« Dans La Danse du Serpent, j’essaye de donner une forme à l’invisible »

« Dans La Danse du Serpent, j’essaye de donner une forme à l’invisible »

04 mars 2020
Cinéma
La Danse du serpent
La Danse du serpent Murillo Cine - La Post Producciones - Promenades Films - Sputnik Films
Conversation avec Sofía Quirós Ubeda, réalisatrice de La Danse du Serpent, récit initiatique sur une jeune fille de 13 ans faisant le deuil de sa grand-mère, et premier film à avoir représenté le Costa Rica au Festival de Cannes, en 2019, lors de la 58ème Semaine de la Critique.

La Danse du Serpent est la suite de votre court métrage Selva. Pouvez-vous nous en dire plus sur les liens qui unissent les deux films ?

J’ai commencé à travailler sur le film qui allait devenir La Danse du Serpent il y a cinq ans. Le court métrage, Selva, est né en cours de route, quand j’ai soudain ressenti le besoin d’aller capturer les sons et les images qui allaient nourrir le long métrage. C’était une manière de mieux définir l’atmosphère de La Danse du Serpent, d’approfondir la caractérisation du personnage principal, d’apprendre à diriger les enfants et les adolescents. Mais par-dessus tout, ça m’a donné l’opportunité de faire la connaissance de Smachleen Gutiérrez, qui est devenue la tête d’affiche des deux films. La Danse du Serpent et Smachleen ont grandi ensemble.

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La Danse du Serpent explore une dimension surnaturelle du monde. D’une certaine manière, votre film pose la question : comment montrer l’invisible au cinéma ?

C’était l’un des plus grands défis du film, en effet, parler de l’invisible tout en lui donnant une forme et un son. Explorer l’au-delà, donner vie aux morts, donner une forme à des esprits, parler de ce qui n’est plus là, à travers le bruit des animaux par exemple. Représenter l’invisible, c’est l’une des grandes forces du cinéma.

Quelle place la magie tient-elle dans votre vie ?

La magie a été très puissante dans mon enfance, puis elle est réapparue au cours des combats que j’ai menés dans ma vie. Dans ces moments difficiles, elle m’a permis d’envisager la mort d’une autre façon, moins tragique. J’ai le sentiment que quand quelqu’un disparaît, on peut ensuite reconnaître sa présence dans un animal, une ombre, une autre forme.

Aviez-vous des références en tête avant de tourner La Danse du Serpent ? Avez-vous montré des films à votre équipe ?

Oui, j’ai montré à la jeune actrice Ava, Rosetta et Les Merveilles, des films avec des protagonistes féminins, des personnages complexes et fascinants. Pour la dimension visuelle et atmosphérique, nous avions pour références avec le directeur de la photographie de Oscuro Animal, Cavalo Dinheiro et Kaili Blues. Et au moment de l’écriture, nous avons revu Eté 93 et The Seen and the Unseen, des films qui parlent de chagrin et d’enfance.

La Danse du Serpent a été le premier film à représenter le Costa Rica au Festival de Cannes. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’état du cinéma et de la cinéphilie dans votre pays ?

Il y a peu de films produits au Costa Rica, mais ils sont très bons. Ils font preuve de beaucoup de force visuelle et narrative, et c’est un domaine où les femmes sont majoritaires. Nous avons un fond d’aides, un festival, et beaucoup de cinéastes arrivent à voyager et à faire parler d’eux, comme moi avec la sélection de La Danse du Serpent à Cannes, ou le film The Awakening of the Ants, qui a été le premier film du Costa Rica à être nommé aux Goya. Mais nous ne pouvons pas dire que nous avons une industrie, car il n’y a pas de lois qui nous protègent. C’est un combat que nous menons actuellement, pour une base légale qui sécurise nos acquis et nous permettra de continuer à grandir.

Diriez-vous que vous partagez une sensibilité commune avec d’autres cinéastes aujourd’hui dans le monde ?

Oui ! Je la partage avec des cinéastes qui travaillent avec des acteurs non-professionnels et à l’instinct, comme Jayro Bustamante au Guatemala, Ana Cristina Barragán en Equateur ou Carla Simón en Espagne. Je partage aussi avec la nouvelle génération – je pense à des gens comme Lois Patiño ou Alice Rohrwacher – l’envie de poser des questions plutôt que de donner des réponses.

La Danse du Serpent, de Sofía Quirós Ubeda, au cinéma le 4 mars, a reçu l’aide aux cinémas du monde (production) du CNC.