Les Matins merveilleux suit la rencontre entre Charlie, une jeune femme réservée interprétée par India Hair, et l’extravertie Marina, incarnée par Raya Martigny. Au fil d'une nuit suspendue, le duo apprend à se connaître, s'apprivoise et construit peu à peu une relation faite de confidences, de maladresses et de douceur.
La réalisatrice Avril Besson s’est fait connaître en 2025 avec son court métrage Queen Size, nommé aux César dans la catégorie du meilleur film de court métrage de fiction. Ce récit racontait déjà la rencontre étonnante et intimiste entre les personnages d’India Hair et de Raya Martigny.
Elle poursuit l’année suivante avec son premier long métrage, présenté en Séance Spéciale au Festival de Cannes 2026. « À la fin, ça ressemble à une accélération, mais c'est l'aboutissement d'un processus très long », résume la réalisatrice. Derrière la reconnaissance récente se cachent sept années d'écriture, de réécritures, de refus de financement et de doutes avant que « les planètes s'alignent ». Pour elle, la sélection cannoise comme la nomination aux César relèvent autant d'un long travail que d'une part de hasard propre au fonctionnement des festivals.
Un court métrage conçu pour sauver un long
Contrairement à ce que pourrait laisser penser la chronologie, Queen Size n'est pas à l'origine de Les Matins merveilleux. C'est l'inverse. Le développement du long métrage s'étire sur près de sept ans. Le premier contrat d'autrice est signé en 2017, mais le scénario met longtemps à trouver sa forme définitive. Avril Besson le présente à plusieurs reprises à la commission de l'Avance sur recettes du CNC. Après chaque refus, elle réécrit son scénario, persuadée d'avoir profondément fait évoluer son projet. Avec le recul, elle sourit de cette impression : « Quand je relisais les trois versions, c'était exactement la même chose. J'avais l'impression de faire des énormes changements, mais en fait pas du tout. » Parmi les difficultés rencontrées, plusieurs lecteurs peinent à imaginer India Hair et Raya Martigny -deux actrices jusque-là associées à des registres très différents- réunies à l'écran.
La réalisatrice décide alors de tourner un court métrage avec ses deux actrices, presque sans moyens. « C'était comme un pilote du long métrage », explique-t-elle. En quelques jours, elle écrit une histoire inspirée de plusieurs années de travail sur ses personnages. Le tournage se fait avec une équipe réduite à l'extrême : un ingénieur du son, une directrice de la photographie, un régisseur pour une journée… et même sa filleule de 16 ans. Un fonctionnement artisanal qui contraste avec celui d'un tournage plus classique.
Pensé au départ comme un simple outil destiné à convaincre les partenaires du potentiel des Matins merveilleux, Queen Size finit par connaître une trajectoire bien plus importante que prévu. Après une première mondiale au Festival Off-Courts de Trouville en 2024, le film est sélectionné en compétition nationale au Festival International du court métrage de Clermont-Ferrand, où il reçoit le Prix de la Presse. Il poursuit ensuite sa carrière dans de nombreux festivals, notamment à l'Interfilm de Berlin, avant d'être nommé au César 2025 du Meilleur court métrage de fiction.
Une reconnaissance qui ne permet pourtant pas d'accélérer le financement du long métrage. « Cela ne nous a pas aidés à trouver plus de sous pour le long », confie Avril Besson. « En revanche, ça m'a beaucoup aidée à reprendre confiance en moi. » Une confiance retrouvée après plusieurs années de développement et de refus, qui lui permettra d'aborder Les Matins merveilleux avec une nouvelle sérénité.

Les personnages continuent leur chemin
Le court et le long entretiennent par la suite un dialogue permanent. Les deux films partagent leurs interprètes principales et une même sensibilité. Certains dialogues passent même d'un film à l'autre, comme une conversation reprise presque mot pour mot dans Les Matins merveilleux. La chanson de Dalida Histoire d’un amour, dont est extrait le titre du film, devient également un lien entre les deux œuvres.
Pour autant, Avril Besson précise que le scénario du long était déjà largement écrit lorsque Queen Size est tourné. Le court n'a donc pas transformé l'histoire, mais il a confirmé une intuition : la simplicité pouvait suffire. Au fil des nombreuses réécritures, la cinéaste abandonne progressivement certains enjeux secondaires pour se concentrer sur ce qui constitue le cœur du récit : la rencontre entre deux femmes. « Il n'y a pas forcément besoin de tout raconter dans un seul film », résume-t-elle.
Une méthode de travail née du court
Au-delà des personnages, Queen Size influence profondément sa manière de faire du cinéma. La réalisatrice garde un souvenir très fort de cette fabrication collective où chacun pouvait proposer des idées, indépendamment de son poste. « J'aime l'horizontalité, j'aime que nous travaillions tous ensemble », explique-t-elle.
En comparaison, le tournage des Matins merveilleux, malgré un budget supérieur, lui apparaît paradoxalement plus contraint. Avec environ 500 000 euros de budget, 19 jours de tournage et de nombreux décors, chaque journée est minutée. L'équipe fonctionne avec des moyens réduits, mais selon une organisation beaucoup plus classique. « Nous étions davantage dans la concentration que dans le plaisir », reconnaît-elle.
Cette différence provoque même un débat avec sa cheffe opératrice Julia Mingo. Avril Besson imagine pouvoir retrouver la même légèreté que sur son court métrage en réduisant au maximum le dispositif technique. « Moi, je disais : ‘Partons comme sur Queen Size, à trois.’ Et Julia me répondait : ‘Ce n'est pas le film que tu as écrit.’ » Une phrase qui marque la réalisatrice. Elle comprend alors que chaque film appelle son propre mode de fabrication et que le dispositif de tournage fait partie intégrante de l'écriture. « Pour pouvoir s'inventer au tournage, il faut que le dispositif soit en accord parfait avec le scénario. »
Cette expérience la conduit aujourd'hui à chercher un équilibre entre ces deux façons de tourner : conserver l'exigence du long métrage tout en retrouvant la liberté et la souplesse du court.

Monter le film pendant le tournage
Autre particularité de son travail : Avril Besson monte elle-même ses films. Pendant le tournage des Matins merveilleux, elle assemble les images chaque week-end afin de vérifier que l'ensemble fonctionne. Cette pratique influence directement sa mise en scène.
« Je montais en continu dans ma tête », raconte-t-elle. À chaque prise, elle évalue ce qu'il est indispensable de tourner et ce qui pourra être sacrifié. « Je faisais toujours un calcul coût / intérêt », explique-t-elle. Cette organisation lui offre aussi la possibilité de corriger certains déséquilibres avant la fin du tournage, en ajoutant quelques scènes de transition lorsque cela s'avère nécessaire.
Un modèle appelé à se répéter
La circulation permanente entre les formats courts et longs est d'ailleurs appelée à se poursuivre. Après Les Matins merveilleux, Avril Besson vient de tourner un nouveau court métrage grâce au Prix Canal+ remporté au Festival de Clermont-Ferrand. Là encore, elle retrouve un duo de personnages qu'elle imagine déjà prolonger dans un futur long métrage. Le court n'est donc plus seulement un exercice de début de carrière ou une carte de visite : il devient un véritable espace de recherche. Il lui permet de tester une méthode de travail, d'explorer des personnages, d'affiner une écriture avant, peut-être, de leur offrir une nouvelle vie dans un long métrage.
Chez Avril Besson, le court métrage n'est plus une étape avant le long : il en devient le prolongement, parfois même le point de départ. Les personnages circulent d'un format à l'autre, les méthodes de travail évoluent au fil des tournages et chaque film nourrit déjà le suivant. Une manière de penser la création où le court et le long cessent de s'opposer pour dialoguer en permanence.
Et quand on lui demande un conseil pour les jeunes cinéastes, la réalisatrice retient finalement moins une recette d'écriture qu'une recommandation de parcours : ne pas rester seul. Entre les années de développement, les refus de financement et les périodes de doute, s'entourer d'une communauté de travail lui paraît aussi essentiel que le scénario lui-même.
LES MATINS MERVEILLEUX
Réalisation : Avril Besson
Scénario : Avril Besson, Pauline Baduel et Fanny Sidney
Production : To Be Continued
Coproduction : Topshot Films, The Project
Distribution : Arizona Distribution
Ventes internationales : Loco Films
Sortie le 29 juillet 2026
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