Cinq films mexicains qui ont marqué l’histoire du festival de Cannes

Cinq films mexicains qui ont marqué l’histoire du festival de Cannes

14 mai 2019
Cinéma
Amours chiennes
Amours chiennes Altavista-Zeta Films
Alors qu’Alejandro González Iñárritu préside les débats sur la Croisette, revue des longs métrages mexicains qui ont marqué le festival de Cannes de leur empreinte.

Maria Candelaria d’Emilio Fernandez (1946)

Le premier festival de Cannes a lieu juste après-guerre, en 1946, celui de 1939 ayant été sacrifié pour cause de conflit mondial naissant. Parmi les films présentés, il y a un mélodrame mexicain d’Emilio Fernandez dit « El Indio », réalisateur qui participa aux évènements révolutionnaires dans les années 20 et fut contraint à l’exil. Il émigre à Hollywood en 1923 où à défaut de faire des films, il joue les doublures à l’écran pour Douglas Fairbanks. De retour au pays à l’orée des années 40, il signe ses débuts de cinéaste. Ce Maria Candelaria est une histoire d’amour contrariée entre une jeune indienne reniée par sa communauté parce que fille de prostituée et un jeune garçon qui lui reste fidèle malgré les préjugés. Le film fait forte impression sur le jury de l’époque qui lui décerne le Grand Prix (la Palme d’or n’existant pas encore). Le film est porté par la star Dolores del Rio, ancienne égérie du cinéma muet hollywoodien.

Los Olvidados de Luis Buñuel (1950)

C’est le producteur Oscar Dancigers qui fait venir au Mexique l’exilé Buñuel en 1950. C’est lui aussi qui lui propose de s’intéresser aux gamins des faubourgs de Mexico afin d’en faire un film. Ce sera Los Olvidados (Les oubliés), son troisième film réalisé sur place. Influencé par le néo-réalisme italien, le film iconoclaste est également traversé de fulgurances surréalistes. Los Olvidados obtient le Prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1951 et relance la carrière de Buñuel. Dix ans plus tard, il obtiendra une Palme d’or pour Viridiana.

 

Amours chiennes d’Alejandro González Iñárritu (2000)

Avec ce premier long métrage, Alejandro González Iñárritu connaît d’emblée une sélection cannoise. Amours chiennes est présenté à la Semaine de la Critique où il obtient le Grand Prix. Déjà s’affirment les ambitions narratives du cinéaste qui aime à télescoper plusieurs destins marqués par la fatalité. L’intrigue divisée en trois épisodes est reliée par la présence de chiens dont les humeurs traduisent les circonvolutions des drames qui se jouent. Dès le début un accident de la circulation dans les rues de Mexico va créer un lien entre trois personnages dont on va suivre en parallèle les déboires amoureux. Depuis, le cinéaste mexicain, président du festival de Cannes 2019, a vu plusieurs de ses films concourir pour la Palme d’or. Il a reçu un Prix de la mise en scène pour Babel en 2006.


Japon de Carlos Reygadas (2002)

Carlos Reygadas, grand habitué du Festival de Cannes et des marches rouges, est « né » à la Quinzaine des Réalisateurs en 2002 avec ce Japon. Ce film sensuel est un voyage initiatique d’un homme vers la mort. Il obtient une mention spéciale à la Caméra d’or. La mise en scène de cet admirateur avoué d’Andreï Tarkovski, multiplie les plans séquences très amples censés restituer le vertige intérieur des personnages. Japon est marqué par la majesté des lieux dans lesquels il s’inscrit : les canyons de l’état d’Hidalgo à 200 kilomètres au nord de Mexico. Le titre énigmatique est une façon pour le cinéaste d’imprimer d’emblée un certain mystère. Carlos Reygadas a depuis obtenu au Festival de Cannes un Prix du Jury pour Lumière silencieuse en 2007 et un Prix de la mise en scène pour Post Tenebras Lux en 2012.

 

Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro (2006)

Cette année-là au Festival de Cannes, les deux amis et compatriotes, Alejandro González Iñárritu et Guillermo del Toro, se retrouvent en concurrence sur les marches rouges. Si avec Babel, le premier gagne la partie avec un Prix de la mise en scène, del Toro et son Labyrinthe repartent certes bredouilles, mais font forte impression auprès de la critique. Le film obtiendra d’ailleurs 3 Oscars l’année d’après. Ce conte baroque se déroule en 1944 durant le franquisme. On suit le voyage initiatique d’une petite fille, sorte d’Alice au pays des merveilles, qui va devoir se confronter à des créatures et pénétrer un monde enchanté dans lequel elle est promise à devenir une princesse. Sergi López joue ici un terrifiant capitaine de l’armée franquiste. Guillermo del Toro n’a présenté que ce long métrage en compétition à Cannes. Il a été également membre du jury en 2015.