« Chapi Chapo » a 45 ans

« Chapi Chapo » a 45 ans

17 octobre 2019
Séries et fictions TV
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Chapi Chapo
Chapi Chapo Bélokapi - ORTF - DR
En octobre 1974, un générique rouge et bleu apparaissait à l’écran et allait s’incruster pour toujours dans l’imaginaire des spectateurs. Chapi Chapo, ses formes, son rythme et sa musique alimentent depuis une nostalgie qui n’a rien perdu de sa force. Retour en cinq points sur l’histoire de cette série de l’ORTF.

Un rond et des carrés

Italo Bettiol et Stefano Lonati, deux graphistes italiens, quittent l'Italie pour la France en 1952 avec l’ambition de devenir peintres. Rapidement, ils obtiennent leurs premiers succès dans le domaine du film d'animation avec des clips publicitaires de marionnettes. Quelques courts métrages confirment vite leur talent comme Berthe aux Grands Pieds en 1962 ou Le Jongleur de Notre-Dame en 1965. Mais c’est la télévision qui, à la fin des années 60, va leur offrir un nouveau débouché avec des séries destinées à la jeunesse : leur premier succès s’appelle Pépin la bulle, l’histoire d’un jeune garçon qui envoie ses trois jouets (une poupée, un singe et un toucan blanc) voyager à travers le monde. Peu après, Stefano Lonati propose à son complice un nouveau projet. L’idée graphique de départ est simple : deux ronds prennent vie dans un décor de cubes. C’est ainsi que naît Chapi Chapo. Les deux artistes développent le concept (les deux ronds deviennent deux bébés coiffés d’un immense chapeau) et imaginent des histoires pour des enfants âgés de cinq ans. Chapi Chapo sera finalement décliné en 60 épisodes de cinq minutes.

Lili et Loulou

Chapi Chapo apparaît pour la première fois à l’écran le 16 octobre 1974 sur la (toute nouvelle) deuxième chaîne de l’ORTF. L’histoire de la série n’a pourtant pas été un long fleuve tranquille. Les deux bébés porteurs de barboteuses (l’une bleue, l’autre rouge) devaient à l’origine s’appeler Lili et Loulou, un nom plus évocateur que Chapi Chapo aux oreilles d'un public allemand. La série avait en effet d’abord été proposée à la télévision allemande qui n’en a pas voulu. Les deux créateurs ont tenté leur chance en France. Jacqueline Joubert, alors directrice des programmes jeunesse de l’ORTF, tombe sous le charme des « gromolos » - ainsi qu’elle appelle les deux héros en référence aux phrases incompréhensibles qu’ils prononcent - et l’ORTF lance la production en 1974.

Un vrai langage d’enfants

L’une des particularités de la série, c’est le langage des deux bébés, des borborygmes incompréhensibles dont on se demande souvent comment ils ont été créés. Dès le début, il était clair que Chapi et Chapo ne parleraient pas comme des adultes. Françoise Bettiol, la femme d’Italo Bettiol, est une scripte aguerrie (elle a travaillé sur Boulevard du Rhum et Une journée bien remplie) qui est chargée des costumes et du montage image et son sur la série. C’est elle qui a l’idée d’enregistrer la voix de très jeunes enfants (les enfants des voisins de son immeuble) en train de raconter des histoires sur différentes intonations puis, une fois ces enregistrements terminés, de les découper par syllabes. Elle obtient ainsi des petits bouts de pellicules magnétiques qu’elle assemble dans un ordre différent en gardant malgré tout les intonations originales.

Signé François de Roubaix

« Chapi Chapo Patapo Chapo Chapi Patapi Biribibi Rabada dada dada dada. » Qui n'a jamais fredonné ces paroles du générique ? La série ne serait sans doute pas aussi célèbre sans la musique de François de Roubaix. Mêlant instruments acoustiques et électroniques, sa composition donne à l'ensemble une poésie et un humour ludique très particulier. A la fin de chaque épisode, les deux personnages entamaient également un numéro de claquettes fabuleux. Cette musique entêtante, au charme naïf, et les ballets de fin, on les doit à l’un des plus grands compositeurs de musiques de films français. Un pionnier multi-instrumentiste, qui dans les années 70 composait ses musiques de films dans son home studio et « mixait » des sons étranges, sortis des premiers synthés. Boulevard du rhum, L’homme Orchestre, Le Samouraï… tous ces « tubes » sont sortis du labo sonore de de Roubaix. Mais au milieu des années 70, les budgets musicaux du cinéma diminuent et le compositeur se tourne alors vers la télé. C’est à ce moment qu’il recroise Bettiol et Lonati. Les trois hommes se connaissent et s’apprécient ; ils ont mis au point une méthode de travail très collaborative. « Nous connaissions François depuis longtemps, expliquaient les créateurs au magazine Ecran en 75. Nous avions fait pas mal de publicités avec lui. Pour Pépin la bulle, notre première série télé, nous avions pensé à lui. Pour ce genre de séries, comme pour Chapi Chapo, le compositeur doit travailler avant et pendant le tournage car la musique influence énormément le déroulement du film. Sur Chapi Chapo, la bande sonore avait plus d'importance encore, puisqu'il n'y avait pas de véritables dialogues : uniquement des petites voix, des gazouillis. De Roubaix a composé plusieurs ballets : claquettes, classique, boogie... Mais c’était très collaboratif, nous lui avons exposé nos désirs et il a composé des maquettes sur lesquelles nous avons travaillé. »

Un succès… de merchandising

Le succès de la série fut tel que Chapi Chapo fut rapidement décliné sur tous les supports. 45 tours, livres (24 tomes chez Dargaud, où l’on trouvait des photos de plateaux et des jeux), deux calendriers édités par la poste pour l’année 1976 ; la marque MB sort à la fin des années 70 un jeu d’équilibre avec des cubes et des ronds pour les plus petits, et on trouve dans le commerce un jeu de loto, des dominos et des tampons encreurs. Mais les fabricants de jouets sont très inspirés par la rondeur et les couleurs de la série, et ce sont surtout les poupées qui vont s’arracher. Très proches des modèles utilisés pour le tournage (qui mesuraient 18 cm), les peluches Chapi Chapo vont faire fureur. 45 ans plus tard, le pouvoir d’évocation de cette série reste intact.