De « Vermines » à « Evil Dead Burn », Sébastien Vaniček emmène son cinéma à Hollywood

De « Vermines » à « Evil Dead Burn », Sébastien Vaniček emmène son cinéma à Hollywood

10 juillet 2026
Cinéma
« Evil Dead Burn » réalisé par Sébastien Vaniček
« Evil Dead Burn » réalisé par Sébastien Vaniček 2026 Warner Bros. Entertainment Inc.

En moins de trois ans, Sébastien Vaniček est passé des courts métrages autoproduits à la réalisation d'un nouvel opus de la saga Evil Dead. Une ascension qui ne s'explique pourtant pas par un changement de méthode. De Vermines à Hollywood, le cinéaste français a réussi à emmener avec lui son univers, ses collaborateurs et sa manière de fabriquer ses films.

 


Avant de se retrouver à la tête de Evil Dead Burn, Sébastien Vaniček construit son univers pendant près de dix ans à travers plusieurs courts métrages autoproduits. En 2015, Mayday met déjà en scène un huis clos sous tension dans un avion, avant Crocs (2017) où il s’intéresse aux combats de chiens. Film après film, le réalisateur français développe une mise en scène nerveuse, une caméra mobile et un goût marqué pour les créatures, les effets physiques et les décors concrets.

La révélation Vermines

Cette identité est révélée par Vermines en 2023. Pour ce premier long métrage, soutenu par l’Aide sélective aux effets visuels numériques, Sébastien Vaniček transpose le film de monstres dans une cité de Seine-Saint-Denis, où des araignées venimeuses prolifèrent. Présenté à la Mostra de Venise puis récompensé dans de nombreux festivals internationaux, le film approche les 275 000 entrées en France et décroche deux nominations aux César 2025, dont celui pour le meilleur premier film.

Au-delà de son succès commercial, Vermines attire l'attention par sa maîtrise technique, sa mise en scène inventive et sa capacité à tirer parti de son budget limité. Des qualités qui vont traverser l'Atlantique et attirer l'attention de Sam Raimi et de sa société de production Ghost House Pictures, qui proposent à Sébastien Vaniček de réaliser le nouvel opus de la saga Evil Dead.

 

Le « casting » de Sam Raimi

La première rencontre avec Sam Raimi ressemble moins à une réunion de travail qu'à une longue discussion entre passionnés de cinéma. Autour d'un repas, Sébastien  Vaniček arrive avec les quinze premières pages de ce qu'il imagine pour Evil Dead Burn. « Il m'a d'abord posé beaucoup de questions sur Vermines, sur la conception de certains plans et de certaines des scènes. Et puis, très vite, nous avons parlé de ce Evil Dead, de mes idées, de la direction que je voulais prendre. J'ai rapidement compris que c'était une sorte de casting. Il voulait savoir si j'avais les épaules pour cette franchise. »

Si Hollywood est souvent associé à un système où les studios gardent un contrôle strict sur leurs franchises, Sébastien Vaniček découvre une méthode de travail différente chez Ghost House Pictures. « C'est leur franchise, c'est leur projet et s'ils décident de te laisser la liberté, tu l'as. » Bien sûr, les discussions existent, notamment avec le producteur Robert Tapert, chargé de veiller à la cohérence de la saga. « Nous n’étions pas d'accord sur tout ». Mais ces échanges restent toujours guidés par un même objectif, et cette confiance lui permet de conserver une identité visuelle très marquée, loin d'un simple exercice de commande.

Sébastien Vaniček sur le tournage de « Evil Dead Burn »
Sébastien Vaniček sur le tournage de « Evil Dead Burn » 2026 Warner Bros. Entertainment Inc.

Respecter la saga… tout en la bousculant

Comme sur Vermines, Sébastien Vaniček choisit de coécrire le scénario avec Florent Bernard. Les deux auteurs abordent la franchise avec des sensibilités complémentaires. Grand connaisseur de la saga, Florent Bernard apporte sa maîtrise de l'univers tandis que Sébastien Vaniček cherche à construire son propre film.

Les deux passent d'abord du temps à revoir ensemble les précédents Evil Dead. « Qu'est-ce que nous aimons ? Qu'est-ce que nous souhaitons changer ? » Une fois cette étape passée, les références sont mises de côté. « Nous n'avons parlé que de personnages, de narration, de propos. Et seulement après est revenu le 'sel' Evil Dead. » Leur objectif est alors double : « Nous nous sommes rapidement équilibrés sur la manière de respecter la saga et de la bousculer en même temps. »

 

Conserver un cinéma artisanal

Avec un budget d'environ 20 millions de dollars, Evil Dead Burn dispose de moyens sans commune mesure avec Vermines, produit pour environ 5 millions d’euros. Pourtant, le réalisateur refuse de modifier son approche : « Mon style est né dans la débrouille des courts métrages. »

Sur le plateau, il continue à privilégier des solutions simples plutôt que des dispositifs sophistiqués. Alors que les équipes imaginent des systèmes complexes pour certains mouvements de caméra, il propose une approche beaucoup plus directe : « Mettons la caméra sur une serviette et tirons la serviette. » Cette culture du système D surprend les techniciens, mais séduit rapidement les équipes.

Evil Dead Burn est tourné en Nouvelle-Zélande. Sébastien Vaniček découvre alors une équipe locale dont l'état d'esprit lui rappelle les tournages européens. « Les Néo-Zélandais ont un côté très européen, très famille, très respectueux. » Une ambiance qui favorise les échanges techniques et permet au réalisateur de continuer à expérimenter.

Cette philosophie se retrouve jusque dans l'image. Malgré les moyens supplémentaires, il refuse une caméra trop parfaite. « Quand ils me proposent un Steadicam très stable, je dis non. Nous allons garder ce côté ‘fait main’, qui tremble, qui n'est pas parfait. S'il y a de la terre sur la caméra, conservons-la. » Cette imperfection fait partie intégrante de son langage cinématographique : « J'ai besoin que ce soit un peu chaotique et un peu sale. »

Sébastien Vaniček et Souheila Yacoub sur le tournage de « Evil Dead Burn »
Sébastien Vaniček et Souheila Yacoub sur le tournage de « Evil Dead Burn » 2026 Warner Bros. Entertainment Inc.

Emmener toute son équipe à Hollywood

S'il y a un point sur lequel Sébastien Vaniček n'a pas souhaité transiger, c'est bien son équipe. L’entièreté de la post-production est restée française : montage, étalonnage, musique, design sonore et effets visuels. Le réalisateur a décidé de continuer avec les techniciens et artistes qui le suivent depuis ses premiers courts métrages. Il refuse ainsi d'entretenir le mythe du réalisateur seul aux commandes : « Il faut être naïf de croire que tout mon style et tout ce qui fait mes films se résument à ma seule personne. Je suis le chef d'orchestre, mais j'ai tout mon orchestre avec moi. »

Une vision qui dépasse la simple fidélité. Selon lui, son identité artistique est le fruit d'un travail collectif construit depuis ses courts métrages jusque dans la création sonore. Avec ses compositeurs et sound designers, il développe pendant des mois une véritable direction artistique avant le tournage. Et même lorsque les moyens augmentent, l'équipe conserve ses méthodes artisanales. 

Croire au cinéma de genre français

Devenu l'un des rares réalisateurs français à passer directement d'un premier long métrage à une franchise hollywoodienne, Sébastien Vaniček refuse pourtant de présenter son parcours comme un modèle inaccessible. « Je fais tout pour ne pas créer une distance entre les autres et moi. » Pour lui, Vermines est avant tout le résultat d'années de travail : « C'est ce cœur-là et ce travail-là qui te permettent d'aller faire un film à Hollywood. »

Il invite les jeunes réalisateurs à créer sans attendre une validation extérieure. « Faire, avec quelques défauts parfois. Faire avec cœur, passion et beaucoup de travail. » Pour lui, Internet a changé les règles du jeu. « Hollywood a les yeux braqués sur l'Europe et sur la France. »

Mais là où les studios américains multiplient les projets, le cinéma de genre français souffre encore d'un manque de volume de production. « Nous ne produisons qu’une dizaine de films de genre par an. » Le réalisateur n'a toutefois aucune intention de tourner définitivement la page française. Il développe actuellement un projet hexagonal original tout en poursuivant sa carrière américaine. Son ambition est claire : rapporter ce qu'il a appris auprès des studios américains, et ne pas faire d’Hollywood une destination finale

« Nous avons vraiment les moyens de faire de grands films français qui fonctionnent à l'international. Il n'y a pas que les Coréens qui ont les portes des États-Unis ouvertes à leur cinéma de genre. La France doit montrer son talent. » Une conviction qui résume finalement sa trajectoire : prouver qu'un cinéma de genre ambitieux peut naître en France, tout en s'exportant bien au-delà de ses frontières.

EVIL DEAD BURN

Affiche de « EVIL DEAD BURN »
Evil Dead Burn Metropolitan Filmexport

Réalisation : Sébastien Vaniček
Scénario : Sébastien Vaniček et Florent Bernard
Production : Ghost House Pictures
Distribution : Metropolitan FilmExport
Sortie le 8 juillet 2026

Le film a bénéficié du  Crédit d’impôt international (C2i)