Avec la série L’Or Bleu, France Télévisions renoue avec le format de la saga d’été et ses codes (secrets de famille, double temporalité, tensions entre clans et paysages spectaculaires) tout en la nourrissant d’une inflexion contemporaine : un espace de sensibilisation aux enjeux de l’eau et sa gestion.
Pour sa productrice Aline Panel (Authentic Prod, Banijay France), l’objectif dépasse le simple divertissement. Cette dimension était au cœur de la démarche dès les premières réflexions. « Il fallait que la série soit utile », explique-t-elle. « Je n’aime pas les séries qui ne servent à rien : il faut un message qui les traverse et qu’elles parlent de notre époque ».
Renouveler la saga d’été par un prisme écologique
Habituée des grandes fictions chorales, Aline Panel a déjà travaillé sur Dolmen en 2005 ou Le Temps est assassin en 2019. Avec L’Or bleu, elle a souhaité retrouver les ressorts classiques de la saga estivale tout en leur donnant une portée contemporaine. Le sujet de l’eau s’est imposé progressivement, nourri à la fois par ses préoccupations personnelles et par l’évolution des débats publics autour des sécheresses et des conflits locaux ou à plus grande échelle, liés aux ressources naturelles.
« L’eau devient un sujet de tension internationale, mais aussi un sujet du quotidien. Aujourd’hui, la question de l’accès à l’eau ou de son partage concerne tout le monde », analyse-t-elle. La série se déroule en Provence, territoire immédiatement associé aux épisodes de sécheresse dans l’imaginaire collectif. Un choix assumé, pour sa dimension symbolique autant qu’esthétique : « Quand on pense à la sécheresse, on pense aux paysages provençaux, aux lavandes, à la roche, à cette beauté qu’il faut préserver », rappelle Aline Panel.

Une pédagogie intégrée au récit
Si L’Or bleu aborde frontalement les questions de gestion de l’eau, la série refuse pour autant le didactisme pur. « Nous ne voulions pas faire un documentaire sur l’eau », souligne la productrice. « Il fallait que ce sujet soit un moteur dramatique et pas seulement un prétexte ». Les scénarios intègrent ainsi des scènes explicitement pédagogiques (par exemple une séquence durant laquelle un jeune personnage donne des conseils à sa grand-mère) autour du partage de la ressource, de la consommation ou des tensions locales liées à l’accès à l’eau. Ces éléments sont intégrés aux trajectoires des personnages et aux mécaniques du thriller familial.
Pour garantir la crédibilité du propos, l’écriture a été accompagnée par un ingénieur spécialiste en génie hydraulique. La production a également travaillé avec Veolia dans le cadre d’un partenariat éditorial autour des enjeux de préservation de l’eau. « Tout ce qui est raconté doit être scientifiquement juste », justifie Aline Panel. La productrice revendique toutefois un équilibre permanent entre information et narration : certaines scènes trop explicatives ont été retirées au montage afin de préserver le rythme dramatique.

Une fabrication pensée dans une logique coresponsable
L’engagement écologique ne s’est pas limité au récit. Aline Panel explique avoir mis en place depuis plusieurs années des pratiques visant à réduire l’impact environnemental de ses productions. L’Or bleu a ainsi obtenu le label Ecoprod deux étoiles : le tournage, réparti sur 72 jours, a été organisé pour limiter les déplacements des équipes et optimiser l’utilisation des décors naturels.
Certains éléments ont même été reconstruits à proximité des lieux principaux afin d’éviter des transports supplémentaires. « Nous avons tourné par blocs de décors pour que les camions restent sur place le plus longtemps possible ». Le choix de tourner entièrement en décors naturels, dans le Luberon, répond également à une volonté de valoriser les paysages français, autre dimension revendiquée par le service public.
L’objectif de maîtriser les coûts a également nourri une réflexion autour du casting. La production a dès lors choisi de faire interpréter les personnages jeunes et âgés par des acteurs différents, plutôt que de recourir massivement aux effets numériques.
Aline Panel imagine déjà prolonger le concept sous forme de collection autour d’autres enjeux écologiques : « Nous pourrions faire L’Or blanc sur le manque de neige et les stations de ski qui doivent se renouveler, L’Or vert sur les incendies de forêts… », suggère-t-elle. « C’est un format qui rassemble, populaire et éducatif. Ce serait dommage de s’arrêter là ».
Une manière de rappeler que les grands formats de divertissement peuvent aussi accompagner les mutations de la société et nourrir le débat collectif.
L’OR BLEU
Création : Marie-Anne Le Pezennec et Ludovic Lacroix
Réalisation : Hippolyte Dard
Scénario : Marie-Anne Le Pezennec et Ludovic Lacroix
Production : Authentic Media
Coproduction : France Télévisions
Diffusion : France Télévisions
Ventes internationales : About Premium Content
Sortie le 20 mai 2026
Soutien sélectif du CNC : Fonds de soutien audiovisuel (aide automatique)