Comment fait-on parler les personnages dans les films d’animation ?

Comment fait-on parler les personnages dans les films d’animation ?

05 décembre 2018
Cinéma
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Astérix : le secret de la potion magique, Louis Clichy, Alexandre Astier (2018)
Astérix : le secret de la potion magique, Louis Clichy, Alexandre Astier (2018) SND

Louis Clichy, co-réalisateur avec Alexandre Astier d’Astérix et le secret de la potion magique, nous détaille ce processus.


Comment avez-vous procédé pour faire les voix d’Astérix et le secret de la potion magique ?
En dessin animé, la voix vient avant l’animation ! On ne peut pas faire d’animation des personnages si on n’a pas un guide de la voix quasiment définitif. En France, ça surprend, parce qu’on a pris l’habitude d’entendre parler de « doublage » de dessins animés au moment où les productions américaines arrivent en France. C’est à ce moment que les stars interviennent. Du coup, on a l’impression que tout se fait à la fin.

Alors comment cela s’est-il passé ?
Nous avons fait appel à des comédiens qui ont joué leur texte devant un micro comme s’ils enregistraient une fiction radio. Ils n’avaient absolument aucune image à regarder. Juste le script de leur scène… qu’on n’avait parfois terminé que deux heures avant ! Comme ça, ils avaient la liberté totale de faire ce qu’ils voulaient. Dans ces dialogues enregistrés, on a sélectionné les prises qui nous convenaient pour les proposer comme base à l’animateur. C’est la mélodie de la voix qui lui donne ses idées d’acting, de jeu, d’expressions.

Vous filmez aussi les acteurs qui viennent jouer l’histoire. Pourquoi ?
Il peut y avoir des tics gestuels qui accompagnent le langage chez des comédiens comme Christian Clavier ou Elie Semoun qui peuvent être hyper intéressants pour l’animateur quand il a besoin de faire bouger son personnage. Par exemple, voir Olivier Saladin jouer le sénateur Tomcrus nous a beaucoup servi. Pour autant, on ne s’inspire pas physiquement des acteurs, parce que le design du personnage est créé en amont.

Y a-t-il des spécialistes dans l’animation de la bouche et du langage ?
Non. L’animateur est responsable d’un plan qui a une durée donnée et dans lequel il doit animer tout ce qui est à l’écran. Mais effectivement, certains sont meilleurs que d’autres pour faire le lip sync, c’est-à-dire la synchronisation des lèvres.

Y a-t-il une spécialisation par personnage ?
Un peu, mais beaucoup moins que ce qui se passait dans l’animation traditionnelle. Si on regardait les génériques de dessins animés en 2D comme Le Roi lion, tous les animateurs sont listés par personnage. En 3D, c’est plus compliqué. Ça permet aussi plus d’interactions quand c’est le même animateur qui s’occupe de deux personnes (ou plus) qui dialoguent. Néanmoins, certains animateurs étaient plutôt doués pour animer Sulfurix et d’autres avaient la veine cartoon et se régalaient à animer les sangliers.

Christian Clavier est pour la première fois la voix de dessin animé d’Astérix. C’était une évidence ?
Roger Carel, la voix iconique d’Astérix, est assez âgé. Déjà, on était surpris qu’il accepte de faire le film précédent, Astérix et le domaine des dieux. Quand il a fallu trouver quelqu’un pour le remplacer, le nom de Christian Clavier est venu comme une évidence. Effectivement, il a marqué l’histoire d’Astérix même s’il n’a fait que deux films : Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi et Astérix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat. Il était comme les autres, jouant son rôle scène après scène sans avoir connaissance du scénario.

Pour Obélix, vous faites appel à Guillaume Briat depuis Le domaine des Dieux. Pourquoi ?
C’est un comédien que connaît bien Alexandre Astier puisqu’il fait partie de la série Kaamelott où il joue le roi de Burgonde, un personnage qui ne parle quasiment pas. Au départ, il était venu faire la voix témoin pour le storyboard. Et là, on s’est aperçu que cela fonctionnait super bien. Il a exactement la voix du personnage : ronde et grave qui part parfois dans les aigus en voix de tête.