« La Chaleur » de Stéphane Demoustier : un tournage pensé avec les éléments

« La Chaleur » de Stéphane Demoustier : un tournage pensé avec les éléments

09 juillet 2026
Cinéma
« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier
« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier Petit Film

Adapté du roman de Victor Jestin, La Chaleur s’est construit autour d’une fabrication singulière : un tournage léger dans un vrai camping de Contis, dans les Landes, une jeune distribution et un dispositif pensé au plus près des éléments. Le réalisateur Stéphane Demoustier et le producteur Jean des Forêts (Petit Film) racontent les coulisses du film.


Comment ce projet d’adaptation est-il arrivé jusqu’à vous ?

Jean des Forêts : Le projet est arrivé directement chez Stéphane, puisque Victor Jestin lui a envoyé son livre. Stéphane a immédiatement vu son potentiel cinématographique, mais à l’époque, les droits ont été vendus en Italie. Plusieurs années plus tard, quand le projet italien ne s’est finalement pas fait, Victor Jestin a repris contact avec Stéphane.

Stéphane Demoustier : J’étais resté en bons termes avec Victor Jestin dont c’était le premier roman. Quand il m’a recontacté, l’envie était toujours là. Il s’est passé environ cinq ans entre ma première lecture du livre et le moment où j’ai pu l’adapter, mais mon intérêt n’avait pas diminué. Au contraire, je trouvais que ce que le livre racontait de l’adolescence résonnait encore davantage après la période du COVID. Cette forme d’intranquillité, de flottement, me semblait particulièrement actuelle.

Comment avez-vous abordé l’écriture du scénario ?

S.D : Le roman contient déjà une dramaturgie forte, des personnages, une structure. J’ai ensuite écrit seul. Victor Jestin a lu une version du scénario : il n’avait pas de droit de regard, mais son avis m’intéressait. Il avait beaucoup vécu avec cette histoire et il était curieux de voir ce que j’allais changer. Il avait conscience qu’adapter, c’est trahir. Il était même assez impatient que je transforme certaines choses.

 

Quels éléments vous ont convaincu d’accompagner le projet en tant que producteur ?

J.D-F : Ce qui nous intéresse, ce n’est jamais uniquement la volonté d’un réalisateur. C’est aussi le défi que représente un film pour nous en tant que producteurs. Sur le papier, La Chaleur peut sembler être un film simple : un lieu unique, des personnages jeunes, une histoire resserrée. Mais justement, il y avait un vrai défi de fabrication. Il fallait trouver la bonne économie, la bonne méthode de travail, la bonne équipe. Stéphane voulait quelque chose de très sensoriel, de très impressionniste. Il fallait donc que la fabrication soit cohérente avec cette ambition, sans chercher à fabriquer un film plus lourd qu’il ne devait l’être.

Ce qui nous intéresse, c’est aussi le défi que représente un film pour nous en tant que producteurs.
Jean des Forêts
Producteur (Petit Film)

La préparation du film s’est déroulée dans un calendrier très resserré. Qu’est-ce que cela a changé dans votre manière de travailler ?

S.D : La particularité de ce film, c’est qu’il y a eu très peu de temps entre l’obtention des droits et le tournage. J’ai terminé L’Inconnu de la Grande Arche, puis j’ai commencé l’écriture de La Chaleur dans la foulée pour un tournage dès l’été suivant, en 2025. Cela s’y prêtait, parce que c’est un film avec un temps resserré, un lieu principal, peu de personnages. Il y avait une énergie et une intimité qui justifiaient d’aller vite. J’avais aussi envie, après un film beaucoup plus lourd dans sa fabrication, de faire quelque chose de complètement différent : une fabrication plus agile, presque comme un atelier.

« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier
« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier Petit Film

Quels ont été les principaux défis de production ?

J.D-F : Le premier, c’était le tournage en bord de mer. Tourner sur une plage en pleine saison implique des contraintes importantes, notamment sur la figuration. Nous ne pouvions pas filmer des gens en maillot de bain comme nous filmerions des passants dans la rue. Il fallait donc maîtriser les présences dans le cadre. Les plans larges ont demandé beaucoup d’organisation, car nous avons travaillé avec plusieurs centaines de figurants. L’autre grand défi, c’était la météo des Landes, avec une vraie dépendance aux éléments.

S.D : La météo a été le plus gros enjeu. Nous avions vingt-et-un jours de tournage et il fallait maintenir une continuité. Nous avons choisi de travailler avec cette contrainte : être capables de tourner quand les conditions étaient bonnes et d’attendre quand elles ne l’étaient pas. Certaines semaines, nous avons ainsi beaucoup tourné, et d’autres beaucoup moins. Mais cela faisait partie du projet. Le film parle d’un rapport très fort aux éléments, donc il fallait que notre manière de le fabriquer soit connectée à ça.

Ce qui m’intéressait, c’était de documenter une vraie jeunesse, mais aussi de filmer un lieu réel.
Stéphane Demoustier
Réalisateur

Le choix d’un vrai camping comme décor a-t-il été déterminant dans la conception du film ?

S.D : Je voulais absolument filmer un vrai camping, je ne voulais pas reconstruire un décor. Même avec beaucoup de moyens, nous n’aurions jamais pu recréer cette masse de gens, cette vie permanente. Ce qui m’intéressait, c’était de documenter une vraie jeunesse, mais aussi de filmer un lieu réel.

J.D-F : Pour le camping, il fallait accepter qu’ils n’avaient pas besoin de nous. Ils étaient complets en pleine saison, nous n’étions donc pas dans une situation où un lieu nous faisait une faveur. La seule manière de travailler avec eux, c’était de s’intégrer à leur fonctionnement. Il fallait respecter les règles du camping, les horaires, les contraintes liées aux vacanciers. Ça impliquait aussi une équipe légère, suffisamment discrète pour ne pas perturber la vie du lieu.

Cette équipe réduite répondait-elle uniquement à des contraintes de production ou relevait aussi d’une volonté artistique ?

Stéphane Demoustier : C’était un choix artistique autant qu’une nécessité. Je voulais que les jeunes comédiens restent naturels. Je suis convaincu qu’une grosse équipe, une grosse machinerie, aurait changé quelque chose dans leur comportement. L’enjeu était que le tournage reste le plus anodin possible pour eux. La direction d’acteurs se passait presque moins sur le plateau qu’en dehors : créer de la confiance, faire qu’ils se connaissent, qu’ils soient heureux d’être là. Ça suffisait pour qu’ils soient disponibles au moment de tourner.

« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier
« La Chaleur » réalisé par Stéphane Demoustier Petit Film

Le casting de jeunes interprètes non professionnels constituait-il un choix évident dès le départ ?

Stéphane Demoustier : Ce qui m’intéresse chez les adolescents, c’est qu’ils ne sont pas complètement construits. Ils ont encore des maladresses, des hésitations, une manière particulière d’habiter leur corps. Je ne voulais pas des jeunes déjà professionnels dans leur manière de jouer. Pour le personnage principal, j'ai vu beaucoup de jeunes. Ma femme connaissait Hadrien Hussein, et m’a conseillé de lui faire passer des essais. Il a une nature proche du personnage : plutôt taiseux, timide, maladroit. Mais il fallait aussi qu’il ait une présence, une profondeur derrière son silence. Il a eu 18 ans juste avant le tournage, ce qui était nécessaire parce que nous tournions de nuit. 

Le travail sonore occupe une place très importante dans le film…

Stéphane Demoustier : Le son était essentiel pour retranscrire l’état intérieur du personnage. Le film est quasiment entièrement post-synchronisé, notamment à cause du vent, de la mer, du camping. Mais ça m’intéressait beaucoup parce que cela ouvrait un espace de création en post-production. La musique devait avoir une double dimension : quelque chose de solaire, d’estival, mais aussi une forme de gravité derrière. Elle devait participer à l’élan du film tout en gardant une inquiétude.

Qu’est-ce que cette expérience vous a appris ou confirmé sur votre manière de faire des films ?

Stéphane Demoustier : Ce que j’ai aimé, c’est la cohérence entre les moyens dont nous disposions, l’ambition esthétique et la manière dont nous avons fabriqué le film. Le caractère resserré du projet, le fait de travailler avec des jeunes non professionnels, le peu de personnages : tout cela a créé une expérience humaine très forte. J’aime continuer à expérimenter différentes façons de faire des films. Le jour où nous n’avons plus rien à apprendre, c’est triste.

 

LA CHALEUR

Affiche de « LA CHALEUR »
La Chaleur Memento

Réalisation et scénario : Stéphane Demoustier
Production : Petit Film
Distribution : Memento
Ventes internationales : Charades
Sortie le 8 juillet 2026

Soutien sélectif du CNC : Avance sur recettes avant réalisation