Marseille Web Fest 2020 : Tu Préfères veut "donner la parole à la jeunesse"

Marseille Web Fest 2020 : Tu Préfères veut "donner la parole à la jeunesse"

15 octobre 2020
Séries et TV
Tu Préfères
"Tu Préfères" Superstructure-Arte
Présenté en compétition officielle au Festival international de la série courte Marseille Web Fest- qui se tient cette semaine dans la cité phocéenne - Tu Préfères est une web-série réaliste et fantastique, créée par Lise Akoka et Romane Gueret. Elles nous racontent leur projet atypique.

Lise Akoka et Romane Gueret se sont rencontrées en 2014, à l'occasion d'un casting. Depuis, elles ne se quittent plus. Récompensées en 2016 pour leur premier court métrage, Chasse Royale, à la Quinzaine des Réalisateurs, elles ont sorti en juin dernier, sur Arte.tv, leur nouvelle création originale, Tu Préfères. Dix épisodes de 7 minutes qui nous plongent dans le quotidien ordinaire de Shaï, Djeneba, Aladi et Ismaël, quatre adolescents qui grandissent entre les quatre tours de la Place des Fêtes, quartier populaire de Paris, où ils jouent à leur jeu favori : «Tu préfères». Le concept ? Choisir l’une des deux alternatives d’un dilemme cornélien et absurde...

Comment est née cette série ?

Lise Akoka : Il y a quelques années, j’ai été coach enfant le temps d'un été sur un long métrage dans lequel jouaient les quatre acteurs de Tu Préfères. Ils avaient été pris à l'issue d’un casting sauvage et il s'agissait de leur première expérience de cinéma. J'ai passé beaucoup de temps avec eux en dehors du plateau. On parlait de tout et de rien et, à certains moments, je les ai enregistrés, avec leur accord. Avec Romane, on a tout réécouté par la suite, tout retranscrit, et on est tombées amoureuses d'eux.

Romane Gueret : Après ça on a continué à se voir souvent, on a beaucoup discuté, et on a fait plusieurs mois d’improvisations à partir desquelles on a construit le récit et les dialogues avec notre coscénariste, Éléonore Gurrey.

Derrière le titre Tu Préfères, il y a ce jeu auquel jouent les ados…

Lise Akoka : Oui, «Tu préfères» c’est un jeu auquel nous avons énormément joué avec nos amis et dont on raffole parce qu’il fait naître des débats savoureux sur des sujets profonds, alors même que le point de départ est très concret et souvent trivial. Les participants sont mis en position de devoir répondre à un dilemme qui les implique. Ce qui donne lieu à des situations et des  révélations très drôles ou très intimes. Et c'est un jeu auquel on peut jouer à tout âge et venant de tous milieux. Comme ces ados sont des petits génies de la vanne et de la répartie et qu’ils pratiquent cet art de façon très assidue, ça nous a semblé être un support dramaturgique idéal pour dessiner les personnages et leurs problématiques d’adolescents. Et ça nous permettait d’aborder sans tabou des questions qui traversent la société.

Romane Gueret : Effectivement, on aime ce jeu parce qu’il autorise une grande liberté au niveau des thématiques et on avait envie de parler de sujets forts et actuels, mais en respectant leur réalité. Même s'il s'agit de sujets polémiques. L’envie était de ne pas lisser ou atténuer la réalité de leurs discussions réelles.

"Le casting était là avant l’histoire"

Comment avez-vous tourné la série ?

Romane Gueret : Le casting était là avant l’histoire. Ensuite, on a commencé par diriger des sessions de travail avec eux, sur plusieurs mois, qui reposaient sur de l'improvisation autour des «Tu préfères». Et au fil de ces répétitions, on a identifié? les sujets les plus intéressants, les plus drôles, les dilemmes qui fonctionnaient le mieux. On a retranscrit toutes ces improvisations et nous avons retravaillé cette matière pour en faire un scénario. Sur le tournage, les enfants avaient des oreillettes à travers lesquelles on les dirigeait et on leur dictait leur texte. Une façon de les garder dans le présent des situations, tout conservant la musculature narrative de l'écriture. Contrairement à ce qu’on peut penser, ce fut un travail de répétition énorme pour eux d'apprendre à jouer en partageant leur attention entre le plateau et ce qu'ils entendaient dans les oreillettes.

De manière ludique, la série réfléchit à la façon dont rêve la jeunesse des quartiers populaires aujourd'hui.

Romane Gueret : En tout cas on voulait donner la parole à la jeunesse, en veillant à ne pas travestir le fond : ses émotions, ses préoccupations, et ses rêves oui.

Notre volonté était de dépasser la question de la jeunesse des quartiers sensibles, que ce ne soit pas le cœur du sujet. On voulait parler des préoccupations et des rêves adolescents, mais dans ce qu'ils ont de plus universels.

Lise Akoka : Derrière l'expression « jeunes de quartier » qui nourrit beaucoup de fantasmes, il y a avant tout des individus uniques et des parcours singuliers, dont on veut faire apprécier la richesse. C'est à leur intelligence, leur humour, leur sensibilité?, l'inventivité? de leur langue et aux façons qu’ils ont chacun d’affronter l'adversité? que nous voulons rendre justice à travers cette série.

"Une chance et une fierté de pouvoir montrer notre travail"

Qu'apporte le format de la web-série - avec ses épisodes courts - dans la narration, dans la façon de faire une série ?

Romane Gueret : Au début, si on avait envie d'un format court sériel, on ne voulait rien s’imposer pour la durée. C'est au fil des répétitions que le timing s'est imposé. On s'est rendu compte que les débats qui découlaient naturellement d'un «Tu préfères» duraient entre 5 et 8 minutes. C'est ce flow-là qu'on a décidé de conserver au scénario et que l'on retrouve dans les épisodes.

Lise Akoka : On voulait aussi que cette série dépasse le concept du «Tu préfères», pour suivre une trame narrative entre les personnages, et qu'ils évoluent sur plusieurs épisodes. Sur un format si court, il faut faire simple sans perdre en finesse.

Vous étiez sélectionnées au Festival Séries Mania et cette semaine vous êtes à Marseille en sélection française au Marseille Web Fest. Qu'est-ce que ça vous apporte ?

Lise Akoka : A chaque fois, on vit ça comme une chance et une fierté. De pouvoir montrer notre travail et de pouvoir en parler. C'est la première fois qu'on fait quelque chose à destination du web et ça nous a beaucoup touchées de voir que la série circule. Le fait qu'elle soit accessible pour tout le monde, et gratuitement, lui confère une grande visibilité. Et forcément, cela nous permet à nous, en tant que réalisatrices, d'avoir un accès direct aux commentaires et aux messages des spectateurs, ce qui n'est pas le cas au cinéma.

Tu Préfères a été soutenue par le CNC et est à voir sur Arte.tv