clermont-Ferrand en 1995.  

Avec son look d’ado des années 90 (pull jacquard et longue chevelure bouclée), Sylvie Testud campe une fille insouciante touchée par un garçon dont la grand-mère se meurt... Portrait d’une jeunesse de province mal dans sa peau, le deuxième court métrage d’Erick Zonca annonce les filles écorchées et révoltées de La Vie rêvée des anges (1998). C’est d’ailleurs pendant le casting d’Éternelles que le cinéaste fera la connaissance de celle qui inspirera l’héroïne de son fameux premier long métrage.    

Logorama de François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain (16 min)

Prix du meilleur court métrage à Clermont-Ferrand en 2010, César du meilleur court métrage et Oscar du meilleur court métrage d’animation en 2011.  

Dans un monde futuriste dominé par les logos, deux flics (des Bibendum de Michelin) coursent un gangster (Ronald McDonald) qui a pris en otage un enfant (la mascotte de Big Boy). Tout ce joli monde va croiser le Géant Vert et Monsieur Propre avant un tremblement de terre dramatique… Ce résumé farfelu suffit à donner le ton d’un court métrage animé graphiquement abouti, aussi drôle qu’un Pixar (merci à Omar et Fred pour les voix) et aussi violent qu’un Tarantino.

Avant que de tout perdre de Xavier Legrand (30 min)

Grand Prix, Prix du Public, Prix de la Jeunesse et Prix de la Presse Télérama à Clermont-Ferrand en 2013.  

Matrice de Jusqu’à la garde (2018), ce court métrage coup de poing a révélé Xavier Legrand qui y raconte, avec une rare maîtrise formelle, comment une mère de famille fait tout pour protéger ses deux enfants d’un père violent. Les trois victimes s’abritent finalement dans le supermarché où travaille cette femme, incapable de confier ses angoisses à ses collègues. Filmé de son point de vue, Avant que de tout perdre est un modèle de thriller psychologique qui emprunte autant à Hitchcock qu’aux Dardenne pour son suspense étouffant et ses enjeux socio-familiaux.  

Le repas dominical de Céline Devaux (13 min)

Prix Spécial du Jury à Clermont-Ferrand et César du meilleur court métrage de fiction en 2016.

Raconté en voix off par Vincent Macaigne (et son timbre inimitable), ce court métrage d’animation dépeint une famille française ordinaire vue par l’œil acéré du fils, dont l’homosexualité va faire l’objet de remarques plus ou moins subtiles... Succession de vignettes décalées à l’esthétique un peu brute (on pense à Mes voisins les Yamada d’Isao Takahata), Le repas dominical désamorce les clichés avec une belle force impressionniste.