Comment est née la Paris Game Biz ?
Hélène Delay : Capital Games est l’association régionale du jeu vidéo en Île-de-France. Nous sommes une grosse structure. La plus ancienne aussi : cela fait plus de vingt ans que nous accompagnons des entrepreneurs du secteur. Nous avons 130 adhérents : des studios de production, des éditeurs, des organismes de formation, des écoles, des prestataires de service et établissements bancaires. Ce tissu d'entreprises est très diversifié : certains studios créent des jeux mobiles, d'autres pour consoles ou PC. Il compte à la fois des grandes structures comme des petites sociétés qui viennent de se créer.
Au niveau mondial, il existe énormément d'événements liés au jeu vidéo : aux États-Unis, en Asie... Avoir un rendez-vous annuel dans notre capitale est crucial pour défendre la créativité française, et même européenne. L'objectif de la Paris Game Biz à sa création a été de proposer un nouveau rendez-vous B2B important de l'industrie du jeu vidéo après le déclin de la Game Connection. Cette dernière a été lancée en 2001 : elle a été transférée de Lyon à Paris il y a une quinzaine d’années avec Connection Events, et a réuni chaque année entre 2000 et 3000 personnes. Puis le Covid a mis à mal plusieurs initiatives.
Quand, en 2024, nous avons compris que l'événement ne pourrait avoir lieu, nous avons créé dans l'urgence la Paris Game Biz, une version resserrée de son aînée, mais avec cette même volonté de valoriser les talents du jeu vidéo en France. Nous l’avons recentrée autour de la relation studio-éditeur et attirons entre 150 et 200 participants par édition.
Comment voyez-vous évoluer ce rendez-vous annuel ?
Émilie Messaoud : Nous souhaitons conserver une taille modérée, afin de rester connectés aux besoins du secteur, tout en renouvelant les contenus, les acteurs, les pays... Nous pouvons nous distinguer des autres salons du jeu vidéo en essayant de rester accessibles pour les jeunes studios, d'attirer de nouveaux interlocuteurs et de leur permettre de prendre contact avec des bailleurs bien installés auxquels ils n'auraient pas facilement accès sans ce type d'événement. Nous essayons de respecter un ratio d'un bailleur pour deux studios. La première édition en a réuni 25 pour 50. L'an dernier, c'était 35 pour 70. Et en 2026, nous passons à 80 studios sélectionnés pour 40 bailleurs. Avec à chaque fois un grand renouvellement : plus de 80% des studios qui se sont inscrits cette année n'ont pas été présents lors de la précédente édition. Cela s'explique évidemment par la temporalité de création des jeux, qui demandent plus d'une année de fabrication, mais aussi par une volonté de notre part de mettre en avant différents acteurs à chaque édition. Irregular Shapes (City Tales) revient, par exemple. Tout comme Runes Studio (Wardens of Avalon). En tout, il y a 70 studios français au sein de Paris Game Biz, et nous accueillons aussi cette année des délégations internationales de Pologne, de Grèce et d'Arabie Saoudite.

En proposant à la fois des tables rondes (limitées à une vingtaine de participants), des sessions de pitchs, des déjeuners professionnels ou des rencontres individuelles networking, nous souhaitons créer des conversations qualitatives. Créer un dialogue entre experts sur des sujets qui animent le monde du jeu vidéo aujourd'hui. Il y aura par exemple une table ronde sur les Liveops avec des personnalités d'Evil Empire, Sloclap et Passtech Games, une discussion autour du licensing en compagnie de Cyrille Imbert (Dotemu) et Jon Hicks (Games Industry), un workshop sur la rentabilité à partir de l'analyse de budgets et de revenus de 100 000 jeux avec Hushcrasher, et un keynote sur l'auto-publication animé par Audrey Leprince (The Game Bakers).
H.D : Nous nous adaptons aux besoins de nos différents acteurs. La première journée sera dédiée aux bailleurs et à la découverte de l'écosystème français. Le discovery tour permettra à nos VIP internationaux de découvrir un lieu majeur du jeu vidéo en Île-de-France - cette année, cela se passera chez Sloclap (Rematch) - et de valoriser le patrimoine français au sens large avec la visite de l'Opéra-Garnier. C'est un outil d'attractivité important.
Vous avez obtenu le label Game France, opéré par le CNC. Dans quelle mesure cela vous aide-t-il à envisager l’avenir de Paris Game Biz ?
H.D : Le label a plusieurs avantages pour nous. C'est une reconnaissance institutionnelle de notre travail, tout comme du savoir-faire français. L'obtenir montre aussi que nous nous inscrivons dans la stratégie du CNC de développer les partenariats à l'international. Cela nous permet de concrétiser notre collaboration, de fidéliser notre réseau. En plus de ce label, nous sommes lauréats de l'appel à projets MEDIA - Access To Market pour 2027 et 2028. C'est un énorme gage de confiance de voir le modèle de Paris Game Biz être ainsi validé. Nous travaillons déjà main dans la main avec l'Europe, et nous allons pouvoir proposer la restitution d'un rapport sur le marché européen du jeu vidéo dès cette édition. Nous avons des perspectives de développement auprès des acteurs du mobile sur le transfert d'IP ou le crossmédia, par exemple. C'est une industrie qui évolue vite, nous restons à la fois en observation, et en vigilance, pour pouvoir nous adapter et viser de façon précise là où le besoin apparaît.