Georges Simenon à l'écran

Georges Simenon à l'écran

04 septembre 2019
Cinéma
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Michel Simon et Viviane Romance dans Panique de Julien Duvivier
Michel Simon et Viviane Romance dans Panique de Julien Duvivier Filmsonor Marceau - DR - T.C.D
Il y a 30 ans disparaissait le célèbre écrivain belge, auteur de près de 200 romans. Son univers noir et ses intrigues policières ont beaucoup inspiré le grand écran et la télévision. Plus de 180 adaptations de ses romans ont ainsi été réalisées en France. Sélection.

Panique de Julien Duvivier (1947)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Julien Duvivier quitte la France pour les Etats-Unis. Dès son retour, il signe ce Panique aux studios de la Victorine à Nice. Cette adaptation des Fiançailles de monsieur Hire dessine en creux un portrait de la France occupée. A l’instar de Simenon, ce n’est pas tant l’enquête qui l’intéresse que “l’atmosphère sociale” qui s’en dégage. Le monsieur Hire de Panique campé par Michel Simon est un être opaque à la fois hautain et romantique, cinglant et naïf, manipulateur et sensible. Face à ce misanthrope, les “petites gens” ne peuvent que s’acharner. Le film sera un échec. En 1989, Patrice Leconte signe à son tour une adaptation avec Michel Blanc dans le rôle de Hire, sélectionnée en compétition à Cannes.

La Vérité sur Bébé Donge d’Henri Decoin (1952)

Au début des années 50, le couple Danielle Darrieux - Henri Decoin n’en est plus un depuis longtemps. Le cinéaste reste toutefois attaché à sa muse. Et réciproquement. Ils décident donc de retourner un film ensemble. L’actrice donne ici la réplique à Jean Gabin qui va bientôt devenir un Inspecteur Maigret récurrent sur grand écran. Ce récit adapté d’un roman très sombre raconte sur plusieurs années le déchirement d’un couple. Decoin parvient grâce à la force implacable de sa mise en scène à révéler l’ambiguïté des personnages. Une noirceur que boudera le public.

Les Frères Rico de Phil Karlson (1957)

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Georges Simenon part de l’autre côté de l’Atlantique. Un exil plus ou moins forcé qui se ressent dans l’atmosphère de ses récits. L’univers de ses polars se délocalise. Témoin ces Frères Rico écrit en 1952 dans le Connecticut autour d’une fratrie mafieuse de Brooklyn. C’est le cinéaste spécialiste du film noir Phil Karlson (Le Quatrième Homme…) qui en signe l’adaptation. Une version sèche et brutale avec Richard Conte dans le rôle du frère repenti obligé de replonger.

Les Enquêtes du commissaire Maigret de Claude Barma et Jacques Rémy (1967 -1990)

Longévité exceptionnelle pour cette série de la télévision française, débutée sous l’ORTF et qui poursuivra des jours heureux sur Antenne 2. Au total, l’acteur Jean Richard va camper 88 fois le célèbre commissaire Maigret, personnage le plus emblématique de l’œuvre de Simenon. Créé en 1929, Jules Maigret sera au cœur de 75 romans et 28 nouvelles. La série télé réactualise toutes les intrigues à l’époque du tournage. A partir de 1991, Bruno Cremer reprend le rôle de Maigret pour le petit écran. Cette fois toutes les enquêtes se déroulent dans les années 50. Le célèbre commissaire a également intéressé la télévision anglaise, américaine et italienne.

L’Horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier (1974)

Pour son premier long métrage, Bertrand Tavernier adapte un roman de Georges Simenon qui se passe aux Etats-Unis, L’Horloger d’Everton, et transpose l’intrigue à Lyon, sa ville natale. Derrière cette sombre intrigue, ce roman ausculte le rapport entre un père et son fils, accusé d’un crime. Au cinéma, Tavernier filme aussi le face-à-face entre deux « monstres » du 7eme art français : Philippe Noiret et Jean Rochefort.

Betty de Claude Chabrol (1992)

Claude Chabrol aimait beaucoup les romans de Simenon dont il avait déjà adapté dix ans plus tôt Les fantômes du chapelier. Ce Betty est le portrait d’une femme déchue qui atterrit dans un restaurant et s’interroge sur les circonstances de sa dérive éthylique. Dans le rôle-titre, Marie Trintignant traduit toute la complexité d’un personnage extrême. Elle est entourée de la muse du cinéaste, Stéphane Audran dans un rôle tout en faux semblants. Un film sombre et torturé.

L’Homme de Londres de Béla Tarr (2007)

Adepte des longs plans séquences hypnotiques, le Hongrois Béla Tarr traduit en images le dépouillement de la prose de Simenon. Le cinéaste parle d’ailleurs de « traduction » visuelle et non d’adaptation (comme s’y était employé Henri Decoin en 1943). L’intrigue tourne autour d’une crise de conscience de l’employé d’un port qui assiste la nuit à une altercation. L’homme va se retrouver en possession d’une mallette rempli d’argent. Que faire ? Le film avec notamment Tilda Swinton est présenté en compétition au Festival de Cannes. Il s’agit de l’ultime production du Français Humbert Balsan, disparu tragiquement deux ans plus tôt.