« Allier la comédie et le mélodrame » : rencontre avec Alexandre de la Baume, compositeur de la musique de « Tout va super »

« Allier la comédie et le mélodrame » : rencontre avec Alexandre de la Baume, compositeur de la musique de « Tout va super »

28 mai 2026
Cinéma
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Noémie Lvovsky, Hakim Jemili et Marie Colomb dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir
Noémie Lvovsky, Hakim Jemili et Marie Colomb dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir ATELIER DE PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - D.A.C.P - 2025

Compositeur sur Le Ravissement et Les Enfants vont bien, Alexandre de la Baume revient sur la genèse de la création de la bande originale du nouveau film de Patrick Cassir, Tout va super, sorti le 27 mai au cinéma.


Dans Tout va super, Elie (Hakim Jemili) traverse une période positive de sa vie : le cancer de sa maman Sylvaine (Noémie Lvovsky) est en rémission, et le soir où il fête ça, il tombe amoureux d'Anaïs (Marie Colomb), une mixologiste franche et directe... Quand le cancer de Sylvaine revient en force, Elie décide de garder cette nouvelle pour lui, au risque de mettre à mal son tout nouveau couple.

Tout ne va donc plus « super » dans cette comédie de situations inspirée des films de Judd Apatow et Ben Stiller, d'après son réalisateur Patrick Cassir (Premières vacances, 2019). Ce dernier a choisi Alexandre de la Baume pour composer la musique du long métrage grâce au mixeur son Olivier Guillaume, avec qui le compositeur avait déjà travaillé sur Les Enfants vont bien (2025) de Nathan Ambrosioni. Il raconte la création de cette partition entre rires et larmes.

 

Sur la corde raide

Alexandre de la Baume a d’abord vu une version provisoire de Tout va super, montée sur une musique temporaire. Il est alors enthousiasmé par le film : « J’ai apprécié la façon très délicate dont il joue sur la corde raide entre comédie et drame. Aborder la maladie d'une proche avec autant d'humour, c'est rare. Le projet m'a donc tout de suite plu. Et les intentions musicales étaient déjà là. Le défi a été de trouver une musique qui pouvait allier deux aspects a priori opposés : le rythme de la comédie avec une certaine légèreté qui aille de l'avant, tout en faisant honneur au côté mélodramatique du film... Comment faire une musique cohérente, en somme ! »

Pour y parvenir, le compositeur utilise un piano, une guitare acoustique et une guitare électrique. « Je travaille avec le guitariste Pierre Antoine-Piezanowski que j'admire beaucoup. La guitare a une chaleur et j'aime l'enregistrer avec très peu d'effets. Ce qu'il y a de beau dans cet instrument, c'est de sentir le bois, les doigts du guitariste, une fragilité très émouvante. C'est la même chose avec le piano : j'aime entendre le pianiste. C'est dans le côté vivant de l'enregistrement que se trouve la plus grande émotion. il peut y avoir la tentation de ‘nettoyer’ au maximum les prises, au risque de perdre l'émotion », se passionne l’artiste. « Or, ce qui est considéré comme un défaut rend le morceau plus vivant. Dans ce film, qui parle de la fragilité de la vie ou du sentiment amoureux, je voulais qu'on ressente cette part de fragilité à travers l'enregistrement ».

Sur Les Enfants vont bien, Alexandre de la Baume s’est par exemple beaucoup inspiré du travail du compositeur Ryūichi Sakamoto sur L'Innocence (2023) d'Hirokazu Kore-eda, « avec son piano très préparé mais très minimal, où l'on entend beaucoup le pianiste... L'ambition était de coller avec la pudeur du film ». La même démarche est à l'œuvre sur Tout va super. Pour l’aspect électronique, le musicien utilise un clavier baptisé Juno, mais également des programmations numériques comme des samples de grosse caisse.

Marie Colomb et Hakim Jemili dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir
Marie Colomb et Hakim Jemili dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir ATELIER DE PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - D.A.C.P - 2025

Dix-sept morceaux, trois thèmes, trois jours

L’aspect le plus chronophage de la création d'une bande originale de film n'est pas l'enregistrement mais bien la composition : si Alexandre de la Baume estime qu'il y a dix-sept moments musicaux dans Tout va super (sans compter les morceaux déjà existants), l'enregistrement en lui-même n'a nécessité que trois jours dans son studio du 10ᵉ arrondissement de Paris. « Ce qui demande le plus de temps, c'est de trouver, au sens propre du terme », explique t-il. « Surtout pour une première collaboration. Si nous avons déjà travaillé ensemble avec un cinéaste, nous nous comprenons assez vite. Mais si c’est une première, je fais beaucoup d'essais et il faut parfois des centaines de tentatives pour trouver un thème ! D’autant que tout peut changer au dernier moment : je dialogue aussi avec les producteurs, et la musique est l'un des derniers ‘endroits’ d'un film où l'on peut faire des changements avant la sortie. » 

Tout va super repose sur trois thèmes récurrents, dont un thème principal. Le compositeur les identifie ainsi : le thème de l'urgence, qui évoque le cancer qui revient et provoque de la panique chez Elie (« il fallait que nous sentions qu'il soit pris par le temps qui passe, par ‘l'échéance’ de la maladie ») ; un thème romantique pour relier les deux amoureux ; et enfin un thème plus mélancolique, qui évoque l'origine libanaise des personnages et qui s’exprime à travers deux versions : l’une instrumentale et l’autre plus électronique.  Pour ce dernier thème, l'inspiration vient des sad bangers : « Ce sont des morceaux à la fois dansants et très rythmiques, mais avec une vraie tristesse au fond. Beaucoup de morceaux de Daft Punk, par exemple, sont des sad bangers ».

Il en ressort une musique enthousiasmante, une rythmique qui avance, mais qui dégage une vraie mélancolie. « Une sorte de danse triste : il y a un certain nombre de séquences de ce type dans le film, notamment la séquence de fin. La mélancolie poursuit les personnages mais ils ont une volonté de vivre malgré tout ». Le compositeur a aussi maintenu un dialogue constant avec le superviseur musical du film, Martin Caraux, qui « chapeaute un peu tout », notamment l'imbrication entre les morceaux déjà existants et les morceaux composés. Le but étant de parvenir à une cohérence et une harmonie entre les deux approches.

Hakim Jemili et Rudy Milstein dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir
Hakim Jemili et Rudy Milstein dans « Tout va super » réalisé par Patrick Cassir ATELIER DE PRODUCTION - TF1 FILMS PRODUCTION - D.A.C.P - 2025

De la pop au cinéma

Fan du film Phantom of the Paradise et de son côté opéra rock, Alexandre de la Baume l'affirme lui-même : il ne vient pas de la musique de film, mais du monde de la pop. « Je suis arrivé dans le cinéma par un chemin de traverse :  j'ai appris la musique de façon autodidacte, en la pratiquant et en créant des groupes. Nous avons signé avec ma sœur (NDLR : la comédienne et chanteuse Joséphine de la Baume) chez Warner quand j'avais 19 ans... Et puis un jour, Thibault Durand, qui appréciait ma musique, m'a demandé de composer la bande originale de son court métrage, Tout doit disparaître, en 2013, dans lequel j'ai joué. Puis un autre par Marie-Sophie Chambon, qui m'a ensuite proposé de composer mon premier long métrage, 100 kilos d'étoiles... » 

De fil en aiguille, le musicien devient compositeur pour le cinéma. Parmi ses admirations, il cite le duo Trent Reznor & Atticus Ross (The Social Network, Tron : Ares) et Jonny Greenwood (Une bataille après l'autre). « Je n'ai pas pensé à eux consciemment sur Tout va super, mais ce sont de très grosses influences. On peut estimer qu'il y a deux écoles de composition de musique de film : d'un côté les grands thèmes, assez classiques, qui reviennent ; et de l’autre une école ‘bruitiste’, atmosphérique, à la Hans Zimmer, avec de grandes textures de sons, des graves très graves, une véritable ambiance sonore... Des musiciens comme le duo Reznor/Ross et Greenwood ont trouvé une façon de prendre le meilleur des deux mondes. Chez eux, il y a une ambiance très forte et une véritable puissance mélodique. C'est très inspirant. Il s'agit de ne pas faire le deuil de la mélodie ».

Le compositeur confesse aussi que la musique du film d'animation japonais Ghost in the Shell (1995) par Kenji Kawai « est l’une de celles que j'ai le plus écoutées dans ma vie... C'est l’une des plus belles ouvertures de l'histoire du cinéma ».  Des influences qui se retrouvent aussi bien dans Tout va super que dans Le Ravissement, par exemple. À ses yeux, le long métrage d'Iris Kaltenbäck est « un film sombre sur la solitude et le mal d'amour, mais qui va tout de même vers la lumière et qui contient beaucoup de tendresse. Cette grande solitude urbaine  a influencé la photographie, les décors et donc la musique : Iris admire les grandes bandes originales, avec de grands choix mélodiques, de beaux instruments élégants. Un violoncelle, un violon, un piano, une guitare... Beaucoup d'instruments de souffle, d'humanité, où l'on sent les gens qui en jouent ».

 

Le jour et la nuit

Tout va super a bénéficié de l'Aide à la création de musiques originales, sans laquelle le rendu final aurait été très différent : « L'aide du CNC nous a permis d'engager des interprètes, d'avoir du temps de studio et du matériel supplémentaires : grâce à cela, nous avons trouvé la matière unique de l'enregistrement. L'aide est souvent indispensable pour offrir au film quelque chose d'unique et de qualité. Cela donne un supplément d'âme », affirme Alexandre de la Baume. « Ma volonté, c’est de travailler avec des interprètes humains et des musiciens dont l'interprétation unique et fragile ajoute énormément d'émotion et de vérité au film. C'est le passage de la maquette, où je suis seul, à autre chose : c'est le jour et la nuit, comme si on ajoutait de la couleur là où il n'y en avait pas ».


 

TOUT VA SUPER

Affiche de « TOUT VA SUPER »
Tout va super Zinc

Réalisation : Patrick Cassir
Scénario : Patrick Cassir et Rudy Milstein
Production : Atelier de Production
Coproduction : TF1 Films Production, De l’autre côté du périph’
Distribution : Zinc
Ventes internationales : WTFilms
Sortie le 27 mai 2026

Soutien sélectif du CNC : Aide à la création de musiques originales