« Élégante et chic » : comment a été conçue l'affiche de « La Vénus électrique », film d’ouverture du Festival de Cannes 2026 ?

« Élégante et chic » : comment a été conçue l'affiche de « La Vénus électrique », film d’ouverture du Festival de Cannes 2026 ?

06 mai 2026
Cinéma
L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori
L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori Le Cercle Noir / Fidelio Communication / Diaphana Distribution

Conçu par Le Cercle Noir pour Fidelio Communication et Diaphana Distribution, ce visuel original est inspiré par les classiques du cinéma des années 1920-1930. Ses créateurs nous détaillent toutes ses étapes de fabrication.


Le 12 mai 2026, c'est un film français qui ouvrira le 79ᵉ Festival de Cannes, Hors Compétition : La Vénus électrique. Pierre Salvadori (En liberté !, 2018) embarque Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï et Vimala Pons dans une foire parisienne, en 1928, pour une aventure pleine de faux semblants.

Avant de faire découvrir sa bande-annonce, Diaphana Distribution a dévoilé son affiche, le dessin d'une femme en tenue de spectacle, sous le feu de projecteurs, manipulant l'électricité à l'aide de deux boules dont elle approche ses mains. À l'origine de ce visuel intrigant, Frédéric Tingaud, le directeur de création du Cercle Noir - avec Yann France, directeur artistique senior - nous raconte sa fabrication, accompagné de Valérie Dussuchalle-Mercier, directrice de Fidelio Communication, et de Samuel Golaz, directeur de la distribution chez Diaphana.

De la conception à la communication

« Le Cercle Noir est un studio de création que j’ai créé en 2004 avec Pierre Kubel, dont j’étais le salarié au sein de Paname Cinéma, ex-SKT », explique d'abord Frédéric Tingaud. « Cette année-là, Paname Cinéma s’est scindé en quatre structures distinctes : Le Cercle Noir et trois agences de communication : Fidelio, Silenzio et The Alamo. Ce sont elles qui font appel à nous. Nous n’avons pas de clients directs, à de très rares exceptions près. »

« Le Cercle Noir est constitué de deux directeurs artistiques expérimentés : Yann France et moi-même. Nous pouvons également travailler avec des freelances, des directeurs artistiques, graphistes, roughmen, photographes… Notre mission ? C'est exclusivement la création d'affiches de films, et de séries, de la conception à la réalisation. Nous travaillons le plus fréquemment sur scénario, et parfois après visionnage du film. Nous proposons des roughs en vue d’un shooting photo, ou à partir de photos de plateau ou de captures du film. Puis tout le suivi, notamment la communication sur les réseaux sociaux, est fait par l’une des trois agences. »

Une création en parallèle du film

« Nous travaillons sur quasiment toutes les affiches des films distribués par Diaphana ces dernières années », précise Valérie Dussuchalle-Mercier, directrice de Fidelio Communication. « L’affiche de La Vénus électrique a été imaginée très en amont de sa sortie. Nous avions lu le scénario, donc avant même que le tournage ne soit lancé par Pierre Salvadori, nous avions commencé à faire des recherches, à proposer des idées. Ainsi, nous avons pu engager un photographe spécialement pour aller shooter les comédiens pendant le tournage, avec l'accord des acteurs et du réalisateur, évidemment. »

« Nous avons fait appel à Guy Ferrandis, un artiste reconnu dans le milieu du cinéma. Pour ce type de projet, nous travaillons mains dans la main, avec deux procédés différents : soit il est engagé pour faire des photos de plateau et nous piochons dedans pour créer nos affiches ; soit nous organisons un shooting spécial, où nous mettons en scène une idée préalablement approuvée en vue de présenter nos visuels promotionnels. Une fois le tournage terminé, nous avons pu voir l'un des premiers montages. Ainsi, Frédéric et Yann ont pu concevoir la maquette de l'affiche en parallèle de la fabrication du film. »

« Pas une machine »

« Sous cette illustration, il y a bien Anaïs Demoustier dans le rôle de la vénus électrique », renchérit Frédéric Tingaud. « Pour résumer sa fabrication, des créatifs (et non une machine) ont conçu, roughé, shooté (sur le tournage), maquetté et mis en page cette idée à partir du scénario. Je précise 'pas une machine', car il y a eu des suspicions de l'utilisation de l'IA quand nous avons partagé l'affiche. C'est frustrant, évidemment, de recevoir ce genre d'accusations alors que nous savons que nous avons développé une idée de A à Z. Mais il y a un vrai sujet. Déjà, depuis quelque temps, nos logiciels de création artistique contiennent des outils d'IA générative. C'est en train de devenir un outil comme un autre. »

« L'utilisation de l'IA, ce sera peut-être une question incontournable d'ici quelques années, ou peut-être même quelques mois ? Mais pour le moment, nous ne nous reposons pas sur l'IA pour créer ce genre de visuel. C'est un débat ouvert, mais en l'occurrence, à aucun moment nous n'avons entré de prompt pour créer ce visuel de La Vénus électrique. Nous avons suivi tout ce processus créatif en travaillant entre humains : nous avons eu beaucoup de discussions, nous avons respecté les avis du metteur en scène et de Diaphana, pris en compte leurs retours. Ces échanges, c'est aussi ce qui fait la richesse de notre métier, j'espère que c'est quelque chose qui va perdurer. Tout comme le fait d'embaucher des illustrateurs. Là, nous avons conçu l'affiche Yann et moi, entre directeurs artistiques, mais nous faisons aussi appel à des graphistes en fonction des projets. »

L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori
L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori Le Cercle Noir / Fidelio Communication / Diaphana Distribution

Foires et King Kong : les inspirations visuelles

« Je n'aime pas trop travailler avec un moodboard, chercher des référents absolument », poursuit Frédéric Tingaud. « D'ailleurs, cette méthode de travail, c'est sans doute quelque chose que l'IA fera seule d'ici quelques temps... Personnellement, je préfère me nourrir de mon propre background cinématographique sans avoir besoin de tout surligner. Dès que nous avons eu connaissance du projet, nous avons eu envie de reprendre les codes des affiches de foire du début du XXᵉ siècle. »

« Nous sommes d'abord partis de là, de toute cette iconographie des années 1920-1930. En termes de cinéma, nous avions en tête les visuels du Frankenstein de James Whale (1931) ou ceux d'une série HBO que nous aimons bien, La Caravane de l'étrange (2003-2005). L'histoire se passe dans le milieu du cirque aux États-Unis, et même si c'est une série moderne, ils ont respecté de nombreux détails de l'époque, ils étaient assez forts dans la reconstitution. Nous avons aussi pensé aux couvertures des livres de Jules Verne. Les premières éditions dessinées, avec des décorations dans les angles... »

« Je me souviens qu'il y a eu une étape dans la création de l'affiche où vous nous aviez proposé des cadres, des enluminures géométriques », intervient Valérie Dussuchalle-Mercier.

« Oui, cela se faisait beaucoup à l'époque », reconnaît Frédéric Tingaud. « Mais en discutant avec Diaphana, nous avons finalement préféré l'épure. Cela permet de faire un pas entre les années 1920-1930 et la modernité. Peter Jackson avait fait ça avec brio sur King Kong (2005). Ses affiches étaient géniales en termes de références historiques mêlées à une certaine modernité. Leur travail sur la typographie m'avait beaucoup marqué à sa sortie. »

« À l'époque, il y a vraiment eu des spectacles de Vénus électriques », précise-t-il. « Je ne connaissais pas bien cet univers : j'avais simplement à l'esprit les scènes du film de Guillermo Del Toro, Nightmare Alley (2021). Mais en me renseignant, en retrouvant des publicités de l'époque, j'ai été frappé par le fait qu'à chaque fois, c'était les affiches les plus graphiques. Elles étaient plus saisissantes que celles des femmes à barbe, par exemple. Il s'en dégageait immédiatement une certaine beauté, et en plus, elles avaient toutes en commun quelque chose de mystérieux. Pour nous, cette affiche est d'abord partie d'une idée fantasmée : comme nous n’avions pas de Venus électrique précise en tête, nous l'avons d'abord imaginée. Cela se ressent sur l'affiche finale, je trouve. On reste dans l'ordre du fantasme puisqu'on ne peut pas se dire : 'Tiens, il y a telle actrice qui joue tel rôle.' Quand on voit pour la première fois ce dessin de femme élégante les mains surélevées sur deux boules qui font de l'électricité, c'est avant tout intrigant. On a envie d'en savoir plus. En tout cas, j'espère. »

Anaïs Demoustier dans « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori
Anaïs Demoustier dans « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori  Les Films Pelléas

« Personnellement, j'ai été frappée par l'originalité de cette affiche », reconnaît Valérie Dussuchalle-Mercier. « Déjà parce que ce type d'attractions remonte à tellement longtemps que nous les avons collectivement oubliées. Le titre ajouté à cette petite icône dessinée avec des rayons dorés... je trouve qu'on a envie de rentrer dans cet univers. Quand nous l'avons partagée sur les réseaux sociaux, elle a fait pas mal parler, d'ailleurs. Le public a moins l'habitude de voir des affiches dessinées comme ça, qui ne mettent pas d'emblée en avant les acteurs. »

Un visuel intemporel, iconique et universel

« Nous avons rapidement décidé qu'il s'agirait d'une illustration, d'un dessin et non d'une photographie », ajoute Frédéric Tingaud. « Nous avons cependant photographié Anaïs Demoustier dans la position de la Vénus, en costume, avec les deux boules sous chaque main. Puis nous avons ajouté l'électricité sur ces photos en post-production, mais la pause, l'ambiance, tout avait été joué. La force de l'illustration, c'est de pouvoir proposer quelque chose d'un peu plus intemporel, d'iconique. Cela donne en plus à cette affiche un côté universel, alors que nous avons décidé de proposer ce visuel bien avant de savoir que La Vénus électrique ferait l'ouverture du Festival de Cannes. »

« Le choix des typographies était également très marqué années 1920-1930 », souligne-t-il. « Nous avons fait une proposition de logo en ayant en tête que la manière d'écrire le titre du film, doit fonctionner à la fois dans le cadre de l'affiche et isolé de l’affiche, quand le titre apparaît dans la bande-annonce, par exemple, ou dans le générique. »

« Oui, cette manière d'afficher les noms des acteurs en très grand, en doré comme ça, ça éclate, ils sont mis en avant comme de vraies stars de cinéma », salue Samuel Golaz.

L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori
L'affiche de « La Vénus électrique » réalisé par Pierre Salvadori Le Cercle Noir / Fidelio Communication / Diaphana Distribution

Le pari des deux affiches

« Ce qui ressort tout de suite de cette affiche, pour moi, c'est son côté très élégant », conclut le directeur de la distribution chez Diaphana. « Cette affiche est chic. On sait que Pierre Salvadori est un réalisateur de comédies, mais de comédies sophistiquées. J'ai l'impression que grâce à cette affiche, nous parvenons à positionner le film comme une proposition haut de gamme. Je ne sais pas s'il transparaît le côté comédie, en revanche ? Cet aspect-là se sent sans doute davantage sur la deuxième affiche, avec les visages souriants des comédiens ? Elle reprend notre logo, notre dessin, mais il est plus petit, en bas. Central tout de même, mais il laisse plus de place aux acteurs. Leurs noms sont réduits, maintenant qu'on voit leurs visages. La couleur dorée est toujours là, accompagnée de rouge cette fois. »

« Ce sont deux propositions assez différentes, que nous distribuons en parallèle sur les colonnes Morris, ainsi qu'aux salles de cinéma qui diffuseront La Vénus électrique. Peut-être que les directeurs de salles Art & Essai préféreront l'affiche dessinée, plus intrigante ? Peut-être que les multiplexes mettront davantage en avant les stars, pour que les spectateurs reconnaissent tout de suite un visage apprécié ? Ou peut-être pas ! À eux de choisir celle qu’ils préfèrent mettre en avant. En tout cas, nous sortons le film sur plus de 500 copies, c'est un gros pari. Nous trouvions ça intéressant d'avoir deux propositions fortes à présenter au public. »

La vénus électrique

Affiche de « LA VENUS ELECTRIQUE »
La Vénus électrique Diaphana Distribution

Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Benjamin Charbit, Benoît Graffin et Pierre Salvadori
D'après une idée originale de Rebecca Zlotowski et Robin Campillo
Dialogues : Pierre Salvadori
Production : Les Films Pelléas
Coproduction : Versus, France 2 Cinéma, Pio & Co, Tovo Films, RTBF (Télévision belge), Be tv, Orange et Proximus
Distribution : Diaphana Distribution
Ventes internationales : Playtime
Sortie le 12 mai 2026

Soutien sélectif du CNC : Avance sur recettes avant réalisation