Comment reconstituer l’année 1984 ? Rencontre avec Herald Najar, chef décorateur de « Police Flash 80 »

Comment reconstituer l’année 1984 ? Rencontre avec Herald Najar, chef décorateur de « Police Flash 80 »

16 mars 2026
Cinéma
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« Police Flash 80 » réalisé par Jean-Baptiste Saurel
« Police Flash 80 » réalisé par Jean-Baptiste Saurel PATHÉ FILMS – NOLITA CINÉMA – TF1 FILMS PRODUCTION – BESIDE PRODUCTIONS – CHRONIC

Le réalisateur Jean-Baptiste Saurel a imaginé cette comédie où un policier à l’ancienne et fan de Michel Sardou (François Damiens) est propulsé malgré lui à la tête d’une « unité d’élite » composée d’une maman surmenée (Audrey Lamy), d’un geek du Minitel (Brahim Bouhlel) et d’un spécialiste de l’infiltration (Xavier Lacaille). Le chef décorateur du film, Herald Najar, nous raconte comment il a reconstitué les années 80 en plein Paris. 


Quelles questions ont émergé à la lecture du scénario de Police Flash 80 ?

Je ne me suis pas projeté tant que cela dans l’époque, car l’histoire a des aspects très contemporains. Nous pouvons très bien imaginer, de nos jours, les aventures d’une brigade de policiers face à des narcotrafiquants. En 1984, j’avais 14 ans. J’avais donc un regard un peu faussé, car lorsque nous sommes adolescents, nous idéalisons toujours un peu les choses. Donc je me suis avant tout focalisé sur l’histoire policière. J’ai aimé dans le script le côté très poussiéreux de la police avec ses fonctionnaires corrompus, mais j’étais plus sensible à ce que le scénario racontait de l’explosion du rap dans les cités. Cette nouvelle jeunesse qui était en train d’émerger. Avec Jean-Baptiste Saurel, le réalisateur, nous nous sommes dit qu’il fallait arriver à trouver un entre-deux entre comédie et reconstitution.

Y avait-il une sorte de quête de réalisme ?

Oui, l’idée était d’essayer, au meilleur de nos capacités, de faire revivre les années 80, principalement à travers les marqueurs de l’époque. En l’occurrence, les cabines téléphoniques, les consoles de jeu, les enseignes, les voitures…

Les véhicules des années 80 deviennent-ils difficiles à trouver ?

Pas tant que cela. Nous travaillons avec des loueurs et nous avons de la chance en France, car il y a beaucoup de passionnés et de collectionneurs de voitures de cette époque. Ensuite, nous nous sommes évidemment occupés de changer les plaques et d’accessoiriser. La difficulté, c’est de savoir jusqu’où aller quant au nombre de véhicules, car c’est une logistique compliquée. Certains ne roulent plus et il faut les amener par camions. Mais le fait d’avoir des voitures garées dans une rue permet de situer immédiatement l’époque.

L’idée était d’essayer, au meilleur de nos capacités, de faire revivre les années 80, principalement à travers les marqueurs de l’époque. En l’occurrence, les cabines téléphoniques, les consoles de jeu, les enseignes, les voitures…

Quelles références aviez-vous en tête pour le Paris du film ?

C’était, au départ, celui de Tchao Pantin, même s’il est compliqué aujourd’hui de faire un tel film dans la capitale car beaucoup de choses ont changé. Nous avons essayé de sélectionner des endroits qui n’ont pas trop bougé esthétiquement. Il fallait aussi pouvoir raconter ces années-là à travers le mobilier ou le papier peint. Nous travaillons notamment avec des sites belges qui ont stocké beaucoup de papiers peints d’époque, ce qui est très précieux car nous avons pu utiliser des produits d’origine. En petite quantité, en revanche, ce qui nous obligeait à imaginer les décors en fonction de ce que nous avions en stock ! Durant les années 90/2000, il y a eu un rejet de l’esthétique des années 80, nous ne voulions plus en entendre parler et beaucoup de choses ont été jetées. Ce qui n’est pas le cas, par exemple des années 30 ou 50. Il a donc fallu aller chez Emmaüs, où il est possible de trouver encore des objets de cette époque, en cherchant bien, mais souvent en mauvais état.

Ce qui voulait dire réparer certains objets ?

Nous avons des accessoiristes très talentueux qui retapent les accessoires. Parfois, nous récupèrons la carcasse d’un objet et ils rajoutent des lumières pour qu’il ait l’air de fonctionner. Dans le film, il y a une scène où un four à micro-ondes explose et nous en avons reconstruit plusieurs à partir de vieux modèles d’époque qui nous plaisaient, mais qui ne fonctionnaient plus. Les accessoiristes ont refait des moules. Bon, ensuite, il ne faut tout de même pas aller trop loin dans le réalisme, nous avons besoin de prendre des libertés. Ça reste du cinéma !

 

Aviez-vous fabriqué des moodboards pour définir l’univers du film ?

Jean-Baptiste Saurel en avait déjà un, rempli de références de films, dont Tchao Pantin, mais aussi des longs métrages de Jean-Paul Belmondo, Alain Delon… Ou même la série David Lansky avec Johnny Hallyday (1989). De mon côté, j’ai sélectionné des photos tirées de magazines, de films, pour essayer de mettre une image par décor, afin que tout le monde puisse savoir si nous allions dans la bonne direction. Et puis nous avons fait beaucoup de cahiers de documentation : il y a notamment une scène dans une usine de craies, mais comment fabriquait-on des craies à l’époque ? Et quand nous était un geek dans les années 80, qu’est-ce que ça voulait réellement dire ? Nous nous sommes aussi beaucoup questionnés sur l’univers de la police, de l’électroménager… Une fois que tout est réuni, c’est le réalisateur qui décide sur quoi il veut mettre l’accent. Mais il y a en parallèle des contraintes de temps : nous ne pouvons pas faire exactement tout ce que nous voulons car il faut être efficace. Nous commençons donc par faire une sorte d’état des lieux des objets que nous pouvons trouver et quand nous lançons les décors, nous partons les louer ou les acheter...

Nous avons travaillé en amont avec la cheffe costumière Rachèle Raoult et ensuite nous avons mis en commun nos cahiers d’esquisses. Nous avions chacun des contraintes et il fallait s’accorder. Les costumes et les décors devaient fonctionner en harmonie. Parfois, je n’avais pas encore le papier peint, mais elle avait le costume, donc je m’adaptais à son travail, et vice-versa.

Un des décors a-t-il été plus compliqué que les autres ?

Pas vraiment. Mais ce qui a été difficile, c’est qu’il y avait beaucoup de petits décors pour de courtes scènes, qu’il fallait pourtant travailler comme les autres. La difficulté était d’avoir des lieux où nous pouvions mettre plusieurs décors les uns à côté des autres. Nous avons trouvé une friche dans son jus qui fonctionnait parfaitement et faisait un peu office de faux studio. Nous avons pleinement utilisé tout ce que l’endroit nous offrait. Le commissariat a été un peu plus difficile à dénicher, car nous avions beaucoup de références, avec un côté un peu gris et tabac. (Rires.) Nous avons fini par trouver une ancienne administration d’un hôpital psychiatrique avec des bureaux vitrés, des guichets… Et la scène de fin, le lieu où se fabrique la drogue, est une chaufferie. Parfaite pour une scène de bagarre comme dans les films des années 80, qui se terminaient toujours dans des hangars sans que nous sachions trop pourquoi. (Rires.)

Les couleurs des années 80 étant ce qu’elles sont, nous imaginons que le choix des costumes doit forcément être pensé en même temps que les décors. Avez-vous travaillé main dans la main avec la cheffe costumière Rachèle Raoult ?

Exactement. Nous avons travaillé en amont et ensuite nous avons mis en commun nos cahiers d’esquisses. Nous avions chacun des contraintes et il fallait s’accorder. Les costumes et les décors devaient fonctionner en harmonie. Parfois, je n’avais pas encore le papier peint, mais elle avait le costume, donc je m’adaptais à son travail, et vice-versa. Nous partagions de plus les mêmes bureaux, ce qui permettait de suivre au jour le jour le travail de l’autre. C’était une formidable collaboration.
 

Police Flash 80 

Affiche de « Police Flash 80 »
Police Flash 80 Pathé

Réalisation et scénario : Jean-Baptiste Saurel
Production : Nolita Cinéma, Pathé Production
Distribution France et ventes internationales : Pathé Films
Sortie en salles le 18 mars 2026