Qu’est-ce que l’Aide aux cinémas du monde ?

Qu’est-ce que l’Aide aux cinémas du monde ?

04 août 2021
Cinéma
"Julie (en 12 chapitres)" de Joachim Trier - Prix d'interprétation féminine, Festival de Cannes 2021 Oslo Pictures
Depuis le 1er août 2021, Prune Engler est la nouvelle présidente de la Commission des aides aux cinémas du monde. Créé en 2012, ce dispositif vise à rendre plus attrayante et plus simple l’association des cinéastes du monde entier aux professionnels français, en vue de coproduire ensemble les œuvres qui contribueront à promouvoir la diversité culturelle.

Si le soutien au cinéma hexagonal figure au cœur de ses missions, le CNC aide également les cinématographies étrangères. Initiée en 2012 par le ministère de la Culture et de la communication et le ministère des Affaires étrangères, cogérée par le CNC et l’Institut français, l’Aide aux cinémas du monde (ACM) vise ainsi à soutenir les collaborations entre cinéastes étrangers du monde entier et professionnels français, en vue de coproduire ensemble les œuvres qui contribueront à promouvoir la diversité cinématographique mondiale et, à travers elle, le rayonnement culturel de la France.

Cette aide s’est rapidement positionnée comme la pierre angulaire de notre dispositif de soutien à la coproduction internationale, et offre aujourd’hui un point d’entrée unique aux cinéastes du monde entier. En résumé, l’ACM est une aide sélective, ouverte aux cinéastes étrangers (et aux cinéastes français lorsqu’ils tournent dans une langue étrangère). Elle est réservée aux projets de long métrage (fiction, animation, documentaire de création) destinés à une première exploitation en salles de cinéma. Elle peut être accordée soit avant réalisation, soit après réalisation au stade de la post-production (uniquement pour les projets ayant sollicité l’aide à la production et ne l’ayant pas obtenue). Le montant accordé est plafonné à 250 000 € (450 000 € pour les films d’initiative françaises dont le budget est supérieur à 2,5 M€) pour l’aide avant réalisation et à 50 000 € pour l’aide après réalisation.

L’ACM est accordée à la société de coproduction partenaire établie en France dans le cadre d’une coproduction avec un ou plusieurs producteurs établis à l’étranger. Les projets sont sélectionnés en fonction de leur degré d’excellence artistique, de leur capacité à présenter au public français et étranger des regards différents et des sensibilités nouvelles, de la fragilité relative du tissu professionnel dans lequel ces œuvres s’inscrivent, ainsi que de leur faisabilité financière et du degré d’implication de l’entreprise de production établie en France. L’œuvre doit par ailleurs respecter plusieurs critères d’éligibilité : être coproduite par une entreprise de production établie hors de France, réalisée par un ressortissant étranger (ou français par exception), la langue de tournage pourra être la ou les langue(s) officielle(s) ou en usage dans le ou les pays étrangers dont le réalisateur est ressortissant ou sur le territoire desquels ont lieu les prises de vues.

L'attribution des aides est décidée par le président du CNC et la présidente de l’Institut français après avis d'une commission composée de personnalités reconnues de la profession et composée de dix-neuf membres dont un président et trois vice-présidents. Présidée jusqu’à la fin juillet dernier par le critique et historien du cinéma Charles Tesson, la commission sera désormais placée sous la présidence de Prune Engler, anciennement déléguée générale du Festival international du film de La Rochelle. Déterminant quels projets pourront être aidés, la commission se compose de trois collèges : le premier collège est compétent pour les demandes d’aides avant réalisation pour les premiers et deuxièmes longs métrages d’un réalisateur, le deuxième collège pour les demandes d’aides avant réalisation pour les films de cinéastes plus expérimentés, le troisième collège pour les demandes d’aides après réalisation.

Les deux premiers collèges se composent de comités de lecture (plusieurs pour chaque collège) suivis un mois plus tard, d’une commission plénière (une par collège). Les demandes d’aide après réalisation (3e collège) sont examinées au sein d’une commission plénière dédiée. Les commissions ont lieu soit à l'Institut français (1er collège), soit au CNC (2e et 3e collèges). 4 sessions ont lieu chaque année.

448 projets ont été soutenus à ce jour

Les principaux pays bénéficiaires à ce jour sont l’Italie (25 films), l’Argentine (19), le Brésil et le Chili (17) Israël (16) la Turquie et la Chine (15) la Roumanie (14), l’Algérie et le Portugal (13), le Maroc et l’Iran (12), l’Inde  et l’Espagne (10), la Colombie (9), le Liban (8), le Japon et la Palestine et la Tunisie  (7), le Kazakhstan, le Mexique, la Serbie et la Thaïlande (6), pays disposant de nombreux cinéastes talentueux, reconnus dans les festivals et pour la plupart d’entre eux habitués à la coproduction avec la France. Par ailleurs ont été aidés 9 cinéastes français pour des films tournés dans une autre langue que le français. Ont également été aidés des cinéastes de pays à la cinématographie peu diffusée en France ou produisant peu de films tels que la Biélorussie, l’Ethiopie, le Guatemala, Haïti, le Kenya, le Kirghizistan, la Lettonie, Maurice, le Paraguay, le Rwanda, Singapour, le Sri Lanka, la Zambie… Au total, les réalisateurs et réalisatrices soutenus représentent plus de 100 nationalités différentes.

L’Aide aux cinémas du monde est aujourd’hui identifiée par les professionnels, qu’ils soient producteurs, distributeurs ou programmateurs de festivals comme un label d’excellence. Son obtention est un gage de qualité, qui ouvre les portes d’une meilleure distribution et aide à l’obtention d’autres financements. De nombreux films aidés ont été sélectionnés et primés dans les festivals internationaux. 232 films soutenus par l’ACM ont ainsi été présentés en première mondiale dans l’un des quatre festivals majeurs (116 à Cannes, 53 à Venise, 42 à Berlin et 20 à Locarno). Parmi les films ACM, on compte notamment 1 Palme d’or (Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan) et 2 Prix du Jury à Cannes, 1 Léopard d’or à Locarno, 7 Ours d’argent à Berlin, 1 Lion d’Argent et 2 Grand Prix à Venise ainsi que 5 nominations aux Oscars.

À titre d’exemple, 15 films ACM faisaient partie de la sélection cannoise 2021, dont 6 en compétition : « Genou d’Ahed (Le) » de Nadav Lapid (Prix du Jury), « Haut et fort » de Nabil Ayouch (Prix du Cinéma Positif), « Julie en 12 chapitres » de Joachim Trier (Prix d’interprétation féminine), « Memoria » d’Apichatpong Weerasethakul (Prix du Jury), « Fièvre de Petrov (La) » de Kirill Serebrennikov (Prix CST de l’Artiste-technicien) et « Un héros » d’Asghar Farhadi (Grand Prix).

Prune Engler

Le 28 juillet 2021, Prune Engler a été nommée présidente de la commission des aides aux cinémas du monde, à compter du 1er août 2021 et pour une durée d’un an. Plusieurs fois membre de jurys de festivals de cinéma en France et à l’international, Prune Engler a également été déléguée générale du Festival du Film de La Rochelle, de 2002 à 2018.

 

Le programme DEENTAL

Le programme « DEENTAL-ACP » a été lancé en juillet 2020 par le CNC avec la collaboration financière de l’Union Européenne et le support de l’organisation des états ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).  Signifiant « ensemble » en peul, « DEENTAL » est un dispositif permettant d'accorder des bonus financiers aux projets en provenance des pays ACP bénéficiaires de l’Aide aux cinémas du monde (ACM) et/ou du Fonds pour la jeune création francophone (JCF). Un second volet comprend la mise en place d’actions en renforcement des capacités pour soutenir la structuration du secteur audiovisuel dans les pays ACP. En savoir plus sur le dispositif.

 

Six films soutenus par l'aide aux cinémas du monde ont été présentés en compétition au 74e Festival de Cannes 
« Un héros » d’Asghar Farhadi (Grand Prix, ex-aequo) © Amir-Hossein Shojaei
« Memoria » d’Apichatpong Weerasethakul (Prix du Jury, ex-aequo) © Kick the Machine Films
« Le Genou d’Ahed » de Nadav Lapid (Prix du Jury, ex-aequo) © Les Films du bal, Komplizen Film, Pie Films
« Julie en 12 chapitres » de Joachim Trier (Prix d’interprétation féminine à Renate Reinsve) © Oslo Pictures
« La Fièvre de Petrov »  de Kirill Serebrennikov (Prix CST de l’Artiste-technicien) © Hype Film
« Haut et fort »  de Nabil Ayouch (Prix du Cinéma Positif) © Virginie Surdej - Amine Messadi