« Les Saisons » : Nicolas Maury raconte son passage à la série d’auteur

« Les Saisons » : Nicolas Maury raconte son passage à la série d’auteur

27 janvier 2026
Séries et TV
« Les Saisons » de Nicolas Maury
« Les Saisons » réalisée par Nicolas Maury Arte France, HBO Max, Windy Production, About Premium Content

Cinq ans après son premier film Garçon chiffon, l’acteur de Dix pour cent passe un nouveau cap. Pour Les Saisons, sa première série en tant qu’auteur et réalisateur, Nicolas Maury signe une œuvre traversée par le temps qui passe et la valse des sentiments. Un triangle amoureux situé sur la côte vendéenne, décliné en quatre épisodes et sur trois décennies, à voir sur Arte.tv. Entretien avec un cinéaste exigeant, qui revendique une mise en scène sensible et profondément incarnée.


Au départ, est-ce Hélène Duchateau qui est venue vous présenter son scénario ?

Nicolas Maury : Hélène Duchateau et la productrice, Carole Lambert, voulaient un réalisateur qui incarnerait la série et créerait une vraie série d’auteur, avec une patte. Hélène avait écrit le premier épisode et même si je n’ai pas l’habitude de travailler sur commande, j’ai été emballé par l’idée. Je suis monté à bord avec mes idées. Hélène avait ce concept génial d’un triangle amoureux sur trois décennies, avec des ellipses, des sauts dans le temps. Mais j’ai souhaité aller plus loin et réécrire les personnages masculins en profondeur. C’était un peu binaire. Martin (Abraham Wapler) et Alexandre (Lucas Bravo) étaient le jour et la nuit. J’ai eu envie de parler de leur relation, de leur amitié profonde, océanique. C’est ainsi que je suis rentré dans le projet.

L’idée, au fond, était-elle de parler du temps qui passe ?

En termes de temporalité, ces quatre épisodes sont un peu comme quatre petits films d’époque. C’est passionnant de travailler cette matière. Par exemple, de présenter l’année 1991 à un casting de jeunes acteurs qui n’ont pas connu cette époque ! Il a fallu corriger tous leurs tics de langage, changer la vitesse des interactions, des discussions. Et puis, à chaque décennie, on a vieilli avec les personnages, et ça, c’est un beau geste d’amour pour un artiste.

J’ai donné quatre ans de ma vie à ce projet. J’ai tout suivi jusqu’à la postproduction, jusqu’aux bruitages.

Comment, en termes d’écriture, aborde-t-on des personnages que l’on va suivre pendant plusieurs décennies ?

C’est surtout le personnage de Camille (Stéphane Caillard) qui a été passionnant à travailler. J’ai presque dû la ramener à moi, l’incarner d’une certaine façon. En tout cas, il a fallu que je m’identifie à elle pour mieux la comprendre et la filmer. J’ai mis pas mal d’autres vies – des gens de ma famille ou des amis – dans Camille. C’est le genre de série où l’on arrive facilement à se voir, à voir sa mère, ses proches dans les personnages.

Pourquoi avoir osé la réalisation d’une série ?

Ça n’a pas été très instinctif. J’avais plein d’a priori. Et pourtant, en tant qu’acteur, j’ai fait deux séries importantes : Dix pour cent et Ça, c’est Paris !. Mais c’est comme si mon corps d’acteur avait gardé le souvenir du poids des journées de tournage d’une série. Ce n’est pas du tout le même temps déployé pour le cinéma. Donc ça a été un pas très réfléchi de ma part. J’ai vraiment voulu être enivré par le projet et avoir des ambitions d’images pour la mise en scène.

Comment avez-vous pensé la réalisation de la série, justement ?

Je ne sais pas comment font les autres, mais chez moi, ça ne part pas d’une idée… Ça vient de loin. Du choix de la première assistante, par exemple. De plein de petites choses. Quand arrive le jour J, je ne crains pas de faire des choses différentes de ce que j’avais prévu. Je m’adapte à l’état de l’interprète sur le moment, à un décor. Je trouve des solutions. J’ai en moi toute la série. J’arrive sur le tournage et je pourrais jouer tous les personnages ! (Rires.) Ça fascine et ça effraie mes acteurs, d’ailleurs. Finalement, je dirais que la mise en scène, ce sont des rendez-vous collectifs. Et en même temps, il y a un réalisateur qui a une subjectivité, peut-être inconsciente. Ce n’est pas juste quelqu’un qui remplit le cahier des charges. C’est plutôt quelqu’un qui sait ouvrir la fenêtre. Ou la refermer. Qui sait changer la température des scènes au gré des besoins.

 

Avec le recul, que gardez-vous de cette première expérience de réalisateur de série ?

C’était assez épuisant. J’ai donné quatre ans de ma vie à ce projet. J’ai tout suivi jusqu’à la postproduction, jusqu’aux bruitages. J’étais là tout le temps parce que je ne voulais rien rater. C’est un chemin tortueux. Mais ce dont je suis vraiment fier, c’est la manière dont j’ai traité les personnages masculins. C’est quelque chose que j’aimerais enclencher dans la fiction française. L’homme manque parfois de mystère. Il faut le réinventer à l’écran. Le laisser respirer.

Pourquoi avez-vous décidé de jouer le père de famille de la série ?

Au départ, je ne voulais pas être devant la caméra. C’est l’idée de Carole Lambert, la productrice. Mais elle a insisté et j’ai fini par accepter. Finalement, j’ai pris ce rôle avec une certaine jubilation. Le cinéma français n’a pas toujours fait preuve de beaucoup d’imagination avec moi. Ça a été l’occasion de montrer que je suis un acteur, que je suis certes fragile, mais que je prends de l’âge et que je suis aussi d’autres choses. Mon père est décédé il y a trois ans et, quand un fils perd son père, il revient parfois ainsi… Cela fait partie du métier d’acteur : ces choses affectives, intimes, qui rejaillissent sur le professionnel.

Après Garçon chiffon en 2020, avez-vous prévu de réaliser un autre film pour le cinéma ?

Je vais réaliser prochainement mon second long métrage, qui s’appellera Mon oiseau par la fenêtre. J’ai fini d’écrire le scénario en collaboration avec la romancière Sarah Chiche. Ce sera un grand film d’amour. Je jouerai aussi dedans. Mais je cherche encore la bonne actrice pour le rôle central. Je ne sais pas encore quand on pourra tourner.

Et sinon, avez-vous fini le tournage du film Dix pour cent ?

Oui. C’était extraordinaire et plein d’émotion. De vraies retrouvailles, dans le sens où l’on s’est tous reconnus. Nous nous sommes laissés il y a cinq ans et nous avons tous changé depuis, évidemment. Nos carrières ont évolué. Mais nous sommes juste fiers les uns des autres. C’étaient vraiment des journées de cinéma, avec trois minutes utiles par jour. Nous n’étions plus dans un rythme de tournage de série comme à l’époque. Par ailleurs, il y avait quand même une certaine tension, parce que l’attente autour de ce film est phénoménale. Ça ne m’est jamais arrivé qu’un personnage ne m’appartienne plus. Or aujourd’hui, Hervé appartient au public. Et c’est dingue de constater que le phénomène autour de Dix pour cent ne retombe pas.
 

Les saisons, minisérie en 4 épisodes, à voir sur Arte.tv jusqu’au 17 mars 2026

Affiche de « Les Saisons »
Les Saisons Arte

Créée par Hélène Duchateau
Écrite par Nicolas Maury et Hélène Duchateau
Réalisée par Nicolas Maury
Produite par Carole Lambert 
Avec Stéphane Caillard, Lucas Bravo, Abraham Wapler, Nicolas Maury…
Musique de Adrien Gallo
Sociétés : Arte France, HBO Max, Windy Production, About Premium Content

Soutiens sélectifs du CNC : Aide à l'écriture et au développement de projets d’œuvres audiovisuelles (FAIA), Aide sélective à la production (FSA)