Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis de la création audiovisuelle française,
Je suis heureux d'ouvrir cette deuxième édition de la Journée de la création qui est devenue, en un an seulement, un rendez-vous important. Bravo et merci de nous réunir ainsi.
Puisque nous sommes dans un cadre universitaire, qui invite aux réflexions spéculatives, vous me permettrez d’ouvrir un instant les Principes de la nature et de la grâce, de Leibniz, dans lesquels il pose la question suivante : “Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Car, poursuit Leibniz, le rien est plus simple et plus facile que quelque chose”.
C’est ce que mon professeur de philosophie de khâgne appelait une “question de début de matinée” : une question qui réveille !
Je dois dire que c’est une très bonne question à se poser quand on parle de création.
Pourquoi y a-t-il donc une création audiovisuelle française plutôt que rien ? Car, surtout dans ce domaine, le rien serait effectivement plus simple et plus facile que quelque chose.
Avoir une création française, qui est d'une telle diversité, qui est compétitive à l'international, cela n'a en effet rien d'une évidence.
C'est le résultat de nombreux combats – d'hier, d'aujourd'hui, et très certainement de demain.
C'est le fruit d'alliances entre nous tous, acteurs de l'écosystème, pour défendre cette idée ambitieuse d'une culture au service de toutes et de tous.
Des alliances que nous avons su nouer aussi avec nos amis européens qui admirent notre modèle, -- mais qui croient parfois que s'aligner sur les règlementations les moins exigeantes leur laisserait plus de liberté, alors que sans ces obligations communes, ce sont les acteurs les plus puissants qui dicteraient les règles du jeu – rarement au bénéfice de la création locale.
L’existence pérenne de cette création française n’a donc rien d’une évidence, déjà parce que les défis sont complexes.
Mais c’est encore moins évident dans un contexte où certains nourrissent des agendas nihilistes, et semblent préférer qu’il y n’ait “rien” plutôt qu’une création audiovisuelle française vivante, vibrante.
Cela, personne ne le dira ostensiblement, car posé en ces termes, ils sentent bien qu’on parle d’emploi, de souveraineté, aussi de plaisir quotidien pour les Français. Or c’est bien en ces termes que le débat se pose.
Mais certains imaginent qu’on peut être du côté des Français et fragiliser ce qui est pourtant l’un de leurs ciments collectifs, je pense en particulier à notre service public de l’information et de la création audiovisuelles.
En réalité, au-delà de certaines critiques, assez localisées, je crois que nous avons un enjeu plus large, qui est de consolider la place de la création dans notre société, et notamment, de recaler la place de la création à côté de l’information. A côté et pas derrière.
Dans le débat national, dans le débat européen, il y a une petite musique qui voudrait que dans le moment où nous sommes, avec la guerre sur le sol européen, avec le délitement de nos cadres collectifs à tous les niveaux, les enjeux d’information soient au fond plus importants que les enjeux de création.
“La création, c’est sympathique, mais ça n’est pas aussi stratégique que l’information” : cette vision des choses, qui est malheureusement assez répandue, est fondamentalement problématique.
Non pas, qu’à l’inverse, nous voudrions défendre l’idée selon laquelle la création serait plus importante que l’information. Ce à quoi nous sommes attachés, c’est deux principes cardinaux : l’égale dignité de la création et de l’information, d’une part ; et leur vitale complémentarité, d’autre part.
Aussi importants que soient les enjeux d’une information fiable, de qualité, qui inspire confiance, -- la réalité est que quand les espaces communs disparaissent, l’information, seule, ne peut pas tenir une société ensemble. La culture le peut. Et la création, en particulier, en a le pouvoir. Nos démocraties ont besoin de faits, mais elles ont aussi besoin d’histoires, d’émotions, de figures qui incarnent, d’images partagées - toutes choses que la création nous offre, et qui nous permettent d’apprendre à voir, à sentir, à imaginer, ensemble.
Face aux opinions nihilistes, cette matinée est donc aussi l’occasion de réaffirmer une conviction profonde, qui nous réunit ici, et qui s’incarne dans le quotidien de millions de Français : celle que la création et la fiction sont des vecteurs de cohésion, d'émancipation, d'inclusion. Y participer – que l’on soit scénariste, comédien, réalisatrice, institution, éditeur, productrice, Sofica, festival, diffuseur – c'est participer à la fabrique des rêves dans un monde qui en manque, à la constitution des imaginaires, qui sont les premières fondations de notre souveraineté.
Il y a une puissance intrinsèque à la création, cette capacité à raconter, à mettre en images des histoires. Et cela nous oblige, même dans un moment compliqué, surtout dans un moment compliqué, à voir grand et à voir loin.
Pour ouvrir cette matinée, je voudrais évoquer avec vous quelques points de fragilité, quelques points de force, mais surtout un état d’esprit.
Ces points de fragilité, quels sont-ils ?
Le premier, c'est bien sûr la bascule massive des usages, que nous vivons en temps réel. Cette bataille inédite pour l'attention dans un flot toujours plus envahissant de contenus – un mot d'ailleurs révélateur, puisqu’on renonce même à parler d'œuvres.
On parle notamment beaucoup de « micro-drama », comme pour dire la micro-ambition que l’on a pour ces récits boostés à l’IA, avec une « micro-valeur ajoutée » en production et une toute aussi « micro-créativité ». Faisons la distinction entre vertical drama et micro-drama, mais ne tournons pas autour du pot pour dénoncer des intrigues simplistes, des personnages caricaturaux, des valeurs rétrogrades, et surtout des logiques addictives sciemment entretenues, qui sont une insulte à l’art du récit que nous a transmis Aristote et que notre création célèbre mieux qu’aucune autre. Certains diront que c’est un nouveau marché, qui connaît une croissance formidable, dans un contexte par ailleurs déprimant. Le tabac aussi a été un nouveau marché en croissance.
Face à cet appauvrissement généralisé, naïvement célébré par certains, notre modèle de création premium, qui exige du temps, des moyens, de la singularité, le courage de la prise de risque, est en tout cas soumis à une pression sans précédent.
Cette bascule des usages nous impose d'agir : nous ne pouvons pas nous contenter de déplorer la concurrence du scroll infini, nous devons notamment agir sur le terrain où tout se joue à long terme – celui de l'éducation aux images.
C'est le sens du plan porté par les ministères de la Culture et de l'Éducation nationale, plan dont le CNC a la charge, pour que chaque élève, de la maternelle à la terminale, bénéficie d'une éducation au cinéma et à l'image, qui intègre pleinement les enjeux de la création audiovisuelle. Car l'enjeu d’apprendre à nos jeunes à être spectateur plutôt que consommateur, non seulement concerne pleinement le secteur audiovisuel, mais il peut y trouver des ressources uniques, qu’on aurait tort d’exclure de ce chantier qui est aussi vital pour l’avenir de notre secteur, qu’il est vital pour l’avenir de notre société. D’où l’ambition significativement renforcée, notamment pour le défi “écris ta série”. Vu la catastrophe sanitaire, culturelle, démocratique, que représente le rapport de nos jeunes aux écrans, il est temps de se donner la même ambition d’une éducation universelle aux images, que l’on s’est donnée, au XIXème siècle, pour une éducation universelle à la lecture et à l’écriture. Et de même qu’on n’aurait pas idée d’apprendre à lire sans apprendre à écrire, il faut davantage aujourd’hui lier les apprentissages de “voir des images” et “faire des images”. La question de la pratique est stratégique, et c’est là encore une opportunité pour notre création.
Nous ne pouvons pas nous battre pour la qualité des œuvres, sans nous battre simultanément pour la qualité du regard qui les découvre, ni pour la vitalité et aujourd’hui la pérennité de ceux qui ont la charge de cette transmission.
Or, alors même que le goût du public pour les œuvres qualitatives, initiées et financées par les éditeurs traditionnels, ne se dément pas, le contexte que je viens de décrire fragilise directement les diffuseurs, qui sont les premiers piliers de notre écosystème. Le marché publicitaire est sous tension ; les budgets de l'audiovisuel public ont subi des coupes conséquentes. Le marché s'est contracté, les prises de décision ralentissent, les productions sont plus longues à lancer. Je ne vous apprends rien : vous le vivez au quotidien.
Et dans ce contexte déjà difficile, nous sommes devenus des cibles – l'audiovisuel public, le CNC, et plus largement notre modèle public de soutien à la création. Sa légitimité, son existence même sont remis en cause.
Certaines de ces critiques sont constructives et nous ne demandons qu’à les entendre pour améliorer nos dispositifs – le CNC le fait depuis 80 ans. Mais d’autres critiques jouent sur des postures, des fantasmes, voire des mensonges purs et simples.
Et c’est à nous, alors, de trouver la bonne posture : prendre au sérieux - même les questions qui ne s’intéressent pas aux réponses, parce que dans le monde un peu fou où nous sommes, ces questions contrefactuelles peuvent avoir des effets dans le réel ; et en même temps revendiquer un droit à l’indifférence aux polémiques inutiles, assumer une forme de tranquillité d’âme, qui permet que lorsqu’on se lève le matin, on ne pense pas d’abord à la polémique du jour, mais aux défis du siècle qui s’accumulent aux portes de notre filière, de notre société, et à la manière dont nous allons pouvoir y répondre.
On voit bien que la culture est devenue d’abord un thème négatif pour ceux qui n’y croient pas, avec d’ailleurs un écart troublant entre les pratiques culturelles des Français - qui sont des millions à aimer nos oeuvres – et les convictions de ces mêmes Français, car parmi ceux-là il y a un nombre croissant qui ignorent voire critiquent le modèle qui rend pourtant possibles ces oeuvres qu’ils aiment. Et certains surfent sur ces logiques, mais la difficulté est donc plus profonde, et c’est là que nous devons y répondre.
L'heure est donc sérieuse, mais nos convictions sont intactes, et nous avons collectivement la capacité de faire grandir notre modèle, y compris dans un moment d’adversité, en tenant bon sur ses fondamentaux.
Car notre modèle est solide.
Et en regard de ces points de fragilité, je voulais d’abord citer deux données, qui montrent de façon frappante cette solidité en matière de fiction.
La première, ce sont les audiences nationales. Pourquoi y a-t-il une création audiovisuelle française plutôt que rien ? Tout simplement parce que le public français la réclame. Aujourd’hui, les cent meilleures audiences de fiction à la télévision sont françaises. Cent sur cent. Dans un paysage audiovisuel où les plateformes mondiales sont omniprésentes, c'est un résultat exceptionnel – et il dit l'attachement profond des Français à une fiction qui leur parle, qui leur ressemble, qui les rassemble.
Autre donnée frappante : l'international. Depuis environ trois ans, dans un contexte de forte contraction mondiale, la fiction audiovisuelle française s'impose comme une locomotive à l'export. Tropiques criminels pour France TV, Panda pour TF1, La Fièvre pour Canal+ - ces séries et beaucoup d’autres séduisent bien au-delà de nos frontières et imposent une vraie signature française. C'est le signe que notre modèle produit des œuvres qui voyagent, non pas malgré leur singularité, mais bien grâce à elle.
Cette force ne nous vient pas de nulle part. Elle est le fruit de trois piliers que nous avons su construire et défendre depuis des décennies.
Le premier, c'est un service public fort, placé sous le signe de la diversité, qui a la mission de s'adresser à tout le monde avec beaucoup d'ambition, et qui le fait avec beaucoup de talent. Ce n’est pas simplement moi qui le dis, ce sont par exemple nos partenaires européens, et de plus en plus aussi les diffuseurs au-delà de l’Europe qui saluent et envient le modèle français de l’audiovisuel public. Je pense par exemple aux diffuseurs publics américains, que j’ai côtoyés pendant quatre années à New York : nous sommes leur référence.
Le deuxième pilier, c'est une filière qui a su créer les espaces pour faire des paris créatifs, renouveler les talents et faire émerger les IP de demain.
Les auteurs émergents qui sont passés par des formats innovants, souvent à destination des jeunes publics, sont aujourd'hui aux manettes de séries qui connaissent énormément de succès.
Et il faut d’ailleurs se demander si nous soutenons bien aujourd’hui, comme hier, ces formats de prise de risque créative, ces espaces de gestes audacieux, car ils sont la pépinière des succès que nous pourrons avoir demain.
Je suis ici ravi que Xavier Lacaille – auteur et acteur remarquable, connu notamment pour les quatre saisons de Parlement – ait accepté de présider notre commission d'aide sélective audiovisuelle en fiction et animation.
Mais je pense aussi à des réalisateurs comme David Hourrègue, Shirley Montsarrat ou Slimane-Baptiste Berhoun, qui ont fait leurs armes sur les plateformes sociales et sur France.tv avant de réaliser de grands succès pour TF1 et France Télévisions comme Germinal, Lycée Toulouse-Lautrec ou Surface. Il y aurait aussi de nombreux cas à citer de scénaristes, comédiens, producteurs qui ont fait leurs armes sur des productions pour OCS ou 13e rue, qui ont fait très tôt le pari de la fiction de genre et d'audiences plus jeunes, et qui sont aujourd'hui sollicités pour écrire, réaliser ou jouer dans des fictions pour des plateformes internationales.
Ces espaces dédiés au déploiement des talents de demain, et tout notre effort sur l’amont de la création, il faut plus que jamais les maintenir, et travailler à les amplifier. Sans eux, nous perdrons notre avantage concurrentiel, celui qui fait le pari du premium, d’un premium à réinventer, mais qui ne perd pas le nord, qui garde la boussole de la créativité, et donc de la prise de risque, de la singularité, et évidemment aussi, bien sûr, de la pleine reconnaissance du rôle et des droits des auteurs.
Le troisième pilier, c'est la justice et la justesse de la contribution de chacun à l'écosystème. C'est le principe fondateur de notre modèle et c'est peut-être celui qui est le plus mis à l'épreuve aujourd’hui, à l’heure des plateformes gratuites de partage de vidéos.
Pour ne parler que du CNC : en raison d’un double abattement, les plateformes ne contribuent qu’à hauteur d’un tiers de leurs revenus aux taxes qui financent création et diffusion via le CNC : trois fois moins donc que tous les autres acteurs, ce qui explique qu’elles paient, à elles toutes, un peu plus de 30 M€ d’impôts au CNC, contre 160 M€ environ pour les SMAD payants ou gratuits, ou un peu moins de 250 M€ pour les chaînes de télévision.
Nous aurons l’occasion d’en parler ce matin à plusieurs reprises et je remercie d’ailleurs Justine Ryst d’avoir accepté de participer à ce moment de réflexion.
YouTube capte aujourd’hui plus de 26 millions de visiteurs uniques par mois en France ; c'est la première destination vidéo du pays pour les moins de 35 ans ; ses revenus publicitaires se chiffrent en centaines de millions d'euros. Selon des sources autorisées, ce serait désormais la « première chaîne de télévision en France » : peut-on, dans ce contexte, plus longtemps assumer que sa contribution ne soit pas plus forte, plus juste ? J'attends les débats sur ce sujet avec beaucoup d'intérêt.
Je voudrais simplement ajouter un mot ici, car on a entendu parler d’un “taux de retour” qui ne serait pas satisfaisant dans les débats de ces dernières semaines.
Il n’y a pas plus de taux de retour pour les plates-formes sociales, que pour aucun autre contributeur au financement du CNC. Car le CNC n’est pas une caisse de retraite qui paie des pensions en fonction des cotisations passées !
C’est l’opérateur d’une politique publique qui, par des taxes sectorielles, soutient le développement de la filière de l’image animée.
Il contribue à des actions d’intérêt collectif qui n’ont pas de bénéficiaire direct, mais qui profitent à tous : par exemple l’éducation aux images, dont j’ai parlé.
Au-delà même, la nature des œuvres est de circuler d’un média à l’autre. Quand le CNC aide une œuvre, il n’aide pas seulement son producteur et son premier diffuseur ; mais aussi l’ensemble des prestataires qui ont travaillé pour la créer ; tous ceux qui vont diffuser l’œuvre ultérieurement, sur les chaînes, les plateformes gratuites et payantes ; et parfois même les futurs bénéficiaires d’une « IP » à succès.
Et je crois que Youtube est très bien placé, c’est peut-être même aujourd’hui le mieux placé, pour recueillir les fruits de ce modèle, pour bénéficier de nombreuses oeuvres premium qui sont financées en dehors de Youtube.
On me répondra que Youtube les rémunère à un niveau dont Justine Ryst dira tout à l’heure qu’il est conséquent : c’est bien le minimum ! Vu que Youtube prend l’autre moitié, sans avoir pris aucun risque à la base. C’est même pour Youtube une excellente affaire.
La question de la viabilité de ce modèle est aujourd'hui clairement posée.
Puisque nos fondamentaux sont les bons, nous devons tenir bon à leur sujet.
Défendre le service public, d'abord et toujours.
Continuer à offrir des espaces de création et d'expérimentation ouverts à la prise de risque, ensuite. A nouveau, sans ces espaces, nous ne créerons pas les conditions pour faire émerger les créateurs de demain, mais aussi les équipes artistiques et techniques qui les accompagnent. Séries Mania nous l'a rappelé il y a quelques semaines avec Eldorado pour Arte, récompensée du Prix du Meilleur acteur pour Karim Leklou : quand on fait confiance à l'audace, elle paye.
Faire confiance au premium et au temps long, qui permettent d'installer les IP dans la durée. Nous aurons le plaisir d'entendre Fanny Herrero en fin de matinée et nous attendons tous avec impatience la sortie de l'unitaire Dix pour cent sur Netflix, à la suite des quatre saisons qui ont fait de cette série un phénomène mondial. Mais l'enjeu aujourd’hui, c'est de créer les conditions pour qu'un nouveau Dix pour cent soit possible. C'est dans cette perspective que nous avons aménagé le bonus séries fiction pour l'élargir à une plus grande diversité d'œuvres, tout en continuant à encourager des volumes importants de commandes et la récurrence qui sont clés pour faire exister des IP.
Enfin, nous devons continuer à encourager l'internationalisation de la production française. Dans un contexte de contraction, on peut avoir un réflexe de repli sur le marché national. Ce serait une erreur. La diversification et la consolidation du financement des œuvres passent par l'international. C'est dans cet esprit que la convention Eurimages pour la coproduction de séries audiovisuelles a été signée avec une dizaine de pays européens à Séries Mania. C'est un signal fort et c'est la direction dans laquelle nous devons continuer d'avancer. J’ai annoncé des Assises de l’export cette année, nous les tiendrons cet automne, et la création audiovisuelle occupera naturellement une place centrale.
En conclusion, donc, pourquoi y a-t-il une création audiovisuelle française plutôt que rien ?
Parce que le public français la réclame, massivement.
Parce que des générations de créateurs, de producteurs, de diffuseurs se sont engagés pour faire de la France aujourd’hui l’un des champions mondiaux de la création audiovisuelle.
Parce que notre pays, dans les tréfonds de son inconscient politique, en vrai, sait bien que la création apporte quelque chose d’essentiel à nous-mêmes et à notre rapport au monde.
Et qu’en cohérence avec cette conviction qui remonte du fond des âges, notre pays a fait en sorte que cette création soit accompagnée dès les prémices, structurée, financée, défendue, célébrée. Avec notamment cette capacité à se renouveler qui est la marque des modèles qui durent.
Mais surtout parce que nous avons toujours su nous rassembler dans les moments qui comptent. Nous savons que les grandes batailles ne se gagnent pas en ordre dispersé.
Certes, il y a des sujets qui peuvent nous diviser. Il y a des actes qui peuvent laisser des traces. Mais face aux menaces qui pèsent sur notre modèle collectif, nous n'avons pas le luxe de la division.
Ce que nous devons consolider, aujourd’hui, c'est la coalition de tous les maillons de l'écosystème. Du cinéma et de l'audiovisuel ; des auteurs et des producteurs ; des diffuseurs publics et privés ; des plateformes qui ont choisi de jouer le jeu de notre modèle ; des festivals et des salles. Chacun à sa place, avec son identité et ses intérêts propres – mais tous conscients que si le modèle vacille, c'est l'ensemble de l'édifice qui tombe, et la France qui perdra. Notre force a toujours été là : dans notre capacité à nous retrouver, par-delà nos différends, sur l'essentiel.
C'est cette capacité que nous devons retrouver aujourd'hui et je compte sur cette matinée pour y contribuer.
Je vous remercie.